bonjour à tous

  

 

 

 bonjour à tous le-chardenois-217x300   Le Chardenois, “journal d’informations et d’échanges de la famille Moisand-Charbonnier”, présente ici, dans le cadre de ce site (http://moisand.unblog.fr/), ses 15 premiers bulletins, parus entre sa date de création en avril 2009 et décembre 2014.

Les parutions, au rythme de 2 ou 3 bulletins par an, se sont raréfiées au fil du temps, le journal ne vivant que des contributions volontaires des membres de notre grande famille ou de personnes proches d’elle, contributions insuffisantes à partir de 2013 pour conserver le rythme de parution d’origine.

 Mis en demi-veille en quelque sorte, le Chardenois n’est pas mort pour autant !

Désormais, il continue sa vie sur un nouveau site : http://chardenois.unblog.fr/  à partir du bulletin n° 16 parue en février 2016. Ceci, non pas pour le plaisir de changer, mais parce que nous étions arrivés à la consommation intégrale de l’espace alloué par notre hébergeur. Allocation gratuite, donc limitée… 

Rien ne change pour autant d’un site à l’autre. Le Chardenois demeure le même.

Sa forme reste immuable :

  • L’en-tête de journal, avec son personnage désormais familier tout droit sorti  d’un décor Moustiers des Faïenceries de Longchamp,  ressemble comme un frère au précédent.
  • Le même personnage ponctue chaque article du bulletin pour mieux l’isoler du suivant.
  •  Les articles sont toujours présentés sur une seule colonne, dans un double souci de simplicité et  et de sobriété.
  •  Photos  et images,  en tête d’articles (toujours) et de paragraphes (souvent), viennent en appui des textes sans devenir envahissantes : présentées sous forme de petites “vignettes”, elles peuvent être agrandies  à loisir en cliquant dessus.

 

 Sur le fond, le Chardenois garde la même ligne, définie dans son sous-titre : il est et demeure le “journal d’informations et d’échanges de la famille Moisand-Charbonnier”.

 Le présent site, désormais figé, n’en demeure pas moins ouvert pour que les lecteurs, familiaux ou occasionnels, puissent continuer à consulter les 15 premiers bulletins et y puiser des informations précieuses sur notre grande famille et sur les Faïenceries de Longchamp.

En bas de la présente page d’accueil, vous trouverez la liste de ces 15  bulletins. Il vous suffit de cliquer sur le bulletin de votre choix pour le voir apparaître.

Vous pouvez également cliquer sur les mots  “à propos”  inscrits dans le bandeau vert sous le titre du journal.  En bas de ce « à propos », vous trouverez également la liste de tous les bulletins et cliquer sur celui de votre choix.

                                                                                                                                                                                               

 Pour  lire confortablement un bulletin, mettez-vous en mode “plein écran” en cliquant sur la touche F11 de votre ordinateur.  Pour désactiver ce mode, il suffit de cliquer à nouveau sur la même touche. 

Dans chaque bulletin, sous certains articles, peuvent apparaitre des albums photos permettant de mieux illustrer ceux-ci. Ouvrir l’album est très  simple : il suffit de cliquer sur « voir l’album » pour que les photos apparaissent. Passer d’une photo à l’autre est encore plus simple et ne mérite pas de commentaire particulier. Pour revenir au texte, il vous suffit de taper sur le X en haut à droite de votre écran.  Plus que jamais ici pour bien voir l’album, il vous est conseillé de vous mettre en mode plein écran comme indiqué plus haut. 

De façon quasi systématique, les titres de chaque article sont précédés d’une image réduite à l’état de “vignette”. Pour voir l’image agrandie, il suffit de cliquer sur celle-ci avec le curseur (la flèche se transformant alors en main avec l’index pointé vers le haut). La photo agrandie  apparaît en surimpression au centre de votre ordinateur. En cliquant sur le X ou sur « close » sous l’image, l’agrandissement s’efface pour laisser place au texte là où vous l’aviez quitté. D’autres images insérées dans le texte sont de même nature et peuvent être regardées en agrandi de la même manière. 

Les commentaires sont les bienvenus (voir comment faire dans “à propos”). 

  

le-chardenois-217x300        Bonne lecture… 

 

 

 

 

 

Autres articles

 

 


Archives pour la catégorie Non classé

bulletin n°15 ** décembre 2014 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

 

DSC_0142c Edito

                            Philippe Moisand

 

Tel le Phénix, le Chardenois renait aujourd’hui de ses cendres un an après ce qui aurait pu être son dernier numéro. C’est principalement à Gaëtan ainsi qu’à Geneviève et Daniel Moisand qu’il le doit et dont on ne louera  jamais assez la constance de leur implication dans cette publication. Mais aussi à Mamie Moisand/Martin pour sa nouvelle contribution pleine de joie de vivre et d’enthousiasme au retour de son escapade singapourienne. Sans oublier Dominique Moisand qui nous livre une description détaillée des différentes étapes de la fabrication de la faience. Si votre curiosité vous pousse jusqu’au bout de ce numéro, vous y découvrirez deux nouvelles oeuvres de Maurice Moisand dont la particularité tient à ce qu’elles ont été réintroduites dans la famille par des « pièces rapportées » qui n’ont jamais si bien porté leur qualificatif.

 photo de titre : tampon du motif central du décor Clos-Vougeot. Faïenceries de Longchamp, années 1960

 

 

 

bulletin n°15 ** décembre 2014 ** fondateur : Philippe Moisand le-chardenois-217x300le-chardenois-217x300 le-chardenois-217x300

 

 

 

 

 

Le cycle de la faïence à Longchamp

Dominique Moisand

 

Dans un des derniers numéros, Gaëtan s’est intéressé à la genèse des « grotesques » ce qui a suscité bien des questions sur la fabrication de la faïence à Longchamp. Pour vous éviter  de longues heures de navigation sur le Net, je vous propose ce petit résumé qui pourra faire l’objet de compléments en fonction des sujets que les uns et les autres ont sans doute mieux approfondi que moi.

Quand on visite une faïencerie, on part en général de la terre, grise, mouillée, collante et glissante pour arriver progressivement à la décoration, ambiance poussiéreuse mais sèche, puis au magasin rutilant sous les feux des émaux. Voici un peu comment ça se passait à Longchamp dans les années 60.

 

 

 La fabrication de la terre à faïence

 casson b  A Longchamp, il faut commencer par la cour des cases à terre qui jouxte le jardin de la villa, d’où son utilisation secondaire en territoire de cache-cache.

Dans chaque « case » est stockée une catégorie de terre (kaolin, argiles, feldspath, etc.). Photo d’une case de cassons, rebuts recyclés 

 

faïenc.2   0007c A partir d’un mélange soigneusement dosé des divers composants, on passe dans le grand hall qui abrite des machines imposantes : concasseuse, broyeuse, malaxeuse qui travaillent le tout avec grand renfort d’eau de l’Arnison ! Photos de presses à terre, Longchamp vers 1900-1910 et vers 1960-1970 

 

La barbotine

0007d Le résultat, après décantation, filtrage, pressage donne la terre à faïence comme nous pouvons la trouver chez un marchand, sous forme de longs pains parallélépipédiques.

Simultanément, on obtient la fameuse barbotine, sorte de terre liquide qui servira surtout au coulage mais aussi à bien d’autres opérations comme le collage des anses, la décoration en relief ou le cloisonnage d’émaux.

 

Le moulage

  faïenc.31  On quitte le grand hall sombre et maculé de terre grise pour un atelier blanchi au plâtre, l’atelier de moulage. La forme d’une pièce est obtenue soit directement (tournage, modelage) ce qui est assez rare dans une usine, soit à partir d’un moule, par diverses techniques (coulage, estampage, calibrage). Photo Longchamp vers 1900-1910

 

Le façonnage du moule

 IMG_3879c  Encore faut-il disposer d’une pièce originale ! Soit c’est le cas, c’est par exemple ce que fait le faïencier Astier de Villates lorsqu’il chine des vieux objets culinaires à la recherche de formes anciennes. A Longchamp, on part plutôt d’un original qui peut être créé par tournage ou par modelage. Notons que l’on peut tourner aussi bien le plâtre que la terre à faïence.

création-forme-assiette b  La fabrication d’un original d’assiette est ainsi beaucoup plus aisée à faire en plâtre alors qu’un bol sera plus facilement tourné en terre.

 

Le moulage de l’original

 moule-couvercleb Sur la forme originale, le mouleur va étudier les « plans de joint » de façon à démouler ensuite sans emprisonner l’original, et le casser lors de la dépouille ! Sur des pièces un peu sophistiquées, il y a des creux ou des reliefs qui vont empêcher le démoulage (les contre-dépouilles). Par exemple, on préfèrera mouler la forme d’une théière sans son anse, laquelle sera posée après démoulage.

Cette opération donne un premier moule.

 

La reproduction des moules

  calibrage-plâtre Dès que l’on vise des petites séries, il est nécessaire de disposer de plusieurs moules pour donner du travail aux opérations en aval (coulage, calibrage ou estampage). Pour y parvenir, on a créé une activité plus obscure, celle de la fabrication des moules eux-mêmes. En partant du moule de l’original, on crée une « mère de moule » qui servira à produire les moules des pièces. On peut aussi partir d’un calibre pour usiner le plâtre. Notons que cette activité de moulage ne cesse jamais car il faut compter avec l’usure des moules dont les rebuts ont remblayé les sommières de la forêt.

 

 Le façonnage d’une pièce

 Un moule de plâtre fonctionne sur le principe du retrait par absorption d’eau. Une fois la terre (ou la barbotine) déposée dans le moule, l’eau de la terre s’évacue dans le moule provoquant rétraction et durcissement de la paroi de terre en contact avec le moule. Trois méthodes  de façonnage : le coulage, l’estampage et le calibrage.

Le coulage

 coulage-durcissementb coulage-durcissementb coulage-vidageb Pour le coulage, on part de la barbotine liquide à verser dans le moule. C’est une opération délicate qui nécessite une barbotine parfaitement tamisée et des moules propres. Le moindre grain de plâtre emprisonné dans le mélange donnera plus tard un point de rupture (le « point de chaux »). Dans le moule, on prévoit un réservoir qui permet faire déborder la barbotine. Après quelques heures, son niveau s’abaissera et  elle sèchera le long du moule par absorption d’eau par le plâtre. Dès que l’épaisseur de la pièce est suffisante (5 à 7 mm), on retourne le moule pour évacuer l’excèdent de barbotine, puis on démoule quelques heures après. Photos coulage : début, durcissement, vidage.

 L’estampage et le calibrage

 En partant de la terre et non de la barbotine, deux méthodes sont utilisées:

estampage Dans l’estampage, on applique une galette de terre sur une forme (par exemple le moule d’une assiette). Il restera ensuite à créer le fond au tournassage. Ceci est adapté aux petites séries.

calibrage-plâtre calibrage-terre  Dans l’industrie, on préfère le calibrage qui est une sorte d’estampage avec l’appui d’une forme (le calibre) qui crée simultanément le recto (par pressage sur le moule) et le verso par la forme du calibre. Photos: calibrage plâtre et terre.

Dans les deux cas, le réglage de l’épaisseur s’effectue durant l’opération puis on laisse sécher la terre jusqu’à ce qu’elle se décolle du moule.

 

 Le séchage et la première cuisson

 Tous ces ateliers convergent vers l’amont des fours à biscuit, c’est la fin du cycle de la « terre ». Notons que jusque-là, tout se recycle : les rognures de tournassage, les fonds de barbotine, les pièces endommagées au séchage, les ratés de moulage, etc.

0009b Les pièces une fois sèches et vérifiées/retouchées, tournassées sur des girelles, vont être cuites à 1050°C. Le biscuit ainsi obtenu est moins fragile que la terre séchée et sa porosité lui permettra d’absorber les émaux.  Photo : biscuit sur wagonnet en sortie de four. Longchamp, années 1960.

Lorsque l’on parle de cuisson au dégourdi, il s’agit d’une première cuisson du grès ou de la porcelaine (qui sont ensuite cuits à des températures plus élevées, 1300° à 1400°), alors que pour la faïence, la température de la première cuisson est la plus élevée du cycle (les émaux seront cuits à plus basse température).

 

La décoration

026  C’est une affaire de femmes, on s’achemine au premier étage dans l’atelier où trône la Reine à son bureau au bout de l’allée centrale, l’œil sur la trentaine de décoratrices qui travaillent en pépiant. Seul le passage d’un individu du genre masculin les ferait taire…un instant, avant de reprendre de plus belle ! Photo : la « Reine » dans son Atelier, début années 1960.

décor-explication b La décoration à Longchamp relève de la technique du « grand feu » utilisée par la plupart des faïenciers. Après avoir cuit la pièce à haute température pour obtenir le biscuit, elle est plongée dans un émail stannifère ou engobe. Une fois sec, il devient pulvérulent, opaque et  très hydrophile. L’application du décor sur cette matière poreuse ne souffre pas de «  repentir » car il est impossible de revenir en arrière pour gommer, reprendre, retoucher. Photo avec numérotation dans l’assiette de 1 à 4 : 1- biscuit ou engobe opaque ; 2- décor ; 3- application d’une couverte; 4- résultat après cuisson.

0010c C’est la décoration sur émail cru, opération un peu en aveugle car les oxydes métalliques utilisés n’auront leur couleur définitive qu’à la cuisson suivante. On applique ensuite une couverte ou une glaçure avant seconde cuisson. Photo : Atelier décoration Longchamp vers 1970  

                                                                 

Les techniques de décoration

DSC_0370c La décoration a fait l’objet de bien des évolutions depuis les véritables peintures à main levée, les « tampons », sortes de tampons encreurs (voir la photo de titre de l’édito) jusqu’aux chromos, décalcomanies industrielles. En général, on part de poncifs, sortes de pochoirs fabriqués à partir du carton original du décor pour en reproduire les lignes principales sous forme de pointillés de petits trous. Une fois le poncif appliqué sur la pièce à décorer, on le frotte avec une poudre noire (charbon de bois à l’époque) qui laissera la trace des contours du décor, une fois ce poncif retiré. Cette esquisse guidera ensuite la décoratrice dans l’application des couleurs. Photo décoration sous émail sur faïence blanche, décor Moustiers de Longchamp. En cliquant sur l’image pour l’agrandir, on voit nettement les pointillés de la poudre du poncif sur les contours du décor.

La grande époque de la décoration à la main (« tout peindu main », comme disait la vieille Berthe) a cédé la place à un compromis entre les chromos et quelques touches de pinceau pour mériter l’inscription « peint à la main ».

Une glaçure transparente recouvre ensuite la pièce avant cuisson.

Dans le décor sur biscuit, la couleur originale de la terre de faïence ressort sur le fond, ce qui limite bien entendu les décors possibles. Certaines pièces du début du XX° ont été fabriquées ainsi avec une terre très rouge.

Pour la faïence de grand feu, les techniques permettent de jouer tantôt avec la couleur de la terre (le biscuit), tantôt avec des couvertes, puis émailler avec une glaçure incolore.

DSC_0287b On peut aussi disposer les émaux à l’intérieur de contours dans lesquels ils fondent. C’est le cas des décors « cernés » ou des émaux « cloisonnés ». Photo : détail d’un grand plat de Longchamp en émaux cloisonnés

Dans les bulletins  n°9 et n°10 du Chardenois, les techniques de Robert Picault sont décrites ainsi: « on trempait une assiette dans un bain d’émail de couleur, on laissait sécher, on posait un poncif sur l’assiette, de fleur ou d’oiseau style Picault, puis avec une petite brosse, une pointe ou une gomme, on effaçait l’émail de façon à retrouver le blanc du biscuit aux emplacements prévus par le poncif. Puis, on trempait à nouveau la pièce dans un bain d’émail, incolore cette fois,avant de le repasser au four ».

Une variante consistait à déposer une sorte de pointillé à la poire sur cet émail.

 

faienc.51b faïenc.56b faïenc.57b Atelier de décoration de Longchamp vers 1900, vers 1940, vers 1970

 

La cuisson finale

0011c img023b En faïence, la cuisson finale s’opère à une température inférieure à celle du biscuit, autour de 980°,  pour obtenir une vitrification de l’émail et du décor. La terre elle-même a déjà été cuite à sa température maximum. A la différence du grès ou de la porcelaine, il n’y a pas de vitrification de la terre et, sous l’émail, la faïence reste une matière poreuse ce que l’on constate lorsqu’elle est ébréchée. Photos : wagonnets de faïence en sortie de four après cuisson finale, Longchamp, années 1960

La technique de la cuisson sous émail (c’est-à-dire avant application de la dernière glaçure) garantit un décor stable et inaltérable. Je me rappelle des combats menés avec les douanes des Etats-Unis pour faire accepter l’idée que cette faïence ne présentait pas de risques alimentaires (présence de plomb) comme cela peut arriver avec les décorations dites sur émail ou au petit feu.

 

 

 

 

 

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Partir !  Revenir ! …..Quel rêve !

Mamie Moisand Martin

 

Je ne pensais pas qu’à 83 ans je vivrais encore des moments aussi forts… Je peux  dire : “ Plus belle la vie !!!”.

photo 1  De nombreuses opportunités depuis le mois de mai m’ont vraiment réjouie. A part mes divers allers et retours Dijon-l’Escalet, j’ai vécu des moments  merveilleux en allant rendre visite à Ivan et Flo qui séjournaient à Singapur. Bien sûr, j’ai été accueillie avec tous les honneurs et surtout avec toute leur gentillesse et leur délicatesse. Des émotions d’amour et de tendresse.

photo 4b J’ai découvert alors un monde nouveau ! Une civilisation que je ne connaissais pas bien….La visite de Singapur m’a beaucoup intéressée.

Au bout de quelques jours,  je suis allée seule à Bali, mais mon tour était parfaitement organisé par mes petits-enfants. Cette île est pleine de charme, avec ses temples, ses paysages verdoyants et tant fleuris, une population très souriante attachée à ses traditions, enfin une semaine délicieuse.

‘RETOUR’ à Singapur pour quelques jours où, bien sûr, je me suis fait “cocottée”.

‘PARTIR’ avec les enfants un week-end à la baie d’Halong. Inoubliable, tellement notre émotion fut grande devant tant de beauté.

Enfin, trois semaines de rêve….mais ‘REVENIR’ !! après avoir été tant choyée !!!

 

Je vous souhaite à tous de pouvoir vivre la même aventure à 83 ans

 

 

 

 

 

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091c 2 LE COIN DES ANCÊTRES

                 Destins et anecdotes

 A l’initiative de Geneviève Moisand, nous ouvrons une nouvelle rubrique dans ce présent bulletin, comparable au désormais classique Carnet de Famille en ce sens qu’on la retrouvera de façon récurrente à l’avenir.

Il faut avoir la foi du charbonnier pour ouvrir aujourd’hui une rubrique destinée à perdurer dans les prochains bulletins du Chardenois dont le destin est pourtant incertain.

Mais comment les descendants d’Hélène…. Charbonnier pourraient-ils ne pas avoir cette foi-là !? 

L’ouverture de cette rubrique est l’occasion de remercier encore Geneviève et Daniel Moisand, nos généalogistes émérites et fouineurs en tous genres, pour leur contribution constante aux bulletins du Chardenois depuis son origine et au bon niveau de sa ligne éditoriale dont nous osons croire qu’elle est appréciée de tous.

Nous commençons cette rubrique avec en premier lieu le portrait d’un capitaine dont la vie mouvementée l’a amené entre autres à participer à la fameuse bataille des Pyramides durant la campagne d’Egypte de Napoléon. Et en second lieu, avec l’histoire de deux tableaux représentant un couple d’ancêtres Moisand, d’une branche parallèle à celle des Moisand de Beauvais et de Longchamp. 

Photo de titre : un de nos très lointains ancêtres (!?), gravure rupestre aborigène, Ubirr, Australie

 

 

 

The Battle of the Pyramids, also known as the Battle of Embabeh, was fought on July 21st, 1798. Le Capitaine DUMAS

                            Geneviève Moisand

Rien ne prédestinait Joseph DUMAS, né au milieu du 18ème s. à Voiron dans l’Isère, d’un père tisserand et laboureur, à une carrière militaire, mais le bouleversement de la révolution en décida autrement.

Marié à 26 ans à Grenoble avec la fille d’un marchand cafetier, il exerçait alors le métier très en vogue de Maître perruquier. Trois ans plus tard, en 1776, il  reprenait l’activité de son beau-père : maître cafetier, activité qu’il allait poursuivre pendant 17 ans.

Lors de la levée en masse de 1793, alors que ses deux derniers enfants ne sont âgés que de 5 et 3 ans, et qu’il a lui-même un âge respectable, 46 ans, il part aux armées avec son fils aîné (qui n’en a que 16). Il est nommé d’emblée capitaine dans un bataillon de sapeurs. Il fait, avec les armées napoléoniennes, les campagnes d’Italie, d’Egypte et de Syrie. Son fils mourra pendant la campagne d’Egypte.

A 51 ans, il participe à la fameuse bataille des Pyramides (par 50° à l’ombre) le 21 juillet 1798 au cours de laquelle il est blessé. Il l’est de nouveau quelques mois plus tard pendant le siège de St-Jean d’Acre (qui dure deux mois) quand il reçoit des jets de pierres sur la tête. Il gardera toute sa vie des séquelles de cette campagne d’Egypte, notamment de fréquents étourdissements en raison de ses contusions à la tête, et une vue très faible due à ce qu’on a appelé « l’ophtalmie d’Egypte », une conjonctivite bactérienne très contagieuse qui s’est propagée parmi les militaires de cette campagne.

Après 3 ans passés en France, il repart pour la campagne d’Italie, puis celle de Dalmatie.

En 1810, à 63 ans, il totalise presque 17 ans de service dont 13 en campagnes de guerres. Deux ans plus tard, au moment du mariage de sa fille Agathe, il est capitaine de canonniers garde-côtes (sans doute dans les vétérans).

Sa retraite est mince et permet tout juste au couple de vivre les 10 années qui suivent.

Doté d’une solide constitution malgré (ou peut-être grâce à) sa vie mouvementée,  Joseph meurt à Grenoble à 75 ans. Sa femme se retrouve dans une situation très difficile. Elle atteste sous serment que son mari n’a laissé aucun bien mobilier ni immobilier, mais seulement quelques vêtements et un trimestre de sa pension de retraite, dont seuls ses enfants peuvent se prévaloir, qu’elle-même n’a pour vivre que 300 frs de pensions viagères versées par deux de ses filles. Agée de 70 ans, elle demande donc, et obtient,  la pension de secours réservée aux veuves de militaires par la récente ordonnance de Louis XVIII.

Suivant la voie tracée par son père, le second fils du capitaine Dumas, Régis Joseph Hyppolyte, mort à seulement 42 ans, fera quant à lui une brillante carrière militaire. Lieutenant colonel d’infanterie, il sera fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1814, puis officier en 1839.

Le capitaine Dumas était le grand-père maternel de Julie Adrienne Bisson, épouse de Victor Eugène Charbonnier, parents de Robert Charbonnier.

 Photo de titre : gravure d’époque de la bataille des Pyramides.  Avec l’aimable autorisation de l’agence Adoc-Photos.

 

 

Photo 002e Photo 005e Les tableaux de Touraine

                                Geneviève Moisand

 

Après la photo mystère, voici les tableaux mystère dont je vous rappelle rapidement l’origine :

Lors d’une réunion chez Annie Bernard Andrier au moment de la préparation de la cousinade, les personnes présentes avaient pu découvrir ces deux tableaux d’ancêtres Moisand.  Son père les avait achetés, à la fin des années 70, à une certaine demoiselle Huault, laquelle les avait tout d’abord proposés à Robert Moisand. Celui-ci n’étant pas intéressé l’avait dirigée vers le généalogiste officiel de la famille Moisand à l’époque, à savoir Olivier Bernard. Il s’agissait d’ancêtres tourangeaux, mais Annie ne savait rien quant à leur identité éventuelle, sauf leur patronyme : Moisand.

Il n’en fallait pas plus pour piquer notre curiosité et, persuadés que tout le monde serait ravi d’avoir pour aïeule une dame aussi enjouée et à la physionomie si avenante ( !), nous nous mimes  en chasse pour  trouver  l’identité probable de ces personnages.  Nous pensons, à 95%, y avoir réussi.

Odette Huault, héritière de ces tableaux, célibataire et sans enfants, était en effet MOISAND par sa mère, laquelle était une lointaine cousine de Gaëtan senior. En remontant sa généalogie nous avons découvert que son trisaïeul était l’arrière grand-oncle de Gaëtan, soit Amand Constant Moisand, marié à une cousine issue de germain : Marie Joséphine Moisand. Si l’on considère la coiffe, les vêtements, l’âge des protagonistes on peut penser que ces tableaux ont été réalisés au milieu du XIXème s.

Il s’agirait donc bien (mais bien sûr sans certitude absolue) d’Amand Constant Moisand, horloger à Preuilly-sur-Claise et de sa femme Marie Joséphine Moisand née à Tours. Les ancêtres communs du couple comme de toute la descendance Moisand actuelle, sont Gatien Moisand, marchand de soieries à Luynes et sa femme Catherine Meusnier.

Un petit tableau de filiations devrait permettre à chacun de mieux repérer les liens entre les personnages :

 

 

 liens parenté Moisand

 

 

le-chardenois-217x300le-chardenois-217x300le-chardenois-217x300 

 

 

 

 

 

La photo mystère     

Daniel et Gaëtan Moisand

 

Dans notre mail du 6 novembre dernier, destiné à  annoncer aux lecteurs familiaux la possible parution d’un nouveau bulletin du Chardenois, nous avions joint une photo en vous demandant de tenter d’élucider le mystère des deux personnages qu’on y voit.

Cette photo avait été envoyée de Montréal, précisait le mail. Ce qui, comme nous allons le voir, était exact, mais ne pouvait qu’embrouiller tout le monde !

Nous avons reçu plusieurs réponses, dont on peut extraire les échantillons suivants qui, s’ils sont loin de la solution, ne manquent pas de sel, quand même.

- « Il pourrait  s’agir de Fifi Joran et sa femme Francette » (le dénommé Fifi était le fils de Marcel Joran et de Juliette née Charbonnier,  l’une des sœurs d’Hélène. Avant de s’installer à son compte et de quitter Longchamp, Fifi a occupé plusieurs postes à la Faïencerie dans l’entre-deux-guerres)

- « Cette photo colle à l’actualité, commémoration de la Grande Guerre, mais quid ? un camarade au front de Gaëtan sénior ? »

- « Un membre de la famille Duffour ? » 

- « La photo en provenance du Canada me rappelle un grand plat de Longchamp, décoré à la barbotine colorée représentant deux paysans rentrant du travail dans un chemin creux, frappés par la flèche de Cupidon ! »

En fait, la solution était assez simple si l’on considère qu’ en s’adressant aux lecteurs du Chardenois, nous ne pouvions les interroger qu’à propos de personnes ayant déjà fait l’objet d’articles dans ce blog.

Daniel et Gaëtan vous livrent ici la bonne réponse.

001c Dévoilons sans plus tarder le nom de ce couple : Il s’agit du peintre Maurice Moisand et de son épouse Juliette Louvet, dont, jusqu’alors, nous n’avions aucune représentation. Cette photo a été prise à Grez-sur-Loing, probablement entre 1910 et 1915.

Et, curieusement, cette photo nous est bien parvenue de Montréal !

Mais, revenons au point de départ. Au mois de mai dernier, arrive un commentaire sur le bulletin n° 13 du Chardenois, commentaire qui a manifestement échappé à la sagacité des lecteurs habituels de ce blog :

Comme mentionné dans votre bulletin, Maurice Moisand était marié à Maria Juliette Marguerite Louvet, sœur de ma grand-mère Léa Louvet mariée à mon grand-père Pierre Bidal. La commerçante parisienne qui acheta la maison de Maurice Moisand en 1941 était ma tante, Raymonde Bidal, mariée à Raymond Remaudière, riche propriétaire d’une grande quincaillerie avenue d’Italie à Paris. J’ai moi-même vécu quelques mois au 44 rue Wilson à Grez-sur-Loing durant l’hiver 1940-41 à titre de réfugié avec mon frère et ma mère avant de passer le reste de la durée de la guerre à Marlotte. L’atelier de Maurice Moisand fait donc partie de mes souvenirs d’enfance. Il existait 4 exemplaires du service en faience Le Deyeux, un pour chacun des quatre enfants de la belle-sœur de Maurice Moisand, Léa Bidal née Louvet. Bien cordialement. Jean-Jacques Bidal.

Bien sûr, nous avons contacté par mail JJ Bidal, pour tenter d’en savoir plus. Nous : c’est-à-dire Gaëtan d’abord, puis Daniel, ce dernier très désireux d’en savoir toujours plus sur celui que pourtant, désormais, nous connaissons de mieux en mieux.

C’est ainsi, au fil de ces échanges, que ce Monsieur bien sympathique, habitant au Québec depuis de nombreuses années, nous a adressé quelques précisions sur Maurice, son grand-oncle par alliance, qu’il n’avait malheureusement pas connu, mais qui était très proche de son père Pierre Bidal, et sur son épouse Juliette.

FPart décès Maurice M Nous avons ainsi reçu la photo du faire-part de décès de Maurice, lequel au-delà de l’annonce prouve que les liens familiaux perduraient en 1934 entre les branches Moisand et notamment entre Maurice et Gaëtan (Senior) lequel est nommé sur ce faire-part (1). Quelques photos du service Le Deyeux, également, mais malheureusement aucune œuvre nouvelle. Et enfin, la  fameuse photo légendée au dos : Oncle et Tante Moisand.

Ce témoignage familial nous a permis d’approfondir nos connaissances sur ce peintre, connaissances confortées par ailleurs par la découverte de nombreuses couvertures du catalogue Manufrance réalisées par Maurice entre 1898 et 1921, mais ceci est une autre affaire, que nous développons dans l’article suivant.

 

(1) Voici quelques précisions sur les Moisand nommés dans le faire-part :

Jean MOISAND : en fait Jean Alfred Moisand, né en 1874. Si on  se réfère au tableau  des filiations inséré dans l’article précédent, il est le frère de Laure MOISAND, veuve HUAULT, née en 1882, également citée dans le faire-part ;  tous deux sont donc des cousins issus de germain de MauriceA noter qu’il y eut  un autre frère, Constant Jean Alfred, un peu plus âgé, militaire de carrière, qui est mort à la guerre dès le mois de sept 1914.

Henri MOISAND :  frère ainé de Gaëtan, commissaire de police.

Gaëtan MOISAND (senior, évidemment !) : inutile d’apporter des précisions !

BONNEFIN DE BINOS – familles proches de Juliette Clarisse, la soeur d’Horace Moisand. Elle avait épousé en 1ères noces le Marquis de Binos, puis, en secondes noces, Bonnefin.

 Sur les  3 branches  Moisand représentées sur le faire-part, la branche Moisand Huault étant à notre connaissance complètement éteinte et celle des peintres Marcel et Maurice, sans descendance l’un et l’autre, la seule branche vivante aujourd’hui (et bien vivante !) est celle des Moisand de Beauvais et de Longchamp, autrement dit celle de Gaëtan (senior).

 

 

En addendum à cet article, deux informations concernant toujours Maurice Moisand et un “appel”.

Les deux informations :

revue Grez 01c revue Grez 02b La publication dans la revue “ Artistes du bout du monde », d’un article sur les frères Moisand. Rappelons que c’est grâce à la directrice de cette revue qui retrace le souvenir des artistes peintres ayant séjourné à Grez-sur-Loing que nous avons retrouvé la trace des 2 frères peintres. Ils ont séjourné ou vécu dans cette localité, Maurice longuement, et y sont enterrés. L’article est une synthèse de ceux déjà publiés dans le Chardenois.

DSC_0539c DSC_0554c L’héritage de  de 2 lithographies (ou gravures sur cuivre ?) de Maurice par des « pièces rapportées » de la famille.

L’“appel” est le suivant :

Si la photo de Maurice complète heureusement notre galerie de portraits familiaux, il n’en reste pas moins qu’il nous manque toujours et encore celui de notre arrière-grand-père Horace Moisand, visuellement disparu de toutes les archives familiales (voir article de Geneviève Moisand, bull. n° 9 sept. 2011). Nous sommes persuadés qu’ un portrait de lui (ou une photo) existe nécessairement et qu’un de nos lecteurs en réponse à cet appel nous le fera enfin découvrir.  

 

 

 

 

 

 

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M 1901 Maurice et la Manufacture

                  Daniel et Gaëtan Moisand

 

Nous savions dejà que Maurice Moisand avait collaboré avec la Manufacture d’armes et cycles de Saint-Etienne, pour en illustrer son catalogue. Mais nous pensions que cette collaboration avait été occasionnelle.

Nous savons désormais que celle-ci a été longue  et prolifique, probablement de 1899 à 1921, avec une interruption de publication pendant la Grande Guerre de 1915 à 1918. Pendant cette période,  Maurice Moisand est l’un des principaux illustrateurs du catalogue de la Manufacture, qui s’appellera bientôt Manufrance. Il illustre non seulement les pages ordinaires de dessins en noir et blanc, mais il est surtout l’auteur d’illustrations, en couleur et en pleine page,  de la couverture du catalogue et/ou de celles des sous-dossiers de celui-ci. On ne peut pas se tromper sur l’origine des illustrations lui revenant car il appose sur chacune d’entre elles sa signature, désormais bien connue des lecteurs du Chardenois.

M 1899 manu 1900 01 La plupart des couvertures du catalogue de Manufrance ne sont pas illustrées. Elles affichent en gros caractères le nom de la Manufacture, avec la représentation de 3 fusils jusqu’en 1898 et sans fusils à partir de 1903. Il existe cependant 5 exceptions (1885 et 1899 à 1902)  où la couverture est illustrée et sur ces 5, Maurice est l’illustrateur de 3 d’entre elles. Par la suite, Maurice sera fréquemment, notamment dans la première décennie du XXème siècle, l’illustrateur de la page de garde suivant immédiatement la couverture proprement dite. Photos des couvertures 1899 et 1900 . La photo de titre du présent article est celle de la couverture du catalogue de  1901. 

manu 1900 06a manu 1900 04a Il est intéressant de constater que  Maurice est sollicité par les responsables du catalogue, non seulement pour illustrer les pages relatives à la chasse et aux armes de chasse, mais aussi les pages d’autres activités que Maurice n’avait pourtant pas l’habitude de représenter dans ses œuvres. (pêche, articles de voyage, etc…) Photos des premières pages des sous-dossiers pêche et voyage dans le catalogue de 1900.

Pour comprendre l’importance (notamment financière) qu’a dû revêtir  cette longue participation de Maurice à l’illustration des catalogues annuels de Manufrance, il faut faire un bref rappel historique et se rendre compte ainsi que Manufrance et son catalogue ont été sur une bonne partie du XXème siècle une véritable “institution”.

 En 1885, Etienne Mimard et Pierre Blachon rachètent une modeste affaire de ventes d’armes par correspondance et décident de la développer en ouvrant un atelier de fabrication. La production essentiellement axée sur l’arme de chasse est  présentée à la clientèle par le biais d’un petit catalogue, le  “Tarif-Album”.

En 1889, la diffusion du “Tarif-Album” augmente de 20 000 à 300 000 exemplaires. Il est envoyé gratuitement aux chasseurs dont les noms ont été relevés dans les registres municipaux des titulaires du permis de chasse.

Le succès est total et permet  ainsi de passer du statut d’atelier à celui de Manufacture. L’entreprise  exporte dans toute la France, mais aussi dans le monde entier. Dénommée  Manufrance à partir de 1911, elle est devenue la première  société de vente par correspondance française. Elle n’est plus uniquement spécialisée dans les fusils de chasse (Robust, Falcor, Idéal, Simplex), elle s’est diversifiée en produisant des bicyclettes (Hirondelle), mais aussi  d’autres produits, allant de la canne à pêche aux articles ménagers (machine à coudre Omnia) et  même aux horloges murales.

 En 1913, l’entreprise annonce avoir plus de 1,6 million de lecteurs, qui sont autant d’ambassadeurs des produits Manufrance. Le catalogue  contient plus de 300 000 articles référencés sur 1000 pages illustrées !

La Manufacture complète le “Tarif-Album” par le “Chasseur Français”, en 1885. C’est le premier journal de loisirs, qui va lui aussi devenir un véritable fleuron de l’entreprise. La revue est  composée d’une partie rédactionnelle et d’une partie publicité/petites annonces. Les annonces matrimoniales du Chasseur, ancêtres des rencontres en ligne, ont eu leurs décennies de gloire, l’une des plus célèbres étant celle-ci : “Marquis, grand nom historique, épouserait demoiselle ou veuve ayant grande fortune”. Dans le Chasseur Français, on trouve aussi des rubriques concernant la chasse, la pêche, le sport, le jardinage… la vie en plein air. En 1935, il a 500 000 abonnés. Aujourd’hui encore, bien qu’en baisse marquée, la diffusion de la revue s’élève à 300 000 exemplaires.

Robert Charbonnier, grand chasseur devant l’éternel, a été un rédacteur occasionnel du Chasseur Français. Mais nous n’avons pas  encore retrouvé la trace des articles qu’il a signés.

manufrance 02a manufrance 19a  Pour de nombreux Français, et sur plusieurs  générations, le catalogue de la Manufacture d’armes et cycles de Saint-Etienne a été le premier, et le principal, livre de lecture. C’était « l’encyclopédie des objets du quotidien », pour beaucoup aujourd’hui disparus (machine à faire la glace, pièges pour fauve, graphomètre d’arpentage,….). Photos de 2 pages “ordinaires”du catalogue de 1910 avec dessins en noir et blanc de Maurice Moisand.

Nous présentons dans l’album de photos ci-dessous quelques-unes des illustrations de Maurice dénichées dans les catalogues de la Manu du début XXème. Certaines sont la reprise d’illustrations déjà insérées dans le présent article. Quelques reproductions sont de qualité moyenne, mais nous les avons néanmoins sélectionnées pour avoir une vision aussi complète que possible de la contribution de Maurice Moisand à l’illustration des catalogues de la manufacture.

Maurice et la Manu
Album : Maurice et la Manu

20 images
Voir l'album

 

 

 

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DSC_0140b Un lycée unique en France

Le Lycée Henry-Moisand est labellisé « Excellence des métiers d’art »

Sous ce double titre, le journal de la région Bourgogne, le Bien Public, a publié dans son édition du 20 septembre 2014, un article dont nous avons repris ici quelques extraits.

 

 Un lycée labellisé “Excellence des métiers d’art” dans un village de taille modeste peut faire des envieux et à juste titre car les Longchampois sont fiers de leur lycée des métiers de la céramique Henry-Moisand, avec cent quatre-vingts élèves à majorité féminine et soixante et un salariés dont une bonne moitié de personnel enseignant. Ce lycée, qui est unique en France dans sa spécialité, propose une palette de formations, qui vont du CAP au BTS, à des jeunes qui, l’an passé, venaient de trente-sept départements.

 Fabienne Thibeaut  occupe depuis peu  un poste clé dans le fonctionnement du lycée, elle relate son arrivée : « Après quatorze ans passés au collège de ­Pontailler-sur-Saône, j’ai eu l’opportunité de faire un remplacement dans ce lycée atypique au printemps. Cette ambiance créatrice qui règne ici m’a enchantée, on ne peut rester insensible devant les œuvres des élèves. Ce ne sont pas des lycéens comme les autres. Ils sont passionnés et leurs professeurs doivent y être pour quelque chose… ».

Les diplômes préparés permettent pour la moitié de se tourner vers l’artisanat et les autres vers l’industrie, les bureaux d’études et ateliers d’art. Le proviseur Alain Berthet peut être fier du niveau atteint par le lycée, avec 93 % de réussite aux différents examens. Il s’en donne la peine car il veille aux bonnes relations avec de nombreux contacts en France et à l’étranger, plus de six cents, qui permettent un enrichissement permanent. Les élèves en tirent profit avec des stages de grand intérêt.

Le lycée participe à de nombreux concours où les médailles d’or ne sont pas rares, il se met aussi en valeur dans différents salons.

Photo de titre ; photo prise lors de la visite du lycée, cousinade sept. 2010

 

 

 

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19370001_modifié-2b_modifié-1 Carnet de famille

 

♦ Nicole et Marcel Girard nous disent leur joie :

IMG_1250b “ pour l’arrivée de notre troisième arrière petit enfant : Léon, né le 1er juillet à Zurich. 

Son père François, fils aîné de notre fils Bertrand est le violoniste qui avec son frère Marc violoncelliste, avait joué dans le hall de la villa lors de la cousinade ; ils vivent à Zurich où François enseigne au conservatoire en tant que Directeur d’orchestre et professeur de violon, avec sa femme Raïssa, pianiste d’origine ukrainienne”.

 Nicole est l’aînée des enfants de la branche Christiane (Christiane née Moisand, fille d’Hélène et Gaëtan, et Olivier Bernard)

 

Dans la même branche, la rumeur est venue jusqu’au “Chardenois” de la naissance en octobre d’une petite fille chez le fils de Xavier Bernard, Samuel.  

 

♦ Mamie Moisand Martin nous annonce : 

Cette année 2014 m’a comblée aussi par l’arrivée dans notre famille de deux petits arrières. Je suis enfin arrière-grand-mère !

photo 01b Léon, né le 28 février,  est le fils  de Benjamin Vanderbeurght et de Marjolaine, fille de Laurence Martin.

photo 1b Diane, née le 1er avril, est la fille d’Alexandre Philippe et  de Charlotte Cloix, fille de Sylvie Martin Cloix et de Jean-Marie Cloix.

Mamie, dernière des huit enfants d’Hélène et Gaëtan, et Charles Martin ont eu quatre enfants, dont Sylvie, la seconde, et Laurence, la benjamine.

 

♦ Catherine Moisand Thomas nous informe de l’arrivée de deux  “petits nouveaux” dans la  branche Marcel (Marcel, 6ème enfant d’Hélène et Gaëtan, et Annie née Guyot)  :

“Chez Denis et Anne : Lise, née le 22 novembre 2013, fille de Thibault Moisand et Marion Leclerc. Lise est la première petite fille de Denis !”

DSC_9687b “Chez moi : Louis, né le 17 décembre 2013, 2ème fils de Clément THOMAS (mon 4ème !) et de Alix BLAVIER. Louis est mon 7ème petit enfant !”

 

 ♦ Christine et Dominique Moisand, ce dernier benjamin de la branche Henri (Henri, fils aîné d’Hélène et Gaëtan, et Paule, née Bernard) nous avaient livré l’information dès l’évènement :

Elise1 “Louis et ses parents sont heureux de vous annoncer la naissance d’Elise, née de notre fille aînée Julia, épouse de Christian Egéa, le 30 mars dernier à San Francisco”. 

 

 

♦ Un mariage et 6 petits-enfants chez les Pruvost Petit !

IMG_1381 Le 6ème des petits enfants, César, est né le 6 janvier 2014, il est le 3ème fils après Léon 6 ans et Victor 4 ans de Franck Brunet de la Charie et d’Anne-Laure, fille aînée de Patrick Petit et de Christine Pruvost Petit. Christine est la fille de Jean-Marie Pruvost et de Marie-Thérèse Moisand Pruvost, laquelle est l’avant-dernière des enfants d’Hélène et de Gaëtan.

corentinclara Le mariage est celui de Corentin, qui s’est marié le 6 septembre 2014 avec Clara à Varengeville-sur-Mer

Dans la branche Mariethé toujours, mais chez Patrick Pruvost cette fois, deuxième des enfants de Jean-Marie et de Marithé, son fils aîné Gaëtan et Marie font part de la naissance fin juillet de Baptiste, leur deuxième garçon après  Paul.

 

 

 

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bulletin n°14 ** novembre 2013 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

bulletin n°14 ** novembre 2013 ** fondateur : Philippe Moisand 037c-yves-300x231Edito

                                       Philippe Moisand

 

Trois disparitions ont marqué bien tristement la période qui nous sépare du précédent numéro. Yves Moisand d’abord, l’ainé des quarante cinq cousins et cousines, parti discrètement dans ce sud ouest où il avait choisi de terminer sa vie aux côtés de Monique. Annie Guyot-Moisand ensuite, qui a conservé jusqu’au bout, en dépit de la maladie, l’énergie et le sens de l’humour dont elle a toujours fait preuve. Vous lirez avec intérêt, et peut-être une certaine surprise, dans notre rubrique Carnet de famille, le petit poème qu’elle avait rédigé au lendemain de la mort de son fils Thierry. Il nous révèle une facette qu’elle cachait bien de sa personnalité. Paule Bernard-Moisand enfin, qui n’a manqué que de quelques mois la célébration de son centenaire. Nous avons une pensée affectueuse pour tous les trois et leurs proches..

Disparition, c’est le choix que nous n’avons pas voulu faire pour Le Chardenois en dépit des difficultés que nous rencontrons à ouvrir nos colonnes à toutes les générations et à sortir du côté un peu nombriliste et passéiste de notre publication. Force est de constater en effet que Gaëtan l’Ancien n’a pas fait beaucoup d’émules et que la famille manque cruellement de plumitifs.  Nous ne perdons toutefois pas espoir, et, plutôt que de nous accrocher à une périodicité trop difficile à assumer, nous attrendrons désormais d’avoir suffisamment de matière pour décider de la sortie d’un nouveau numéro. La date du numéro 15 est donc aujourd’hui incertaine.

Pour s’en tenir au présent numéro 14, vous y trouverez les suites des articles de Gaëtan le Jeune sur le service Callot, et de moi-même sur Gaëtan l’Ancien. Daniel a aussi retrouvé, dans un numéro daté de 1923 de l’Illustration, un article sur la faïencerie particulièrement documenté sur la technique de fabrication. que nous reproduisons in extenso. Enfin, j’ai pensé qu’il pouvait être intéressant, au moment où le musée de l’Orangerie propose une exposition sur Frida Khalo et Diego Rivera, de vous faire part de quelques rêveries mexicaines que m’avait inspirées un voyage récent au pays des mayas.

Bonne lecture à tous.

(photo de titre : Yves Moisand, enfant) 

 

 

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sans-titre-15dd-300x271 Le service Callot (3)

                                                 Gaëtan Moisand 

 

 

4callot-300x199 Après la découverte des origines des personnages en armes et de l’âne musicien (bulletins 12 et 13), nous partons cette fois à la recherche de celles du nain au violon, le 4ème personnage du service Callot de la Faïencerie de Longchamp.

Nous savons désormais que les deux personnages en armes sont des copies fidèles de deux grotesques de la série « Balli di Sfessania » du graveur lorrain Jacques Callot (1592-1635). Et concernant l’âne musicien, notre intuition selon laquelle le décorateur de Longchamp avait puisé ses sources non pas chez Jacques Callot mais à Moustiers s’est avérée la bonne : l’âne de Longchamp est très proche en effet  de celui « sorti » de l’atelier des Clerissy au XVIII ème siècle.

Mais qu’en est-il du nain au violon ? 

 

C’est à Moustiers, qu’il paraissait assez plausible de trouver le modèle du nain de Longchamp, comme nous y avons trouvé celui de l’âne musicien. D’autant plus que parmi les grotesques de Moustiers, une place privilégiée est faite aux musiciens et que beaucoup de ceux-ci sont des nains. Trouver rapidement le modèle de « notre » nain musicien semblait donc chose facile.

En réalité, ce ne fut pas tout à fait aussi évident.

nains-olerys-laugier-3b-300x200 Les choses pourtant avaient bien commencé, d’abord avec la découverte de ces personnages sortis de l’atelier moustiérain d’Olérys et Laugier qui présentent des similitudes avec le nain de Longchamp sans être pour autant totalement comparables. Le nain de Longchamp n’a pas de jambe(s) de bois et il joue du violon et non de la mandoline. Mais il y a certains apparentements : la taille des personnages, la tête proéminente, le nez difforme, le port d’un chapeau, etc…

dsc_0567b-300x250 Et puis, il y eut peu de temps après cette autre trouvaille, sur un site de vente aux enchères, d’une assiette au centre de laquelle se trouve un musicien au violon. Il s’agit d’une copie sans doute tardive de Moustiers (fin XIXème, probablement). Malgré la médiocre qualité de sa facture, le personnage a sans conteste une parenté plus évidente avec le nain de Longchamp que les estropiés d’Olérys et Laugier. 

dsc_0566c-copie-300x135 Ce personnage tient son instrument sur sa gauche et non sur sa droite. Mais si l’on inverse son image de façon à ce qu’il tienne son violon de la même main que celui de Longchamp, les ressemblances deviennent alors plus manifestes, comme on peut voir sur le photomontage. La posture des deux personnages est identique ; leurs vêtements, notamment la cape, le haut-de-chausse et le chapeau à plumes, sont très proches ; seuls les visages sont dissemblables, celui du décor de Longchamp paraissant nettement plus jeune.

Nul doute que cette pâle copie devait nous amener rapidement à un « vrai » grotesque du Moustiers classique et nous permettre d’établir une comparaison fructueuse avec le nain de Longchamp. Il a fallu pourtant s’armer d’une longue patience et attendre plusieurs mois avant de tomber coup sur coup sur deux ventes aux enchères, l’une à Lyon puis l’autre quelques semaines plus tard à Drouot, pour trouver enfin « l’oiseau rare ».

272bb-300x225 Les deux personnages, celui de Lyon sur une assiette de l’atelier Olérys, celui de Drouot sur un plat ovale signé « R » (pour JF Richieud, décorateur qui a commencé sa carrière comme apprenti chez Olérys) sont presque semblables à quelques rares nuances près. La photo en tête de ce § est celle de Drouot : le nain au violon est accompagné d’autres grotesques, comme c’est le plus souvent le cas à Moustiers au XVIII ème siècle et le plus proche de lui est, hasard malicieux,…un âne musicien ! Dans les deux cas, le décor est monochrome en camaieu manganèse. Le lecteur attentif aura remarqué que sur le plat de Drouot, la posture du nain est inversé (il tient son violon sur sa gauche) par rapport au nain de Longchamp, comme c’était déjà le cas pour la copie de Moustiers étudiée ci-dessus ; il en est de même pour le personnage sur l’assiette de Lyon.

dsc_0003bbb-300x93  Sur ce photomontage, le nain de Longchamp est entouré des images (que nous avons inversées pour mieux les comparer) des nains de l’assiette de Lyon et du plat de Drouot. Il y a certes quelques nuances entre les uns et les autres : le visage des nains de Moustiers est orienté vers le bas, leur corpulence est un peu plus prononcée que celle du nain de Longchamp, leur nez est un peu plus grossier, leur chapeau  a certes les mêmes plumes que celui de Longchamp, mais n’a pas de pompon sommital dans un cas ou en a un très discret dans l’autre cas, quand celui de Longchamp en a un très remarquable.

Mais au jeu des ressemblances et différences, l’avantage revient nettement aux premières : ces deux nains créés pendant la période classique de Moustiers ont  sans nul doute servi de modèles au décorateur de Longchamp, même si le traitement monochrome ( à Moustiers) ou polychrome ( à Longchamp) gêne un peu la comparaison.  

Subsiste toutefois cette interrogation sans réponse : pourquoi le décorateur de Longchamp a-t’il inversé la « posture » de son nain par rapport à celle  des nains de Moustiers ? Existerait-il un « chaînon manquant », un nain de Moustiers non encore découvert qui serait dans la même position que celui de Longchamp, portant son violon à main droite ? Ou, autre hypothèse, n’aurait-on pas commis une erreur à Longchamp lors de la transposition de l’image sur un modèle préparatoire ? Notons au passage que la position choisie par Longchamp n’est pas académique, la quasi-totalité des violonistes portant leur instrument de leur main gauche et l’archet de leur main droite.                                                                                                                                    

              sans-titre-15dd-300x271         sans-titre-4bb-288x300      

                                                 

Au terme  de cette série d’articles, le service Callot nous est désormais familier. 

Mais il garde toutefois sa part de mystères. Au-delà de la question non résolue du nain « inversé », le mystère principal est relatif à son nom : pourquoi  le décorateur de Longchamp en donnant le nom de Callot à son service n’a-t’il pas en conséquence cherché son inspiration intégralement chez Jacques Callot ? Pourquoi seulement deux personnages sont-ils directement inspirés des gravures de ce dernier quand les deux autres ont leur source à Moustiers ?

Le décorateur de Longchamp n’étant plus là pour nous répondre, nous en sommes réduits aux hypothèses. Je risque ici la mienne en considérant qu’elle est nécessairement fragile.

plat-olerys-laugier-4-300x292 Si l’on regarde une pièce du service de Longchamp dans son entier et non plus seulement  les personnages, on ne peut pas ne pas remarquer à quel point sa décoration est voisine de celle des décors à grotesques de Moustiers, où l’on retrouve des éléments de décoration semblables d’un décor et d’un atelier à l’autre, et toujours disposés de façon voisine. Sur cette assiette de l’atelier Olerys et Laugier, les grotesques sont disposés au centre sur des « terrasses fleuries » comme disent les spécialistes. Des « tertres » sont disposés sur le pourtour de la pièce, sur lesquels poussent des plantes ou des fleurs. Entre les tertres, des plantes, des papillons ou des insectes remplissent les vides.

 olerys-laugier-et-callot-300x144 Si l’on compare maintenant cette pièce de Moustiers avec une assiette du service Callot de Longchamp, on retrouve effectivement les mêmes éléments de décoration dans une configuration très semblable : le personnage grotesque est « posé » sur une terrasse fleurie ; sur le pourtour de l’assiette, des plantes et des fleurs émergent de deux tertres et entre ceux-ci, des insectes comblent le vide. Seules nuances différentes dans la configuration : les tertres remplissent à Longchamp un grand espace, peut-être un peu démesuré d’ailleurs, penseront certains ; et surtout, alors qu’à Moustiers les grotesques sont plusieurs sur une même pièce, le parti a été pris à Longchamp de ne présenter qu’un seul personnage par pièce, le mettant ainsi  mieux en valeur.

DSC_0373c  dsc_0377c-300x242 Mon hypothèse est que le décorateur de Longchamp avait en fait pour objectif de créer un service largement inspiré des décors à grotesques de Moustiers. Mais alors, en ce cas, pourquoi ne pas l’appeler « Moustiers » plutôt que « Callot »? Tout simplement parce qu’il existait déjà à Longchamp un service Moustiers, comme on peut le voir ici. Ce service « Moustiers », créé comme le Callot, du temps de Robert Charbonnier ne perdurera pas : on n’en trouve plus la trace au XXème siècle. Ses qualités artistiques ne sautent pas aux yeux, c’est peut-être  la raison pour laquelle sa production n’a pas été durable.

dsc_0316d-300x280Du coup, après l’abandon de ce dernier, le nom de Moustiers était de nouveau libre et c’est ainsi qu’ont pu être créés à Longchamp tout au long du XXème siècle des services Moustiers, assez proches les uns des autres et clairement inspirés des décors à grotesques de Moustiers.  Le premier dans les années 20 fut  dénommé « Moustiers ».  Le personnage représenté sur cette assiette nous est désormais familier puisque c’est lui qui illustre le titre de notre journal « le Chardenois » et qui, multiplié par trois, en ponctue chaque article.  D’autres services par la suite et notamment ceux qu’ Hélène Charbonnier Moisand (la Reine) réinterpréta dans les années 50 à partir des modèles anciens,  prirent le nom de décorateurs célèbres de Moustiers, comme Olérys ou Viry.

pict0028g-300x90 Si l’on rapproche ces différents décors du XXème siècle du Callot créé au XIXème, on est évidemment frappé par la proximité des styles. On peut donc affirmer sans risque d’erreur que le service Callot est l’ancêtre de tous les décors « Moustiers » de la Faïencerie de Longchamp.  Certes avec le temps, le décor s’apure : les tertres disparaissent, les feuillages et les fleurs se font plus parcimonieuses. Mais l’essentiel reste identique. On remarquera que les Moustiers de Longchamp reprennent le parti pris caractéristique du service Callot de ne présenter qu’un seul personnage sur chaque pièce. Alors que les décors à grotesque de Moustiers présentent de façon quasi systématique 2 ou 3 grotesques sur chaque pièce,  voire plus encore.

In fine, la double origine des personnages, tantôt issus des gravures de Jacques Callot, tantôt des ateliers des premiers décorateurs de Moustiers  contribue à faire du décor Callot l’un des plus originaux de Longchamp.

Et s’il fallait marquer sa préférence parmi ces personnages, je choisirais  sans hésiter  l’âne musicien

Et vous ? 

    

  

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 illustr-1b-214x300  La Faïencerie de Longchamp

                                                       Article paru en 1923 dans l’Illustration Economique et Financière

                                                       (Signé : A. Groo)

 

Sauf erreur, cet article n’a pas été conservé dans les archives familiales. (Re)découvert par Daniel Moisand, il est donc en quelque sorte inédit. Daniel le replace ici, en quelques lignes, dans son contexte :

« L’article de l’Illustration a été rédigé dans un style bien d’époque, presque « pompeux », mais par un journaliste qui avait certainement une très bonne formation technique et qui disposait d’une excellente documentation. Il offre ainsi une vision parfaite du fonctionnement de l’usine à cette époque d’après la grande guerre. Nous pouvons visiter toutes les étapes de la fabrication, depuis l’approvisionnement en matières  premières  jusqu’à l’expédition  des produits finis.

La dernière partie de l’article, bien que moins documentée (ce qui entraîne certaines confusions, notamment concernant l’œuvre du Trousseau) est passionnante, nous montrant ce chef d’entreprise éclairé et avant-gardiste que fut Gaëtan Moisand, assurant dans ce village assez reculé, à destination avant tout agricole, la vie et l’essor d’une grande industrie par des innovations techniques, telles que la création d’une centrale électrique, mais également humaines et inédites avec tout le personnel : création des cités ouvrières, aide sociale et sanitaire, la fanfare, etc

Il est cependant très intéressant de noter que sur ce point, Gaëtan n’en a pas été le précurseur. Nous apprenons ainsi que la Société de Secours Mutuel que je croyais avoir été créée par Gaëtan dans les années 1930, fonctionnait en fait depuis la fin du 19ème siècle sous l’égide de Robert Charbonnier, décidément véritable pionnier dans tous les domaines. »

 

 

Dans la plaine de Genlis à 6 kilomètres de la gare de cette localité, au milieu des forêts qui portent son nom s’élève le village de Longchamp. Très ancien village dominé par un château du XVe siècle, encore debout.

Dès cette époque éloignée, les chartreux de Dijon qui en étaient propriétaires y fabriquaient déjà les poteries grossières du temps.  Mais ce n’est qu’en 1835 qu’un entrepreneur d’Auxonne, probablement séduit par la qualité des argiles du pays et par le bois abondant qui devait servir à la cuisson vient y fonder une tuilerie.

Cette tuilerie fut bientôt transformée quelques années plus tard en une poterie avec quatre fours pour la cuisson de la faïence commune. Cette modeste poterie fut le berceau de la Faïencerie de Longchamp.

Sous la première impulsion de MM. Robert et Marcel Charbonnier qui en deviennent propriétaires en 1868, elle est devenue l’importante manufacture d’aujourd’hui occupant plus de 300 personnes sous l’habile direction de M. Gaëtan Moisand, maire de Longchamp.

On se demande comment une manufacture si importante put ainsi, en dehors de toutes les règles d’économie la plus élémentaire, se développer à Longchamp. Si les produits du pays, l’argile et le bois, justifiaient le choix du fondateur pour la fabrication de la poterie commune, il n’en est pas de même pour les faïences d’aujourd’hui, nécessitant des matières premières spéciales venant de très loin, ainsi que de la houille indispensable au chauffage des fours.

Mais un facteur important vient à Longchamp rétablir l’équilibre. C’est celui de la main d’œuvre. Son recrutement s’opère en effet d’une manière exceptionnelle. Au milieu d’une population agricole, il s’est formé un noyau d’ouvriers faïenciers. C’est ainsi que de père en fils et même de mère en fille, comme nous le verrons tout à l’heure, toutes ces familles deviennent les collaborateurs de la Faïencerie de Longchamp. Il faut dire en effet que presque tous ces ouvriers sont devenus propriétaires des maisons qu’ils habitent et même des champs qu’ils cultivent. Profondément attachés à leur sol, ils ne cherchent pas à émigrer vers des centres plus manufacturiers.

Ce fut à la suite du discrédit jeté sur la faïence commune après l’Exposition de 1878, que MM. Charbonnier décidèrent de transformer leur usine et de fabriquer les faïences en renom, similaires aux produits de Lunéville, Creil, Choisy, etc…

Dès 1881, l’usine, complètement transformée, fabriquait toute la faïence usuelle en une pâte de granit analogue à celle de la faïence anglaise et recouverte d’émail. Puis vinrent s’adjoindre les faïences d’art et l’on vit des objets en barbotine, des vases et d’autres pièces décorées par des maîtres  du pinceau,  sortir de l’usine de Longchamp. Et plus tard, ce fut le genre de fleurs en haut-relief peintes en couleur de barbotine avec des fonds nuancés.

photo-1c-192x300 Ce fut en 1912 que les gendres de M. Robert Charbonnier, M. Joran, capitaine d’état-major et M. Moisand, avocat à la Cour d’Appel de Paris, abandonnant chacun leur situation, fondèrent la Société Anonyme de la Faïencerie de Longchamp. La direction commerciale était confiée à M. G. Moisand et M. Marcel Joran en assuma la direction technique.

De grands projets  de réfection et de transformation complète, établis sur des plans d’une usine moderne, étaient en voie d’exécution lorsque la guerre éclata. MM. Joran et Moisand furent mobilisés, mais l’usine continua à fonctionner, sous la direction générale de  M.  Jacquemin, le directeur artistique.

Après la démobilisation, MM. Joran et Moisand reprirent chacun leur  poste et commencèrent à réaliser les transformations projetées. Malheureusement, peu de temps après, en 1919, M. Joran est enlevé à l’affection des siens, à la suite d’une maladie, dont il avait rapporté les germes du front et M. Gaëtan Moisand reste seul pour assurer la direction générale de l’usine.

C’est alors que par son activité, son sens précis des affaires, son travail incessant, sa préoccupation de créer un lien étroit entre son personnel et lui, et parfaitement secondé par M. Robert Joran, ingénieur électricien, par M. Jacquemin, qui conserva la direction artistique et par tout un personnel dévoué, M. Gaëtan Moisand a donné à la Faïencerie de Longchamp le magnifique essor qui en fait aujourd’hui une fabrique de céramique comptant parmi les plus importantes de France.

Nous avons pu visiter tous les services de la Faïencerie de Longchamp. Grâce à l’amabilité de la direction, qui nous a grandement facilité notre tâche, grâce aussi aux explications si éclairées de M. Jacquemin qui fut notre guide empressé, nous avons pu nous rendre un compte exact de toutes les transformations de la pâte de faïence, depuis son origine jusqu’à son arrivée, sous la forme d’assiettes, de vases ou de garnitures de toilette, splendidement décorés,  sur les rayons des Grands Magasins où ils sont offerts à la convoitise du public.

Tout d’abord,  et emmagasinées dans des locaux appropriés, nous trouvons toute la série des matières premières devant servir à la confection de la pâte de faïence. L’argile plastique provenant de Saint-Loup-de-Nau, près de Provins, le kaolin venant de l’Allier, de Bretagne ou d’Angleterre ; le sable kaolinique venant des environs de Nevers, le sable quartzeux de Fontainebleau, le silex pulvérisé de Dieppe et de Mons, en Belgique ; enfin, la craie de Champagne.

L’argile plastique et le kaolin sont réduits en fragments dans un concasseur, tandis que le sable de Fontainebleau est pulvérisé dans quatre broyeurs contenant chacun 300 kilos de cailloux de silex et tournant à grande vitesse. Ballottées ainsi pendant quatorze à quinze heures, ces matières en sortant des broyeurs, présentent la finesse et l’onctuosité de la farine de froment. On effectue alors le mélange de tous les éléments nécessaires dans de vastes cuves à tamis, appelées délayeurs, dans l’intérieur desquelles un appareil malaxe et pétrit la pâte pendant cinq à six heures.

photo-4b-1-300x242 Mécaniquement cette pâte descend aux filtres-presses qui, sous une énorme pression, la débarrassent de la plus grande partie de son eau. Elle en sort sous forme de galettes très minces et de couleur grise et passe enfin au malaxeur horizontal tout nouvellement installé, duquel s’écoule, sous forme de poutre carrée de 20 centimètres de côté environ, toute la pâte employée par la Faïencerie. Ce malaxeur peut fournir journellement 8 à 10 tonnes de pâte.

Cette pâte, très onctueuse, d’une consistance comparable à celle du beurre en hiver, ainsi prête pour la fabrication, est transportée aux ateliers de moulage.

Nous avons traversé ces vastes ateliers où l’air et la lumière sont distribués à profusion, et nous avons assisté aux trois sortes de moulage employés à la fabrique, c’est-à-dire le moulage à la main, le moulage mécanique et le moulage par coulage. Chacun d’eux nous a vivement intéressé.

Sur le tour de potier bien connu, l’ouvrier modèle la pâte soit au pouce, soit au moule, à l’aide de divers outils. Par ailleurs, les tours sont mûs par des moteurs électriques, et la pâte, que lui prépare et lui passe l’apprenti, est disposée en galette dans des moules creux et travaillée par l’ouvrier à l’aide de calibres qui épousent le profil des objets à fabriquer. On moule ainsi ordinairement les grandes pièces importantes, cuvettes, pots, soupières, etc. Le moule tournant sous le calibre immobile tenu par l’ouvrier, la pâte s’élève et épouse les formes voulues, complétées par un travail approprié, suivant chaque objet.

Le procédé du coulage se fait au moyen de la pâte liquide, recueillie à la sortie des délayeurs, et qui n’a pas subi la préparation des filtres presses et du malaxeur.

Cette pâte – la barbotine – est coulée dans des moules en plâtre qui absorbent petit à petit l’eau qui y est contenue. La pâte finit par adhérer aux flancs même du moule, et séchant de plus en plus s’en détache d’elle-même.

Tous les objets ainsi fabriqués sont alors achevés et polis, ceux qui doivent être munis d’anses passent dans un atelier spécial, où des femmes habiles fabriquent celles-ci dans des moules spéciaux et les fixent à l’aide de barbotine aux emplacements voulus.

Ces pièces terminées sont portées aux sècheries où une température de 30 degrés est constamment maintenue. Elles sont déposées sur des rayons montant du sol au plafond, jusqu’à ce que, complètement sèches et déjà solides, elles deviennent d’un beau blanc mat. Elles sont ainsi prêtes pour la cuisson.

Dans d’immenses fours, ayant 1′aspect de tours  cylindriques, construits en briques réfractaires, cerclés de fer, de 5 mètres de diamètre environ sur 5 mètres de hauteur, sont enfermées les pièces retirées de la sècherie et prêtes pour la cuisson.

Ces pièces  sont disposées dans des cazettes, sortes de boîtes cylindriques en terre réfractaire fabriquées à l’usine, et placées de manière à occuper le moins de volume possible sans se toucher. Ces cazettes ainsi remplies, sont empilées dans le four, la porte de celui-ci est entièrement scellée, et la cuisson commence. Elle dure ordinairement quarante heures. Après cette première cuisson, on obtient ce qu’on appelle le biscuit.

Le chauffage des fours est fait au charbon ou au bois et la température est poussée jusqu’à 1000 degrés. Des ouvriers spéciaux surveillent  et règlent cette température au moyen de témoins, petites pièces de forme spéciale qui se trouve modifiée suivant le degré de chaleur. Sur les trois grands fours à biscuit existant à Longchamp, un est toujours en pleine marche, le second en refroidissement livre les pièces cuites et le troisième enfin en remplissage.

photo-6c-300x228 Après cette première cuisson,  les faïences simples sont portées aux ateliers d’impression. Les unes pour y recevoir une décoration simple et unicolore, les autres après ce premier travail, sont envoyées aux ateliers de peinture à la main.

Nous avons longuement admiré dans ces ateliers le  goût, l’habileté de tous ceux qui arrivent à donner à tous les objets qui leur sont confiés le cachet artistique qui en fait souvent des pièces remarquables.

Sous la direction d’un contremaître qui est un véritable artiste et qui prépare l’exécution des modèles imaginés et conçus par MM. Moisand et Jacquemin, nous nous arrêtons d’abord aux graveurs, qui dessinent en taille-douce les plaques de cuivre devant servir à l’impression des bandes destinées à la décoration de la vaisselle. Les dessins appelés à être coloriés sont indiqués par des blancs alors que ceux qui ne doivent être impressionnés que d’une seule couleur sont entièrement gravés.

Ces planches terminées passent à l’impression, l’ouvrier les enduit de la couleur choisie et en tire des épreuves sur papier pelure au moyen de presses à cylindre. Ces bandes de papier sont découpées, puis collées sur les pièces à décorer et tamponnées par des ouvrières ayant chacune leur travail distinct et toujours semblable. Aussi y acquièrent-elles une grande dextérité permettant un plus grand rendement. Lavées et débarrassées du papier, ces pièces ainsi décorées sont prêtes pour le four-tunnel.

photo-2b-300x225 Quant aux pièces impressionnées et qui doivent recevoir diverses couleurs, elles sont mises aux mains d’ouvrières qui, d’un léger coup de pinceau, ont bientôt fait d’y appliquer la gamme des couleurs choisies. C’est dans cet atelier où de toutes jeunes filles commencent à côté de leur mère, leur apprentissage. Elles ne peuvent être à meilleure école pour devenir plus tard elles-mêmes d’habiles artistes.

Mais notre court exposé de cet atelier, si intéressant, serait bien incomplet si nous ne signalions pas la décoration des beaux émaux cloisonnés. Là nous avons été réellement séduits et émerveillés de voir ces jeunes paysannes de Longchamp ou des environs peignant avec un art et une sûreté de main incroyables les divers sujets, feuilles, fleurs, fruits, arabesques, etc., ou simplement esquissés.

Il faut voir avec quelle habilité elles déposent, au moyen d’un petit appareil spécial, ce mince filet de barbotine entourant les lignes du dessin auquel elles donnent souvent une tournure bien personnelle et qui constitue les cloisons des émaux. Cette même pièce passe tour à tour jusqu’à son complet achèvement entre les mains de chaque ouvrière chargée d’y appliquer les tons divers, avec leurs teintes dégradées ainsi que les couleurs décorant les fonds plus ou moins ornés.

Toutes ces pièces passent alors au four-tunnel, innovation datant de 1920. Placées dans un chariot, ces faïences traversent lentement sur des rails pendant une durée de 7 à 15 minutes, ce four chauffé à 650 degrés. Elles en ressortent recuites et complètement dégraissées.

Ainsi terminées et retouchées, après être passées au bain d’émaillage, ces pièces sont placées à nouveau dans des cazettes pour la deuxième cuisson. Celle-ci est effectuée dans des fours chauffés à 1060 degrés. Les pièces comportant des dorures reçoivent les filets or d’ouvriers spécialistes et sont recuites une troisième fois.

Complètement achevés, tous les objets ainsi fabriqués sont passés au « choisissage » d’où sont écartées celles présentant quelque défectuosité, les autres, après un dernier polissage, sont envoyées au magasin pour être classées par catégories.

Nous jetons un coup d’oeil en passant sur les salles d’emballage, où ces pièces fragiles doivent être emballées avec un soin tout particulier. De nombreux ouvriers et ouvrières y sont constamment occupés. Des cadres énormes démontables en cinq parties y reçoivent les grosses commandes, celles de moindre importance étant emballées dans des harasses ou caisses ordinaires.

Toutes ces commandes sont expédiées à la nombreuse clientèle de la Faïencerie de Longchamp qui comporte tous les grands magasins de Paris : Louvre, Bon Marché, Bazar de l’Hôtel de Ville, etc..etc.. et une grosse clientèle en province et à l’étranger.

Trente chevaux et mulets sont constamment occupés aux transports entre Longchamp et Genlis. Par l’organisation de ses ateliers, la Faïencerie de Longchamp peut répondre à toutes les demandes qu’elle reçoit. Elle est outillée pour pouvoir fabriquer et sortir plus de 500 garnitures de toilette par jour. Ces garnitures de toilette, avec la fabrication des services de table demi-luxe, genre Strasbourg, vieux Rouen, etc.., et les vases artistiques, sont des spécialités de la Faïencerie de Longchamp.

photo-3b-300x240 En sortant des ateliers de fabrication, notre curiosité est appelée à visiter les installations toutes modernes entièrement créées par M. G. Moisand et fournissant à tous les services de l’usine la force et la lumière qui leur sont nécessaires.
A 150 mètres environ des ateliers de fabrication, sur les rives de l’Arnison, dans un bâtiment spécial en ciment armé, se trouve la Centrale Electrique. Au rez-de-chaussée, une chaudière dernier modèle, alimente une machine Cail à condensation, établie au premier étage. Celle-ci est accouplée à une génératrice à courant continu qui produit une intensité de 500  ampères, sous une tension de 125 volts, soit 80 HP environ.

En outre, une double batterie d’accumulateurs, l’une en fonctionnement, l’autre en se€cours, donnant 150 ampères-heures, fournissent la lumière à l’habitation du directeur, des ingénieurs, aux halls, aux ateliers et même dans le village, aux habitations des  contremaîtres et ouvriers.

Les anciennes machines et chaudières ont été remises à neuf et conservées soigneusement pour servir de matériel de secours. L’eau, dont on use en abondance dans la fabrication est, élevée par une pompe puissante dans un bac-réservoir d’une contenance de 4000 litres.

Dans les ateliers annexes construits entre les splendides jardins qui entourent la propriété personnelle du Directeur Général, sans pour cela en diminuer l’esthétique, nous visitons les ateliers de mécanique, d’électricité, de charpente, de menuiserie , et mêrne de couverture. A Longchamp , en effet, tous les corps de métier sont représentés, l’usine fabriquant tout ce qui lui est nécessaire et se suffisant ainsi à elle-même.

Le service contre un incendie toujours possible est assuré par un corps de pompiers, habillé et équipé comme les pompiers de Paris. Très entraînés et toujours en alerte, ils peuvent, en quelques minutes, mettre en batterie une puissante moto-pompe. Avec ses quatre lances pouvant débiter 20 000 litres d’eau à l’heure, cette pompe peut noyer tout commencement d’incendie sur n’importe quel point de l’usine.

Nous remercions vivement M. Jacquemin de nous avoir initié à toute la fabrication de la faïence et de nous avoir piloté dans notre si intéressante visite. Nous sommes heureux de pouvoir le féliciter personnellement pour toutes les créations artistiques qu’il a fait exécuter.

Il nous semble pourtant que nous n’aurions accompli qu’une partie de notre tâche si nous terminions ici notre exposé.

Nous ne pouvons, en effet, passer sous silence toutes les oeuvres sociales crées ou développées par l’actif Directeur Général de la Faïencerie de Longchamp, M. Gaëtan Moisand, qui a réalisé, dans ce petit village isolé, une étroite relation entre ses ouvriers et lui, où il a su se faire aimer en considérant tout son personnel comme ses collaborateurs, depuis la direction jusqu’au plus petit de ses apprentis.

Aussi, jamais de grève à Longchamp. Le personnel y demeure toute sa vie, y fonde une famille, €et ses enfants deviendront à leur tour les ouvriers qui continueront, par leur habileté professionnelle, à contribuer à la renommée chaque jour de plus en plus grande de la Faiencerie de Longcharnp.

Des salles de bains avec appareils  sont aménagées et mises à la disposition des ouvriers. Pour ceux qui habitent hors de Longchamp et viennent travailler à la fabrique, il a été installé une salle de repos avec cantine, où  ils peuvent  prendre leur repas et passer leur temps en dehors des heures de travail.

Une Société de Secours Mutuels a été fondée et fonctionne depuis le 10 août 1882.

Signalons que, depuis la fondation de l’usine, jamais un ouvrier n’a fait vainement appel, en cas de  nécessité urgente, à la bonté de son directeur. Un des leurs est-il malade la nuit, ou a-t-il besoin de soins urgents ?  Il suffit de frapper, à n’importe quelle heure, à la porte de la villa patronale pour qu’aussitôt une automobile parte chercher le médecin ou les médicaments nécessaires.

Parlons maintenant de la Fanfare de la Faïencerie de Longchamp, dont la réputation n’est plus à faire. Fondée en 1889, elle est devenue une des premières de France. Classée division supérieure, elle a remporté de nombreux prix dans tous les concours, tant en France qu’à I’étranger, où elle s’est fait entendre avec gros succès, comme à  Lausanne, Genève, Evian, etc.

Cette fanfare, qui comptait avant 1914 soixante exécutants, a vu ses rangs décimés par la guerre. Elle compte actuellement cinquante exécutants, dont vingt nouveaux qui ont été formés à Longchamp même.

photo-5b-300x247 Comme nous l’avons dit plus haut, les anciens ouvriers de Longchamp sont devenus eux-mêmes propriétaires de leur petite maison, mais il fallait songer à loger les nouveaux qui venaient travailler à la fabrique, dont l’extension demandait une main-d’œuvre de plus en plus importante. M. G.Moisand ne les oublia pas et, sur les plans de M. Robert, architecte à Dijon, fit construire de vrais petites villas comportant, suivant l’importance de la famille de l’ouvrier, trois à quatre pièces, avec cave, bucher, jardin, eau, électricité fournie par l’usine. Des maisons plus grandes, destinées aux contremaîtres, sont également construites et se composent de trois pièces au rez-de-chaussée, deux au premier étage, av€ec deux débarras, grenier, évier, etc.

Suivant l’exemple de leur père, M. G. Moisand, cherchant toujours à améliorer la situation sociale de l’ouvrier, Mlles Yvonne et Christiane Moisand ont fondé et dirigent elles-mêmes, de leurs deniers personnels et leur travail, l’Oeuvre du Trousseau, ayant pour objet …. nouveaux-nés du personnel de la fabrique

C’est ainsi, en considérant ses ouvriers comme les membres d’une grande famille dont il serait le chef et en associant les siens à ses œuvres de portée sociale, que M. G. Moisand a su trouver et conserver près de lui des ouvriers qui, trouvant à la fabrique tout le bien-être possible, y demeurent, y apportent leur habileté professionnelle et travaillent tous sans arrière-pensée et avec goût au développement et à la prospérité de la Faïencerie de Longchamp.

Nous devons signaler aussi que l’usine de Longchamp est placée sous la protection de saint Antoine de Padoue, patron des faïenciers. Aussi, au mois de juin, pour la fête de saint Antoine, M. Moisand donne, dans sa propriété, sur ces superbes pelouses qui entourent sa belle villa, une fête, à laquelle sont conviés tous les ouvriers de l’usine. Après une grand’messe en musique, exécutée par la Fanfare de Longchamp, un grand banquet réunit tous les ouvriers et le personnel de l’usine autour de M. Moisand et de sa famille. Une matinée artistique, où sont appelées à venir se faire entendre les plus grandes vedettes des grands théâtres de Paris : Opéra, Opéra-comique, Français, etc. , a lieu et précède un bal à grand orchestre qui clôt ces fêtes magnifiques. Une autre fête, mais de moindre importanc€e,  est donnée par la Fanfare de la Faïencerie de Longchamp pour la Sainte-Cécile.

Nous terminerons ici notre courte monographie de la Faïencerie de Longchamp en disant toutefois que ce chef d’industrie éclairé qu’est M. Gaëtan Moisand a su trouver la solution du problème social en agissant de façon à conquérir le cœur de tous ses collaborateurs, petits et grands.

 

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moisand0024bc-212x300 Le dernier des Moisand de Beauvais : Gaëtan (suite)

                                 Philippe Moisand

 

Vous vous souvenez que dans notre numéro 12, j’avais, de façon un peu présomptueuse, tenté de cerner certains traits  de la personnalité de Gaëtan l’Ancien, tout en vous annonçant  une suite prochaine. Je n’ai malheureusement pas eu cette fois-ci le support de Marité, mais j’avais gardé de notre entretien quelques notes qui m’ont été utiles pour vous apporter aujourd’hui ce modeste complément. Sans nier le caractère quelque peu arbitraire de mes choix, je vous propose d’évoquer  le grand affectif qu’était Gaëtan, son goût pour la fête et sa fin de vie.

 

moisand-3abb-300x203 Un grand affectif

Il est bien connu, ils ne s’en cachent d’ailleurs pas,  que les Moisand ont la larme facile. Pas un discours officiel, quel qu’en soit l’objet, même un mariage, qui ne provoque un torrent de larmes dans l’assistance. Même les plus apparemment endurcis d’entre nous (je pense notamment à mon père, Robert) n’y ont pas échappé. D’où cela peut-il venir ? Pas de doute, c’est bien de Gaëtan. Tous les témoignages de ceux qui l’ont bien connu concordent sur ce point.

Et que dire de sa correspondance avec ses enfants et beaux enfants ?  Je n’ai eu accès qu’à une toute petite partie des lettres qu’il a leur a adressées, celles de Robert et Denise bien sûr, mais aussi d’Henry (je ne m’explique pas pourquoi certaines des lettres adressées à « son cher petit Lily » se sont retrouvées dans les archives de mes parents), mais toutes portent la même marque d’un père constamment proche de ses enfants, très attentionné  et toujours très délicat, quelles que soient les circonstances.

La fréquence des courriers  est en elle-même impressionnante. Pas moins de quinze lettres adressées à Robert entre 1936 et 1938, dont quatre dans la seule dernière semaine d’octobre 1936, dans une période il est vrai où ce dernier donnait quelques orientations décisives à sa vie, Ecole des EOR à Saumur et fiançailles avec Denise. On se prend à se demander d’abord si Gaëtan en faisait autant avec tous ses enfants (ce qui est probable) et, dans l’affirmative, s’il lui restait encore un peu de temps pour diriger ses affaires à la faïencerie !

Le ton est toujours très affectueux : utilisation de diminutifs « mon cher petit Lily », « mon cher petit Roberto »,  mais aussi « je vous aime mon fils chéri et je vous embrasse tendrement » et enfin « je t’aime mon fils chéri. Pense à ton papa (il était alors sur le front) même parmi les jeux. Si je savais que, parfois, dans la journée, ta chère petite âme a un élan vers la mienne, comme je serais heureux ». A une époque et dans un milieu où il était de bon ton, surtout pour les hommes, de ne pas extérioriser ses sentiments profonds, ces élans d’affection sont assez surprenants.

Quant au contenu, il va de pair avec le reste, très orienté sur l’expression de sentiments d’affection. Pas toujours cependant. Ainsi le « cher petit Lily » se fait-il vertement réprimander à l’âge de neuf ans pour désobéissance :

« Donc, j’ai décidé ceci :

1°Tes leçons terminées chez Mademoiselle Marchant ou chez  Monsieur le Curé, tu rentreras directement au Châlet. Là tu prendras les ordres de ta maman et, si elle t’y autorise, tu joueras dans le jardin, mais je te défends de sortir du jardin.

2° A la première désobéissance, tu cesseras d’être enfant de chœur pendant quinze jours. Un enfant désobéissant n’est pas digne de s’approcher du bon Dieu. »

Illustration parfaite du dicton selon lequel « qui aime bien châtie bien », encore que l’on puisse se demander si l’interdiction d’être enfant de chœur constituait, même à l’époque, un véritable châtiment !

On pourrait multiplier les citations. J’ai simplement gardé pour la fin cette lettre adressée à Robert, qu’il n’appelle pas encore Roberto, alors qu’il n’a pas encore été démobilisé (elle est datée du 12 décembre 1918), mais qu’il pense à rapporter un jouet à son fils de trois ans : « Je n’oublie pas votre dada mécanique. Je vous le donnerai quand je viendrai. Votre papa rentrera bientôt et fera de bonnes parties avec vous ».

Bref, un véritable cœur tendre qui a visiblement un peu suppléé dans le cœur de ses enfants ce que l’éducation austère d’Hélène, et peut-être aussi son caractère, lui interdisaient d’exprimer de façon aussi débordante.

Je ne peux pas terminer  cette évocation de la grande sensibilité de Gaëtan sans poser la question de savoir comment elle pouvait se traduire dans la vie du couple. Hélas, aucune archive n’est à ma connaissance disponible pour tenter d’y trouver une réponse. Pas la moindre trace des lettres qu’il n’a  pas manqué d’adresser à Hélène pendant sa longue absence de la période de guerre et qui auraient été bien instructives. Quant à la tradition orale, elle nous apporte seulement quelques bribes d’informations sur la rencontre du château d’Aiserey et nous a transmis la légende plutôt surréaliste d’une mère qui aurait conçu chacun des ses huit enfants en lisant le Figaro ! C’est, vous en conviendrez, un peu court, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, derrière les convenances  et le côté très institutionnel du mariage inhérents à l’époque, se cachait une véritable complicité entre les deux époux.

 

moisand0024bb-234x300 Le goût pour la fête

Non, ce n’était pas jour de fête tous les jours à la maison. Marité m’a d’ailleurs confié que son père était d’humeur irrégulière, un tantinet cyclothymique en quelque sorte, sans doute le revers de son extrême sensibilité. Mais Gaëtan avait incontestablement un goût prononcé pour les festivités. Nul doute que la vie parisienne qu’il a bien connue, de surcroit comme célibataire, avant son exil provincial y était pour beaucoup.

Je ne reviendrai pas sur le détail des grandes réceptions officielles, ni sur la célébration annuelle de la Saint Antoine à Longchamp. Christiane en a très bien et très abondamment parlé dans sa Saga des Charbonnier et des Moisand à laquelle vous pouvez vous référer. Ce qui m’a intéressé dans les souvenirs de Marité, c’est d’abord le caractère enjoué et pince sans rire de son père. Il aimait rire et faire rire. Il aimait la vie et les airs à la mode, mais ne prisait pas beaucoup la musique classique, ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’inviter à Longchamp des cantatrices de renom, entre autres Mlle Charbonnel de l’Opéra de Paris et des musiciens comme sa cousine, Mme Queille-Degeorge, premier prix de violon au Conservatoire de Paris.

 Sa vocation première d’avocat pénaliste le portait aussi naturellement vers le théâtre, tant il est vrai qu’il faut avoir des qualités d’acteur autant que de juriste pour bien réussir dans cette profession. Là encore, il  fait appel à des acteurs de renom, au premier rang desquels a figurant Mme Marie Bell. Mais il participe aussi lui-même  très activement aux représentations théâtrales qui faisaient partie intégrante des festivités. En tant qu’écrivain d’abord, sous le pseudonyme de Jean du Chardenois. On lui doit en particulier un acte rajouté à L’ami Fritz , une petite pièce intitulée « Les nouveaux pauvres » dans laquelle il se moque gentiment des déboires de la haute société dus à la crise de 1929, et sans doute aussi beaucoup d’autres dont je n’ai pas gardé la trace.

En tant qu’acteur également. Il se met lui-même en scène dans « Les nouveaux pauvres », et invite aussi à le rejoindre ses propres enfants : Christiane toujours dans la même pièce et dans « La farce de Cuvier », Yvonne dans « Les noces de Jeannette », Marité et Mamie déguisées en alsaciennes dans « L’ami Fritz », ainsi que certains des  employés de la faïencerie.

Si l’on ajoute les contributions de la fanfare et de la chorale,  qui mobilisaient une grande partie du personnel, on voit bien que ces festivités n’étaient pas seulement un spectacle offert à la population longchampoise, mais aussi et surtout l’occasion d’une mobilisation de tous au bénéfice de manifestations au cours desquelles chacun était  successivement acteur et spectateur. Les difficultés financières nées de la crise de 1929 qui ne permettaient plus de supporter les cachets des stars parisiennes n’ont d’ailleurs fait que renforcer ce choix d’une implication collective.

 

sans-titre-5bab-265x300 Une fin de vie douloureuse

C’est un sujet dont je n’ai pas gardé le souvenir qu’il ait été beaucoup abordé dans les réunions familiales. Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher de penser aujourd’hui à la difficile fin de vie qu’a connue Gaëtan. Comment a-t-il vécu, lui qui avait connu un brillant début de carrière  au barreau de Paris et  repris avec  succès  l’entreprise familiale, d’abord la grande crise de 29, puis le front populaire, son accident de voiture avec la nouvelle Hotchkiss dont il sortira avec un bras cassé et un gros hématome, et enfin son accident cérébral qui le privera en grande partie de la parole ?

La baisse certainement sensible des revenus provoquée par la crise a d’abord conduit à une réduction drastique du train de vie familial. Puis il lui a fallu faire face au choc du front populaire, à   l’hostilité des syndicats et aux congés payés, lui qui pensait avoir fait tout ce qu’il fallait pour le bien de son personnel. Aux dires de mon père, un ressort s’est alors cassé,  dont il ne s’est jamais vraiment remis

Viendront ensuite la guerre dans laquelle deux de ses fils sont engagés, puis l’accident de santé en 1941 qui le prive non seulement de la parole, un supplice pour l’homme du verbe qu’il était, mais aussi d’une grande partie de sa mobilité. Marité me disait sa douleur de voir son père ainsi diminué, entouré le matin par les domestiques et rendant visite l’après midi à d’anciens employés de l’usine, tandis qu’Hélène, qui avait déjà assuré l’intérim pendant la grande guerre, passait sa vie à la faïencerie dont elle avait pris les rênes.

Il aura toutefois la joie de voir le pays libéré en 1945 et la paix revenue. Il caressera même l’espoir de revoir son cher Paris à l’occasion de son dernier voyage, mais  n’arrivera pas à destination. Puisse la voie que Dieu lui a choisie ce jour là l’avoir conduit vers des rivages plus sereins.

 

 

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208-001b-300x225 Rêveries mexicaines

                            Philippe Moisand

 

 Sans prétention aucune, je vous livre ici quelques unes des réflexions que je me suis faites et des questions que je me suis posées en traversant le Mexique. On est bien loin des incontournables temples précolombiens et de la baie d’Acapulco, mais l’âme et l’histoire d’un pays ne se résument pas nécessairement à leurs monuments et à leurs paysages.

 

Diego Rivera et Frida Khalo 

132706b-222x300 Des deux époux, Frida est sans doute la plus connue. Hongroise par son père, indienne par sa mère, doublement handicapée par la poliomyélite et un grave accident d’autobus (ou de tramway), passionaria du féminisme, de la défense des indiens, communiste convaincue, artiste talentueuse, mais un brin trop torturée à mon goût, elle avait tout pour faire partie de ceux qui comptent. Le Clézio lui a d’ailleurs consacré un ouvrage.

615b-225x300 Et pourtant, je ne peux m’empêcher de lui préférer Diego, lui aussi d’ascendance indienne. Certes, celui-ci n’est pas de ces artistes dont la notoriété déborde toutes les frontières et dont les œuvres  voyagent autour du monde, d’une exposition à l’autre. Puisqu’il a choisi d’être essentiellement un « muraliste », il vous faut  le rencontrer chez lui, à Mexico, principalement au Palacio Nacional , mais aussi Palacio de Bellas Artes et dans le petit musée qui lui est consacré.

banniere_fk_385-300x98 L’exposition qui vient de s’ouvrir à l’Orangerie de Paris (Frida Khalo/Diego Rivera, l’art en fusion)  vous permettra peut-être de vous faire votre opinion, si tant est que l’œuvre de Diego y est bien représentée. Quoiqu’il en soit, et quelque tumultueuse que fut la vie conjugale de ces deux artistes, ils font tous deux partie, chacun à sa façon, du paysage mexicain qu’il serait dommage de manquer au profit des « incontournables » temples mayas.

 

Le traité de Guadalupe Hidalgo imposé par les gringos.

Au Mexique, la légende veut que l’étranger soit couramment qualifié de  gringo. A vrai dire, je ne sais  pas si ce terme vise tous les étrangers ou les seuls citoyens des Etats Unis, mais j’ai quand même le sentiment qu’il est souvent utilisé dans un sens péjoratif et s’applique essentiellement aux voisins du Nord. Faut-il s’en étonner quand on se rappelle (si on l’a jamais su) que le territoire mexicain fut, au milieu du 19ème siècle, brutalement amputé de plus de la moitié de sa superficie au bénéfice des Etats Unis ? La main mise progressive de colons américains venus du nord sur le Texas, alors partie du territoire mexicain, avait provoqué une vive réaction du Mexique, lequel n’était malheureusement pas de taille à lutter avec son puissant voisin. La prise de Vera Cruz puis l’occupation de Mexico par l’armée américaine se traduisirent par la signature du traité de Guadalupe Hidalgo aux termes duquel le Mexique devait abandonner non seulement le Texas, mais aussi (excusez du peu !) la Californie et le Nouveau Mexique. Etrange que le nom donné à ce traité désastreux soit constitué de deux noms justement célèbres et très vénérés au Mexique.

 

219-001-220x300 La Guadalupe, sanctuaire de l’Amérique latine.

C’est sans doute le sanctuaire le plus fréquenté de toute l’Amérique latine. Visité à cinq reprises par Jean-Paul II, il commémore le souvenir de Juan Diego, ce jeune indien à qui la Vierge Marie serait apparue à plusieurs reprises en 1531 et dont le portrait se serait miraculeusement imprimé sur le revers de sa tunique. On peut le voir aujourd’hui dans le sous-sol de la nouvelle  basilique ; un tapis roulant à double sens  oblige les fidèles à ne pas s’attarder pour laisser la place aux suivants. Etrange symptôme de la modernité pour des pèlerins qui arrivent au sanctuaire à genoux.

Je me garderai bien de m’immiscer dans le débat qui n’a pas manqué de s’instaurer sur l’authenticité de ces apparitions. Jean-Paul II l’a clos à sa façon en canonisant Juan Diego. En revanche je me suis intéressé à l’origine de ce nom de Guadalupe qui m’intriguait. Certains guides notent la couleur très brune de la peau de la Vierge et rappellent qu’une autre vierge noire, très vénérée en Estrémadure, est connue sous le nom de Guadalupe. Il y a sans doute là un lien, mais cela ne nous dit pas d’où vient ce nom.

Il m’a semblé qu’on pouvait partir du rapprochement avec le Guadalquivir, ce fleuve andalou qui porte un nom arabe (Oued el khebir, le grand fleuve). Mais, d’une part je ne voyais pas ce que la Vierge pouvait avoir à faire avec un fleuve, et d’autre part, il me manquait la signification du qualificatif « lupe » ou « upe ». Un Mexicain à qui je faisais part de ma perplexité m’indiqua que la Vierge s’était présentée à Juan Diego comme la rivière lumineuse ou la source de lumière. Voilà qui éclairait bien ma lanterne et je décidais de retenir provisoirement cette interprétation que je livre à votre sagacité. J’ai appris depuis que Guadalupe pourrait venir de oued el oub, la rivière de l’amour, ou oued al loub, la rivière aux cailloux noirs, voire même oued al lupus, la rivière au loup, un bien étrange mélange d’arabe et de latin.

 

Miguel Hidalgo, le père de l’indépendance.

Lui ne s’est pas perdu dans toutes ces conjectures sémantiques. Lorsqu’il brandit en 1810 l’étendard de la révolte contre la domination  espagnole et lança le fameux « grito de Dolores », il fit peindre sur sa bannière une réplique de la Vierge de la Guadalupe qui devint ainsi le symbole de la lutte pour l’indépendance du Mexique. On oublie souvent que c’est ce prêtre d’une petite localité du centre du pays, associé à un militaire du nom de Ignacio de Allende (sans rapport avec Salvador), qui fut le père de l’indépendance mexicaine. Pancho Villa et Zapata lui ont incontestablement volé la vedette.

Et pourtant ces derniers n’ont rien à voir avec l’indépendance mexicaine. C’est  cent ans plus tard qu’ils se rendirent célèbres, lorsque le pays se révolta contre l’interminable dictature de Porfiro Diaz et qu’ils participèrent à son élimination. Comment ces deux aventuriers, issus des couches les plus modestes de la population, se sont-ils entendus avec les francs maçons qui menaient la fronde ? La chose est mystérieuse. Sans doute avaient-ils besoin les uns des autres, mais l’entente ne dura pas et plusieurs d’entre eux périrent de mort violente. Ainsi, c’est en sortant de son appartement pour rejoindre en voiture son hacienda campagnarde que Pancho Villa fut pris sous le feu nourri des mitrailleuses de ses meurtriers. On raconte que, blessé à mort et saignant de toutes parts, il eut encore la force de prendre le volant et de jeter la voiture contre un arbre. Quelle belle fin pour ce modeste vacher qui eut son heure de gloire et les conquêtes féminines qui vont souvent avec !

N’est-elle pas étrange l’histoire de ce pays créé par les Mayas, soumis  par les Espagnols, libéré de l’emprise des colons, amputé d’une grande partie de son territoire par les gringos, qui participe aujourd’hui à la lente et pacifique reconquête des territoires perdus par le biais des ses émigrants imposant aux Etats Unis la pratique de leur langue ?

 

 

 

                                                                                                                                                 

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caricatures-2-de-latelier-moyaux-par-moisand_modifie-1-226x300 Les caricatures de l’atelier Moyaux

 

A la suite de l’article de Daniel Moisand sur  les frères peintres, Marcel et Maurice Moisand, paru dans le bulletin précédent,  nous avons reçu de Virginie Frelin-Cartigny, attachée de conservation au Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, le commentaire suivant, que certains lecteurs du « Chardenois  » ont peut-être déjà lu :

« J’ai découvert par hasard votre blog en cherchant des informations sur Marcel-Emmanuel Moisand, parallèlement aux recherches que je mène actuellement sur Constant Moyaux, en vue d’une exposition au musée des Beaux-Arts de Valenciennes à la fin de l’année 2013 (6 décembre 2013-23 mars 2014).

Je vous signale qu’un ouvrage de Mme Annie Jacques, intitulé La Carrière de l’architecte au XIXe siècle (Dossiers du musée d’Orsay, 1986), reproduit la photo de Caricatures de l’atelier Moyaux faites par Marcel-Emmanuel Moisand (p. 65). Cette photographie semble se trouver en collection particulière et j’en cherche actuellement la provenance, mais si vous  souhaitez étayer votre corpus d’oeuvres de Marcel-Emmanuel Moisand, je peux vous adresser une numérisation de cette image.  »  

 

A notre demande, Virginie Frelin nous a aimablement communiqué l’image des Caricatures  que nous reproduisons ici en tête de cet article.. La qualité de l’image numérisée est médiocre, mais suffisamment lisible pour que nous puissions  découvrir  chez Marcel-Emmanuel un vrai talent de caricaturiste : il  a « croqué » un certain nombre de ses condisciples et professeurs de l’atelier Moyaux à l’Ecole des Beaux-Arts où il est entré en février 1891. Ces dessins, sans doute affichés dans l’atelier, ont été prises en photo par l’un des élèves de Constant Moyaux.

caricatures-3-de-latelier-moyaux-par-moisand-218x300 Il est probable que Marcel-Emmanuel se soit caricaturé lui-même à travers ce dessin qui n’est pas sans ressemblance avec les « images » de Marcel-Emmanuel que nous connaissons grâce à l’article de Daniel Moisand ( effigie de la tombe de Grez-sur-Loing ; gravure de son frère Maurice dans le livre « Rivales »).        

 

 

 

 

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19370001_modifie-2b_modifie-1-242x300  Carnet de famille

 

 

 

P1010910b Rodolphe Duffour et Alix

Le 7 septembre a été célébré à Asquins dans l’Yonne le mariage de Rodolphe Duffour, le 3ème des 4 fils de François Duffour (lui-même fils de Jean Duffour et Yvonne Moisand) et Véronique Duffour avec Alix de Lalande de l’Héraudière.

La réception a eu lieu dans la maison de François et Véronique située entre Avallon et Vézelay, sur un ancien site de Templiers qui s’illustre par la présence d’une chapelle templière du 13ème siècle.

Alix et Rodolphe, les mariés, vivent depuis un an à Bangkok (Thailande) et travaillent dans les secteurs de l’hotellerie et du tourisme.

 

 

 

IMG_2933_02 Yves Moisand

 

Le 10 mai 2013, Yves Moisand nous a quittés.

Certains le surnommaient « Yvon », « Vonvon » ou encore « patate » …pour nous c’était tout simplement : papa.

Afin d’être fidèle à ce qu’il a été, ces quelques lignes seront simples et sans fioritures.

Ce n’était pas un grand communicant et nous avons appris à décoder avec le temps ses émotions au travers d’un regard ou d’un silence. Ce qui ne l’a jamais empêché au cours de sa vie personnelle ou professionnelle de prendre des décisions courageuses ou de donner des avis bien arrêtés.

Nous gardons de lui sa ténacité et sa volonté d’avancer quelles que soient les épreuves de la vie.

Nous aurions aimé partager avec lui de longues veillées, afin de mieux connaître l’enfant, l’adolescent puis le jeune adulte qu’il a été.

Nous devinions quelques blessures, des rêves, et une sensibilité qu’on lui avait appris à taire.

Il emporte avec lui ses secrets.

Sa tendresse, à la fois chaleureuse et pudique, nous manque.

Mais il n’est pas loin …

 le 18 novembre 2013, ses enfants.

 

 

tante-annie-3-300x225 Annie Guyot Moisand 

 

Annie Guyot Moisand, « Tante Annie » pour ses neveux et nièces nous a quittés le 12 août 2013.

 Ses enfants Jacques, Catherine, Denis, Hervé, sa belle-fille Sabine ont écrit :

  « Cette nuit, Maman nous a quittés dans un dernier souffle avec sa discrétion habituelle, sans une plainte, après deux mois de lente et longue agonie où nous avons eu la chance de partager de grands moments d’intimité avec elle.

   Bien sûr, elle nous laisse déjà un vide immense tant sa personnalité faisait partie de notre vie…Nous savons que tous ceux qui l’ont connue auront une tendre pensée ou prière  pour elle. »

Nous reproduisons ci-contre le dernier message d’Annie à « ceux qu’elle a aimés ».

 

A  ceux que j’ai aimés,

Pour moi la vie ne fut pas tendre

texte-annie-2-298x300Sagement  il a fallu apprendre

Que le courage et la tendresse

Quand on est envahi par le stress

Doivent effacer toute la tristesse

Et laisser place à la joie.

Que l’amour ne fait pas de choix

Qu’on donne plus qu’on ne reçoit

Mais que ce fut mon but à moi

Avec souvent des maladresses

Dans la jeunesse et la vieillesse.

Et si la vie doit vous meurtrir

Toujours il faut aimer et rire

J’ai essayé de faire cela

Je vous le souhaite de l’au-delà

Aimez-vous et pensez à moi.

 

 

 

 

dsc_0074b-200x300  Paule Bernard Moisand

 

Elle s’en est allée le 10 novembre dernier rejoindre Henry parti plus de trente ans avant elle. Elle aurait eu cent ans le 16 avril prochain. Ses obsèques ont été célébrées dans l’église de Longchamp en présence de sa nombreuse descendance venue l’accompagner à sa dernière demeure du petit cimetière de la route de Chambeire.

Paule avait épousé très jeune Henry, l’aîné des Moisand, dont elle a eu sept enfants. Elle a travaillé longtemps à la faïencerie, prenant la place de sa belle mère Hélène à la décoration, lorsque celle-ci décéda en 1964. Puis elle s’est retirée avec Henry à Fontaine les Dijon, dans la propriété familiale des Bernard, avant de s’installer dans une maison de retraite.

page-de-garde-livret-pub-copie-300x212 Au dos du livret de la messe d’enterrement de Paule, on aperçoit la photo d’une petite chapelle, qui n’a pas été placée là par hasard. Il s’agit de la chapelle Notre-Dame de Beauvoir qui domine à mi-falaise le village de Moustiers-Sainte-Marie. La photo rappelle l’attachement de la « branche Henry » au site de Moustiers qu’elle avait choisi comme lieu de vacances et où Paule a eu la joie de retrouver chaque été ses enfants et petits enfants dispersés aux quatre coins de la France et même de l’Europe.

 

« Vous pouvez verser des larmes parce qu’elle s’en est allée,
ou vous pouvez sourire parce qu’elle a vécu. »

(extrait d’un poème d’Eileen Cicole lu par Guy Moisand au cimetière)

 

 

 

 

 

bulletin n° 13 ** avril 2013 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

bulletin n° 13 ** avril 2013 ** fondateur : Philippe Moisand dsc_0416bbc-99x150 Edito

                      Philippe Moisand

 

 Un bonheur ne vient jamais seul. Voici donc, avec le retour d’un printemps qui s’est si longtemps fait attendre, la livraison de notre bulletin numéro 13, dont je peux dire sans forfanterie, puisque je n’y ai pas participé, qu’il est d’excellente qualité. Merci donc à nos deux plus ardents contributeurs, Daniel (à qui je dois associer Geneviève) et Gaëtan le Jeune, qui nous font voyager dans le monde des arts de quelques uns de nos ancêtres.  On peut bien sûr, comme me l’a fait gentiment observer  Jean-Pierre Levret, regretter le côté à la fois passéiste et un tantinet nombriliste de notre bulletin, mais la promenade que nous proposent nos deux auteurs dépasse, me semble-t-il, le simple cadre familial et nous replonge dans le contexte plus large du bouillonnement artistique de la France de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, voire même un peu plus loin dans le temps avec les Chartreux de Cluny. Serions-nous en train de faire basculer subrepticement notre bulletin dans une approche « Connaissances des arts »? Nous n’en sommes pas encore là, mais nous accueillerons très volontiers à l’avenir les articles de ceux qui souhaiteraient s’engager aussi dans cette voie.

Gaëtan le Jeune m’avait donné le choix, pour illustrer cet édito entre la pêcheuse à la ligne de Maurice Moisand, la croix en faïence de Longchamp retrouvée sur la tombe de Marcel, une gravure de Marcel et un chien à l’arrêt de Maurice. Après avoir longtemps hésité, j’ai retenu la gravure de Marcel, qui mérite bien ce modeste signe de réhabilitation dans notre mémoire collective.

 

 

 

 

 

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pict0032cc-94x150 p1070241c-111x150 Du nouveau sur « nos » peintres Marcel Emmanuel et Maurice Emile Moisand 

                                                     Daniel Moisand

 

(photos de titre : de g. à dr., détail d’une aquarelle de Marcel et huile de Maurice)

 

Il suffit de lire les nombreux articles et commentaires parus depuis les débuts du Chardenois pour voir à quel point notre famille est fascinée par Marcel et Maurice MOISAND.

Il ne s’agit pourtant que de lointains «petits cousins» puisque notre branche familiale et la leur se séparent au tout début du 19ème siècle, mais, bien sûr, il y a le nom, Moisand, dont nous sommes si fiers et, d’autre part, tous ceux qui ont fréquenté la Villa du temps de notre enfance ont bien connu les tableaux et lithos de Maurice qui y étaient exposés. Il y a aussi le service de table Le Deyeux. Quant à Marcel, nous avons tous appris, bien que ne connaissant pas ou si peu ses œuvres, que ce peintre était coté au Benezit, une référence en la matière.

Mais qui étaient-ils ? Où et comment ont-ils vécu ? Voilà de quoi passionner les férus de généalogie que nous sommes devenus avec Geneviève et lancer une enquête, ponctuée de longues recherches, pas toujours abouties malheureusement, de coups de chance également, notamment la visite à Grez-sur-Loing avec Gaëtan « junior » qui avait été évoquée dans un numéro précédent du Chardenois et qui a permis une avancée décisive, tant pour Maurice que pour Marcel.

 liens-de-parente-gaetan-et-les-peintres-300x186Rappelons donc d’abord que ces 2 frères sont les petits-fils de Amand Moisand, de Preuilly-sur-Claise et que notre grand-père, Gaëtan, est lui-même l’arrière-petit-fils du  frère aîné d’Amand, Antoine. Relation qui peut sembler lointaine comme nous le disions plus haut, mais, en fait, les deux familles sont restées très liées au fil du 19ème siècle au point même qu’après le décès du père de ces peintres, Marcel, qui est alors encore mineur, aura Horace, le père de Gaëtan, comme subrogé tuteur !

Il est donc très facile d’en conclure que Marcel et Gaëtan, qui  sont contemporains, se sont certainement très bien connus depuis leur enfance. Le service « Le Deyeux » et les tableaux de Maurice Moisand à la Villa du temps de nos grands-parents montrent incontestablement par ailleurs que Maurice fréquentait Longchamp et que les liens familiaux persistaient bien entre Gaëtan et Maurice.

 

 

 

pict0030bmodifi1.vignette Marcel Emmanuel Moisand

Marcel Emmanuel naît le 27 juillet 1874 à Nogent sur Marne. Il est le 3 ème enfant d’Antoine Charles Moisand, négociant en papiers à Paris qui va décéder alors que Marcel  n’est âgé que de 10 ans, sa mère devient donc sa tutrice légale, mais elle est infirme et, comme indiqué plus haut, le conseil de famille va nommer son petit-cousin Horace comme subrogé-tuteur ; en pratique, c’est sa sœur, Alphonsine qui va l’élever.

Son signalement nous parvient par son dossier militaire : il mesure 1,71m,  il a les cheveux et les sourcils blonds, yeux bleus, front ordinaire, nez droit, bouche moyenne, menton rond, visage ovale. De constitution fragile, il sera d’abord affecté aux Services Auxiliaires pour cause de palpitations, avant d’être ajourné pour faiblesse.

Nous avons sans doute également une représentation de lui car, comme nous le verrons plus loin, il est très probable que son frère aîné Maurice s’en soit servi comme modèle pour ses illustrations de l’œuvre de François Coppée, « Rivales », en 1893.

Marcel  est admis à l’Ecole des Beaux-Arts le 19 février 1891. Il y devient l’élève de Constant Moyaux (Grand Prix de Rome d’Architecture, membre de l’Institut), en section architecture.

Elève brillant, il sera  cité à plusieurs reprises lors de concours au sein de l’école, notamment un accessit en 1896 au Concours des Architectes Américains et un prix au concours Chaudesaigues en 1901 avec la réalisation d’un arc de triomphe. Il va aussi concourir en  1899 et 1901 pour le prix de Rome (admis en 2ème essai).

dsc_0380bb-241x300 dsc_0358bbd-150x141 dsc_0375bb-221x300 Dans le cadre de l’école, en 1899, Marcel réalise conjointement avec un de ses condisciples, Félix Boutron, une étude comprenant 40 planches d’architecture. Ces croquis, assez extraordinaires pour certains, sont réunis dans un livre « Croquis Architecturaux »  dont la couverture qui représente une très belle femme est réalisée par Alphons Mucha, artiste très connu notamment pour ses affiches pour JOB et les Bières de la Meuse, celles pour Moet et Chandon ou encore ses affiches théâtrales. Particularité à noter : les deux architectes signent ces études avec leurs initiales entremêlées. (photos en tête de § : deux des planches des croquis, séparées par la signature entremêlée des deux auteurs)

Le prix Chaudesaigues permettra à Marcel un voyage d’étude en Italie de 2 années ; son rapport de 1ère année, approuvé aux Beaux-Arts le 9 août 1902 par un jury présidé par le peintre Gérôme, comprenait, outre des aquarelles, un relevé du tombeau de San Giovanni à Florence et  une étude sur la restauration du temple de Junon à Agrigente.

C’est en revenant du voyage d’étude de 2ème année, alors qu’il était à Nice dans le but de réaliser des aquarelles sur des sites remarquables à la demande des Indicateurs de luxe de Compagnies  de Chemin de Fer que Marcel décède subitement le 2 septembre 1903, à 29 ans, probablement par suite des problèmes de santé évoqués plus haut.

Ce décès va laisser sa mère et sa sœur dans un profond embarras financier. Aussi, ses condisciples de l’atelier MOYAUX organisent à sa mémoire, en janvier 1904, une exposition de ses œuvres dont le produit des ventes reviendra à Alphonsine, Maurice ayant renoncé à son profit à toute part de succession.

Le directeur de l’Ecole des Beaux-Arts, Louis BONNIER, ouvrira cette exposition ainsi :

« Dans cette tumultueuse fermentation de talent, d’émulation, de gaîté, de jeunesse qu’enserrent les murs de « l’Ecole », de la salle Melpomène au plus haut sommet des loges, l’attention des anciens se sent volontiers fixée par l’apparition d’un nom que viennent consacrer peu à peu des récompenses répétées.

C’est ainsi que la personnalité de Marcel Moisand s’est précisée dans ma mémoire par des rendus colorés, par des succès aux « Vingt-Quatre Heures », au « Chaudesaigues», à « L’Achille Leclère », dans d’autres concours ; plus tard par d’importants envois aux Salons. Entré à 18 ans à l’Atelier Moyaux, il a parcouru les nombreuses étapes de l’éducation générale de l’Ecole des Beaux-Arts, qui en a fait la gloire, laissant partout une réputation d’élève brillant et habile.

Au seuil de la 30ème année, au moment de pénétrer définitivement dans la vie de lutte continue et de déboires fréquents, que compensent rarement d’autres joies que celles profondes et intimes de la production artistique, Moisand a eu l’illusion de l’avenir facile. Il a connu la joie du départ vers des travaux convenant à son tempérament, vers les études nouvelles de ses pays de prédilection, les pays des cieux limpides et des ombres opulentes, l’Italie et la Sicile.

Brusquement ses amis connus et inconnus ont appris sa mort isolée et tragique.

Ses camarades réunissent pieusement une dernière fois tout ce qui reste de ce jeune talent, il convient de les en remercier. »

Cette exposition regroupera  170 tableaux, essentiellement des rivières et bateaux, les ponts sur la Seine, à Paris, Argenteuil et Choisy le Roi, plusieurs représentations du port de La Rochelle, ainsi qu’une 2ème catégorie d’œuvres sur ses pays de prédilection : la Côte d’Azur, l’Italie et la Sicile.

Figuraient également au catalogue 12 œuvres peintes à Grez-sur-Loing, principalement le pont sur le Loing.

Suite aux articles parus dans le Chardenois, Gaëtan « junior » avait été contacté il y a quelques mois par Claire Leray, de Grez-sur-Loing, charmant bourg à environ 10 km au sud de Fontainebleau, et animatrice de l’Association « Artistes du Bout du Monde », nous informant que Maurice Moisand avait eu sa maison à Grez et se proposant de nous faire découvrir cet univers qu’il avait si bien connu. Le rendez-vous qui a suivi, avec Gaëtan, Geneviève et moi-même, vous a été déjà rapporté ; mais, arrivés avec Geneviève en avance sur l’heure de ce rendez-vous, nous avons bien sûr appliqué nos réflexes aguerris de généalogistes et c’est ainsi qu’après une première visite rapide du village, nous sommes allés droit au cimetière, espérant découvrir la tombe de Maurice, toujours révélatrice d’indices généalogiques.

dsc_0485b-99x150 dsc_0475bb-198x300 En fait, la première tombe découverte n’a pas été celle de Maurice, mais à notre grande surprise, celle de Marcel, enterré donc à Grez, avec, plus tard, sa mère et sa sœur. Sur sa tombe, un  bas-relief en stuc le représentant en buste, ainsi qu’une croix en faïence (…de Longchamp !). Bas-relief que nous nous sommes empressés de photographier pour essayer, en vain d’ailleurs et c’était logique puisque nous étions partis à la découverte de Maurice et non pas de Marcel, d’en faire deviner l’ identité à Gaëtan lors du déjeuner qui a suivi ! (photos en tête de § : l’auteur de cet article devant la tombe de Marcel ; sur la pierre verticale, le buste de Marcel, en-dessous l’inscription « Marcel Moisand, architecte, lauréat de l’Institut, 29 ans », et plus bas encore, la croix en faïence. Laquelle est parfaitement conservée, comme on peut le voir sur la 2ème photo)   

img013bb-150x115 C’est ce buste qui par sa ressemblance frappante, fait incontestablement penser à l’une des illustrations réalisées par Maurice pour le livre de François Coppée, « Rivales ». (photos jointes du bas-relief de la tombe et du détail d’une illustration de Rivales)

Marcel a toujours été domicilié à Paris ou la proche banlieue, c’est donc très certainement lors de ses visites chez son frère qu’il a peint les toiles de Grez et nous avons ainsi pu apprendre à Claire Leray que sa ville avait accueilli et inspiré, chacun dans son style, les deux frères.

tableau-m.e.-moisand-pavillon-des-etats-unisl-196x300 Les œuvres de Marcel  Moisand  se sont trouvées malheureusement dispersées à la suite de l’exposition. Particulièrement renommé dans le milieu artistique pour ses aquarelles et ses travaux d’architecture, trois de ses œuvres au moins ont été achetées et conservées dans les fonds publics, un tableau maritime conservé au Musée d’Angers (accessible après demande préalable auprès du Conservateur du musée) et un autre représentant le Pavillon des Etats-Unis lors de l’Exposition Universelle de 1900 exposé au Musée National de la Coopération Américaine à Blérancourt dans l’Aisne (Ce musée est  actuellement fermé pour rénovation, réouverture prévue fin 2014). Le dernier est « la chapelle palatine à Palerme », acquis par l’Etat en juillet 1903, du vivant du peintre, mais nous ne savons pas avec certitude où il se trouve, la base « Arcade » des Archives Nationales  le localisant, semble-t’il,  à l’Ambassade de France à Madrid. (photo en tête de § : le  tableau du Pavillon des Etats-Unis)

Les autres œuvres sont dans des collections privées, elles font très rarement l’objet de ventes. Gaëtan  a bien trouvé la trace d’une aquarelle « Rue à Grez-sur-Loing » vendue par les soins d’un commissaire-priseur en 1993 ; mais ce dernier, interrogé, n’a rien  conservé de l’époque où il n’était pas encore informatisé.

pict0029bb-94x150 dsc_0478b-189x300 Fort heureusement, un de nos cousins, passionné d’art, a pu acquérir deux aquarelles ces dernières années. 

Marcel est coté au Benezit. Rappelons que le Benezit est “la” référence en la matière, il s’agit du dictionnaire des peintres, français et étrangers, qui outre une description globale permet une cote approximative de ces artistes. Publié pour la 1ère fois en 1911, le Benezit a fait l’objet de plusieurs actualisations jusqu’à nos jours.

 

 

 

mm001.vignette Maurice Emile Moisand

Son frère ainé, Maurice Emile, né le 7 janvier 1864 à Paris 3ème, a été lui aussi élève à l’Ecole des Beaux-Arts , mais en section peinture où il a été présenté par Jean-Léon Gérome (1824-1904). Il aura également pour professeur Nicolas Luc-Olivier Merson, peintre et illustrateur (1846-1920). On relève dans son dossier à l’Ecole diverses citations entre 1886 et 1890, notamment des admissions en 2ème essai pour le Grand Prix.

Dès 1888, Maurice expose régulièrement au Salon annuel des Artistes Français aux Beaux-Arts,  d’abord des études en 1888 et 1889, puis des toiles à partir de 1890 jusqu’en 1894  : “Retour de chasse” et “Un bas bleu” en 1890, “En visite” en 1891, “Modèle difficile” en 1892, puis en 1893 “Sevrage” et un panneau décoratif “La chasse” en 1894. Il n’expose pas  en 1895, ni en 1896, mais présente une dernière toile en 1897,  “6 rue Bara, le thé des Amis”, dont nous n’avons malheureusement  pas retrouvé de représentation.

img024bb-78x150 img013bb1-84x150 Ces œuvres annoncent incontestablement le remarquable peintre animalier qu’il va devenir mais c’est avant tout en tant qu’illustrateur qu’il va réellement commencer sa vie professionnelle,  notamment avec  le livre « Rivales » de François Coppée ou encore pour la réédition en miniature du conte de Charles Nodier « la filleule du Seigneur – Histoire du chien de Brisquet ». Mais Maurice va très vite consacrer tout son talent à la peinture animalière, chiens, oiseaux et, principalement, des scènes de chasse. (photos en tête de § : la couverture du livre illustré par Maurice et l’une des gravures où l’on peut voir un personnage masculin dont la ressemblance est frappante, comme déjà dit plus haut, avec le buste de Marcel sur la tombe de Grez)

Contrairement à son frère et malgré tout son art, il n’aura malheureusement pas les honneurs du Benezit.

l-atelier-maison-de-maurice-moisand-150x94 dsc_0432b-150x99 Maurice s’installe à Grez-sur-Loing où il vivra toute sa vie, d’abord au lieu-dit « l’Auberge », dans le courant des années 1890 avec sa compagne, Maria Julienne Marguerite Louvet qu’il épousera en 1902, puis à « l’Atelier », dont l’adresse actuelle est le 44, rue Wilson à Grez, qu’il achète en 1922, mais dont il était déjà locataire. Hasard ou non,  la photo de cette maison et les explications de l’intérieur données par Claire Leray nous ont instantanément rappelé la Villa à Longchamp ! (photos de la maison : carte postale d’époque et photo actuelle de la maison comprenant une extension récente sur la gauche)

Pourquoi Grez-sur-Loing ? Nous n’avons pas de réponse certaine,  mais des indices.

Grez était un village de peintres très connu, un peu comme Barbizon au nord de Fontainebleau, mais alors que Barbizon avait attiré une importante colonie de peintres français, Grez avait accueilli dans le dernier quart du 19ème siècle une majorité de peintres étrangers, principalement Scandinaves et Japonais ; y demeuraient aussi, ou tout à côté, des artistes français et notamment Charles- Olivier de Penne, très célèbre peintre animalier, qui vivait à Marlotte, bourg attenant à Grez, où il décédera en 1897. Est-ce lui qui influencera le destin de Maurice ? Les styles en tout cas se ressemblent, l’école est la même. De Penne est beaucoup plus âgé et il a certainement servi  de maître à Maurice ! Une autre piste, celle du peintre américain William Picknell qui a élaboré en 1895 deux toiles sur Grez : Picknell et Maurice étaient contemporains et condisciples à l’Ecole des Beaux-Arts  sous la direction de L.C. Gérôme.

Il faut citer aussi l’écrivain François Coppée, évoqué plus haut,  lui aussi vivant à Marlotte : est-ce lui qui y a amené Maurice ou est-ce parce que justement Maurice habitait là qu’ils se sont rencontrés d’où l’illustration du livre ?

Autre condisciple de Maurice aux Beaux-Arts, Abel Mignon, qui va acquérir une notoriété importante en tant que graveur (il sera ainsi le premier graveur de timbres-poste en 1925 avec un nouveau procédé, la gravure en taille-douce). Maurice et Mignon seront voisins à Grez et très amis. Or Mignon, bien qu’originaire de Bordeaux, fréquentait Grez dès le courant des années 1880.

Toujours est-il que Maurice est bien installé dans la région en 1898, puisqu’il est un des membres-fondateurs d’une Association Artistique, créée cette année-là, basée à Montigny-sur-Loing (autre commune voisine de Grez, où vivaient également de nombreux artistes), dont le but sera d’organiser une exposition permanente de peinture, sculpture et céramique.

Nous n’avons malheureusement aucune photographie de Maurice qui décédera à Grez en 1934 sans descendance. Sa veuve hérite de la maison qu’elle vendra en  1941 en viager occupé à une commerçante parisienne avec  tout son mobilier, à l’exception des œuvres de Maurice ; elle y décédera en 1956. Il n’y a pas de succession, les tableaux de Maurice ont certainement été vendus petit à petit pour lui procurer des revenus. La maison existe encore de nos jours mais elle a subi plusieurs transformations au fil des ans.

pict0224bb-104x300 pict0226bb-111x300 On connaît nombre de tableaux de Maurice, des dessins et des lithos animalières. Beaucoup vous ont déjà été présentés lors d’un numéro précédent du Chardenois. Plusieurs membres de la famille possèdent d’autres oeuvres originales, soit par acquisition personnelle, soit en provenance de la Villa de Longchamp. (photos en tête de § : 2 huiles qui sont longtemps restés accrochés à la même place sur un mur du « fumoir » de la Villa)

dsc_0468b1-300x201 Nous avons eu la chance de rencontrer un descendant d’une très ancienne famille grezoise, chez qui nous avons pu admirer d’autres tableaux et lithos. Son grand-père, Monsieur Crépin, était boulanger à Grez, ami de Maurice Moisand et passionné de chasse. Anecdote intéressante : d’après la tradition familiale, les chiens de chasse peints par Maurice, notamment le pointer, seraient les siens. Notre interlocuteur n’a cependant pas reconnu son grand-père parmi les chasseurs peints par Maurice.

Les lithographies se retrouvent souvent sur Internet, le plus fréquemment d’ailleurs sous le nom de Marcel, qui par sa notoriété provenant du Benezit est le seul connu de la plupart des marchands d’art. Peut-être d’ailleurs est-ce cette confusion qui a fait que Maurice ne soit pas coté au Benezit ? Ce n’est que depuis peu que plusieurs d’entre nous interviennent afin de rendre à Maurice ce qui lui appartient. 

almanach-chasse-1913-14-b-150x108mm037b.vignette affiche-manufacture-b-197x300 D’autre part, Maurice a illustré plusieurs ouvrages consacrés à la chasse, notamment régulièrement l’Almanach de la Chasse Illustrée, puis « La Sauvagine en France » de Louis Ternier en 1897 (Louis Ternier dans son avant-propos indique d’ailleurs avoir choisi Maurice pour illustrer son livre après avoir vu ses œuvres dans l’Almanach ci-dessus), le « Vademecum du Piégeur » de Jean Dailly et  des couvertures pour la Manufacture de St Etienne.

p1000624b.vignette Et nous avons par ailleurs déjà évoqué le service de faïence « Le Deyeux » : nous n’en connaissons pas la date exacte, mais tout laisse à penser au début des années 1920.

Le talent de Maurice ne s’arrête cependant pas à la peinture animalière :

 bas-bleu-salon-1890-b-300x226 Un des premiers tableaux exposés au Salon des Beaux-Arts est « le bas Bleu », mettant en scène une jeune femme. (La reproduction présentée ici malheureusement de piètre qualité est extraite du Catalogue du Salon de 1890)

pict0012c-300x183 Parmi ses oeuvres, il y a également ce nu, certainement du début de sa carrière (fin du 19 ème) : on pourrait imaginer qu’il s’agit de Marguerite Louvet, sa future épouse.

p1070244bb-103x150 … et ce tableau extraordinaire, représentant une jeune femme à la pêche. Est-ce toujours la même personne ?

dsc_0473bbb-cop-199x300 Il ne faut pas oublier par ailleurs le bas-relief réalisé pour la pierre tombale de son frère !

 

 

Maurice et Marcel étaient vraiment des artistes de grand talent, bien que très différents l’un de l’autre. La préparation de cet article m’a amené à admirer un grand nombre de leurs œuvres et à rêver à  ce que Marcel aurait pu réaliser sans ce décès prématuré !

Et je comprends sans problème la passion mise par certains à rechercher leurs tableaux et le bonheur ressenti lors de la découverte de nouveaux originaux.

 

 

Un grand merci à Gaëtan « junior » qui par ses recherches très poussées a apporté une contribution importante à cet article, notamment par la découverte d’articles de journaux de l’époque ainsi que des études architecturales et des tableaux de nos peintres.

Un grand merci également à tous les détenteurs d’œuvres de Marcel et Maurice Moisand  grâce à qui nous avons pu abondamment illustrer cet article…

 

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Nous présentons  ici un album d’oeuvres de Maurice, déjà présentées dans des bulletins précédents du Chardenois :

Maurice, oeuvres choisies
Album : Maurice, oeuvres choisies

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 Nous présentons également un nouvel album d’oeuvres de Maurice inédites (au sens de non publiées à ce jour dans le Chardenois),  notamment plusieurs gravures du livre de Louis Ternier « La sauvagine » et de celui de François Coppée, « Rivales » :

les inédits de Maurice
Album : les inédits de Maurice

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Et puis voici quelques croquis d’architecture réalisés par Marcel Moisand et Félix Boutron en 1899. Le hasard nous a mis il y a quelques jours à peine sur la piste du livre de ces croquis, dont nous avons pu consulter un exemplaire à la BnF et en  photographier la couverture signée Mucha et les quarante planches (la photo qui illustre l’édito de ce bulletin représente un détail de l’un de ces croquis) :

les croquis de Marcel
Album : les croquis de Marcel

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sans-titre-4bb-288x300  Le décor Callot (2)

                                 Gaëtan Moisand

 

 

4callot-300x199 Le premier article sur le décor Callot (Bulletin n° 12 déc. 2012) se terminait ainsi :

 » Il faut bien se ranger à l’évidence. Si deux des personnages du service de Longchamp (les deux hommes en arme, Franca Trippa et Scaramuccia) sont directement issus des gravures de Callot, les deux autres ne se retrouvent nulle part chez le  graveur lorrain.

Alors, où trouver la trace de ces deux personnages, le nain joueur de violon et l’âne jouant  du luth ? Et pourquoi le décorateur de Longchamp les a-t’il unis à Franca Trippa et à Scaramuccia dans un seul et même décor dénommé le « Callot » ?

C’est ce que nous tenterons de découvrir dans le prochain bulletin.”

Voici donc dans ce deuxième article l’état de nos nouvelles « découvertes ».

 

On parle souvent des grotesques de Callot lorsqu’on évoque les gravures du grand maître lorrain. On sait, par ailleurs que parmi les décors créés pendant l’âge d’or de Moustiers, au XVIIIème siècle, l’un des plus populaires est appelé « décor à grotesques ».

Grotesques de Callot, grotesques de Moustiers… Simple coïncidence sans conséquence ? Ou au contraire, coïncidence qui ne doit rien au hasard ? Et dans cette dernière hypothèse, pour espérer  découvrir les origines de nos deux personnages du service Callot de Longchamp, le détour par Moustiers pourrait-il s’avérer fructueux ?

 plat-clerissy-musee-marseille-300x207 Du côté de Moustiers

 A l’origine le terme « grotesque » désignait un genre particulier de décor du temps de la Rome Antique, que l’on retrouve notamment dans les « grottes » de la Maison Dorée de Néron à Rome (le mot « grotesque » vient précisément de là).

Il s’agit  d’une ornementation de vastes surfaces (murs et  plafonds de grandes demeures ou de palais), composée d’arabesques, de feuillages, d’oiseaux, de sphinx,… La symétrie rigoureuse de leur structure est compensée par la bizarrerie des personnages, hommes ou animaux, dont le rapprochement est souvent insolite.

Ce genre fut repris à la Renaissance dans la décoration des palais italiens construits à cette époque.

On le retrouve  plus tard dans le  décor dit « à la Bérain », qu’adoptent les faïenciers de Moustiers au début du XVIII ème siècle. Berain est un décorateur du roi Louis XIV qui renouvelle l’art grotesque et influence tous les arts décoratifs de son époque. Illustration du sous-titre ci-dessus  : plat Moustiers signé Clerissy, décor Bérain.

Mais le véritable inventeur du décor à grotesques à Moustiers, c’est Joseph Olérys, qui  s’installe dans ce village en 1740  après s’être formé en Espagne. Il s’inspire du décor « à la Bérain » préexistant à son arrivée. Mais il le transforme profondément en sortant de leur rôle accessoire les figures grotesques du décor Bérain perdues au milieu des arabesques.

proantic-olerys-et-laugier-1-150x112 Olérys crée un décor totalement nouveau permettant d’infinies possibilités de variations : représentations de personnages très divers, de toutes les époques, d’animaux et de végétaux réels ou imaginaires, … Il est probable que, comme d’autres décorateurs après lui à Moustiers, il s’inspire en partie des grotesques de Jacques Callot. C’est en tout cas l’opinion des spécialistes de la faïence de Moustiers au XIXème siècle qui considèrent Jacques Callot comme le père spirituel des grotesques de Moustiers. (photo en tête de § : assiette moustiers  atelier Olérys et Laugier, décor à 3 grotesques et un oiseau)

Serait-il possible dès lors que le décorateur de Longchamp ait puisé pour compléter la série de personnages de son décor Callot dans les décors à grotesques de Moustiers ? Et qu’il ait considéré qu’il était dans son bon droit puisque, tout au long du XIXème siècle, les spécialistes ont affirmé  que Callot était l’inspirateur des décors à grotesques de Moustiers ? 

 lane-du-louvre-300x194L’âne musicien

Commençons par l’âne musicien, dont on est certain que l’inspiration ne peut provenir directement de l’œuvre de Callot puisque celui-ci s’intéresse essentiellement à l’homme ….

La surprise  concernant cet âne est qu’il y a une très ancienne tradition de sa représentation : la plus ancienne connue remonterait à l’art sumérien, 3000 ans avant J.C, mais je n’en ai pas trouvé la trace iconographique. Au Louvre, on peut toutefois dénicher cette pierre gravée (en illustration du sous-titre), à peine plus récente, puisqu’elle date du Moyen Empire Egyptien (2000 av. JC), où l’on peut voir un âne jouant de la lyre avec ses sabots.

ane-aulnay-2-234x300 saint-nectaire_1-300x200 On retrouve, plus proche de nous, l’âne musicien très souvent représenté dans les églises romanes françaises. Notamment sur le magnifique tympan de l’église Saint Pierre d’Aulnay-de-Saintonge (1ère photo ci-contre), mais aussi à Saint-Nectaire, tout autant connu pour son fromage que pour sa très belle église dans laquelle on découvre à nouveau sur un chapiteau notre âne musicien (2ème photo ci-contre). Lequel apparaît dans bien d’autres églises romanes encore…

asne1-225x300 Mais c’est sa représentation sur un mur extérieur de la cathédrale de Chartres qui est certainement la plus « parlante ». Nulle part ailleurs, l’âne musicien n’atteint une aussi grande taille et n’est aussi bien mis en valeur, de par sa position à l’extérieur de la cathédrale à la vue de tous les passants. La bouche largement fendue, il semble rire de sa maladresse à ne pouvoir jouer véritablement d’un instrument de musique avec ses sabots.

Mais si son rire provoque le nôtre, il faut savoir aussi le prendre au sérieux. Et voici pourquoi, si l’on en croit les érudits de la cathédrale :

L’âne de Chartres comme ceux des églises romanes puise son origine dans un proverbe grec tiré d’une fable de Phèdre « onôï lura » (l’âne à la  lyre) : « Pourquoi donner une lyre à un âne puisqu’il ne peut en pincer les cordes ? ».

Un auteur du VIème siècle, Boèce, reprend cette fable dans une comédie toujours populaire au Moyen-Age et fait dire à l’un de ses personnages, Dame Philosophie : « Entends-tu mes paroles ou es-tu comme l’âne devant la lyre ? ». Cet âne, symbole de la bêtise et de l’ignorance, on le retrouve également dans une lettre d’Abélard (celui d’Héloïse) : « Il est un âne devant une lyre le lecteur qui tient un livre et n’en comprends pas le sens ».

Ainsi l’âne de Chartres semble dire au passant : « Ne sois pas comme moi, ouvre tes yeux, regarde ce grand livre de pierres qu’est la cathédrale, et tu en comprendras le sens ». 

musee-moustiers-b-300x291 musee-moustiers_modifie-2-300x239 C’est cet âne-là, dont la tradition remonte à Sumer et se poursuit en France au Moyen-Age dans les églises romanes et à Chartres, que reprend à son compte au XVIIIème siècle Jacques Olérys  en faisant de lui l’un de ses personnages grotesques.

Il le représente le plus souvent assis, jouant de la lyre, ou plus exactement de la harpe. L’âne tire la langue ou grimace, sans doute pour nous montrer qu’il est bien incapable de jouer. Un valet le protège avec un parasol, un livre à ses pieds est ouvert à une page sur laquelle est parfois écrit : « Malheur pour qui la mauvaise langue parle ».

A ce stade de nos recherches, si on est en droit de  penser désormais  que le créateur du décor Callot s’est sans aucun doute inspiré des décors à grotesques de Moustiers, il faut bien admettre toutefois qu’il n’y a pas une parfaite correspondance entre l’âne d’Olérys et celui de Longchamp. Ce dernier ne joue pas de la harpe, mais du luth (ou de la cithare ?) et n’est pas accompagné d’un valet au parasol. Il faut donc chercher encore …

Et pourquoi pas chez les Clerissy, puisque ceux-ci ont développé la production la plus abondante du Moustiers de l’âge d’or sur 3 générations ? C’est précisément dans l’Atelier Clerissy que nous avons découvert « notre » âne : c’est là en effet qu’a été représenté, pour la première fois semble-t’il, l’âne au luth ou à la cithare, celui que nous connaissons bien parce que c’est aussi celui de Longchamp.

plat-clerissy-proantic-b-300x216 proantic-plat-clerissy-3b-226x300 Le voici sur cette assiette du XVIIIème siècle, signée Clerissy, au décor monochrome vert manganèse, accompagné de 2 autres grotesques. Contrairement à celui d’Olérys, l’âne au luth  de l’Atelier Clerissy est « habillé » d’une curieuse collerette et harnaché d’une selle. Il tourne la tête à l’opposé de son instrument de façon désinvolte pour montrer peut-être à quel point il s’en désintéresse.

sans-titre-4b-copie-300x164 Ce photomontage montre clairement que le décorateur de Longchamp a largement puisé son inspiration chez les Clerissy :  même posture de l’âne, même instrument, même position des sabots sur celui-ci, même collerette, même regard opposé à l’instrument, même arbuste contre lequel l’âne s’adosse. Pour l’essentiel, nous avons bien affaire au même personnage. Seul peut-être le port de tête diverge légèrement. A vrai dire, la seule dissemblance vraiment notoire vient du traitement monochrome ou polychrome selon que l’on est à Moustiers ou à Longchamp. 

De Sumer à Saint-Nectaire, de Moustiers à Longchamp, l’âne musicien nous aura fait parcourir un chemin semé de bien des surprises. Il est  temps de clore provisoirement notre propos et de remettre au prochain bulletin la description d’éventuelles découvertes concernant le 4ème personnage du décor Callot, le nain au violon. Après quoi, dans ce même prochain bulletin, viendra le temps de conclure. 

 

 

 

 

 

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  bateau-2d-236x300 Signé ELLEN (2)

                                Gaëtan Moisand

 

Un 1er article intitulé « signé Ellen » dans le bulletin n°3 nous permettait de découvrir (ou redécouvrir) les dons artistiques d’Ellen, alias Hélène Charbonnier Moisand, à travers quelques aquarelles et céramiques de sa création.

 Nous  découvrons ici d’autres aquarelles signées Ellen, détenues par plusieurs membres de notre famille.

p1100609b-228x300  p1100610b-300x235 Ces 2 aquarelles sont datées d’août 1951. La première représente des maisons à Publier, petit village située sur les premiers contreforts du lac Léman au-dessus d’Evian, et la seconde des bateaux au port sur le Lac Léman.

p1100606b-220x300   p1100607b-216x300 Ces deux-là sont des vues du Lac de Côme. Elles datent d’août 1954.

29042010-b-300x211 Cette aquarelle, datée de juillet 1947, représente une vue du vieil Annecy  

p1090127bb-300x230  Celle-ci représente le château de Chenonceau. Probablement plus ancienne que les précédentes, elle n’est pas signée Ellen mais H. Moisand.                                                                                                                

p1100608b-300x224 Celle-ci n’est ni datée, ni légendée.  

bateau-2-b-300x235 Cette aquarelle est datée d’août 1963, soit moins d’un an avant son décès.  

moulin-2b-213x300  Aquarelle non signée mais « certifiée » par son détenteur comme étant bien de la main d’Ellen. Peut-être est-ce l’une des premières aquarelles d’Ellen et, si c’est bien le cas, on mesure le chemin parcouru en la comparant à la précédente, qui est sans doute la dernière..                        

 

 Remerciements aux détenteurs des aquarelles présentées ici , qui ont contribué à la réalisation de cette 2ème série sur les oeuvres d’Ellen.

Il se peut qu’il y ait encore dans la famille d’autres aquarelles d’Ellen. Si tel était le cas, les personnes concernées pourraient se faire connaître et envoyer aux administrateurs du Chardenois une (bonne !) photo de ou des aquarelles en leur possession.

 

 

Voici l’album des aquarelles déjà présentées dans le bulletin n°3                                          

3 aquarelles dEllen
Album : 3 aquarelles d'Ellen

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Et voici celui des aquarelles présentées ici

 

9  aquarelles dEllen
Album : 9 aquarelles d'Ellen

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Autre regard possible, celui du diaporama de l’ensemble de ces aquarelles, avec en fond sonore, le nocturne n°1 de Chopin, dont Marie-Thé dit qu’ « Ellen », sa maman , le jouait avec une légèreté et une grâce qui chaque fois l’étonnait :

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xyvyke

 

 

 

 

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dsc_0080b1-199x300 Les Chartreux à Cluny

               Gaëtan Moisand                                                                                                                                          

 

Ce titre, un rien provocateur (comment çà : les Chartreux ont investi la célèbre abbaye bénédictine !?), se comprend mieux si l’on sait que les Chartreux du tombeau de Jean sans Peur après un très  long voyage  sont de passage au Musée de Cluny à Paris.

Les Chartreux (ceux de Champmol et …de Longchamp !), accompagnés de quelques parents et officiers de la maison ducale, sont sortis de leur niche sous le tombeau du Duc de Bourgogne depuis plus de deux ans à la faveur de la transformation du Musée des Beaux-Arts de Dijon. Ils ont fait un long périple aux Etats-Unis dans 7 musées différents  où ils ont reçu l’hommage de plus de 600 000 Américains , puis dans 2 musées européens à Bruges et à Berlin, avant de se rendre à Paris.

On peut  admirer « nos » Chartreux jusqu’au 3 juin 2013 dans une salle du Musée de Cluny comme jamais plus on ne le pourra. Une fois de retour à Dijon, en effet, ils seront de nouveau à demi-cachés sous les arcatures du tombeau ducal.

dsc_0146_1-300x199 Sobre et magnifique présentation dans une salle sombre où un éclairage parfait met en valeur l’albâtre des plis de leur robe et de leur visage éploré : les pleurants, comme on les nomme, alignés dans une cohorte hélicoïdale semblent accompagner le Duc vers sa dernière demeure.

 

 

 

 

 

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capt_130227_h123803_003-300x203 mon arbre généalogique

un message de Daniel et Geneviève Moisand

 

Dans le bulletin n° 5 du Chardenois sous l’intitulé « Introduction à la généalogie », nous présentions notre passion, la généalogie, en même temps que nous vous  faisions part de la création de l’arbre généalogique de l’ascendance Moisand et Guyot de Daniel sur le site GeneaNet et donnions les clés pour y accéder.

Après consultation des nouvelles procédures de GeneaNet, il apparaît que le simple code d’accès “ami” ne suffit plus pour consulter la totalité de l’arbre. Il paraît que c’est pour sécuriser le site… !

Il faut maintenant que “nous invitions” personnellement chaque personne de la famille souhaitant avoir accès à la totalité de l’arbre, c’est-à-dire y compris  les contemporains de moins de 100 ans, les photos et les notes. Ce serait beaucoup trop long et inutile de le faire pour la totalité des descendants indifféremment, car ça n’intéresse pas tout le monde. Ceux qui souhaitent consulter la généalogie de façon complète doivent donc nous envoyer un mail pour nous le demander (daniel.moisandatbboxpointfr, at et point étant placés là pour éviter que notre boite soit inondée de spams, à vous de remettre les bons sigles pour arriver jusqu’à nous). Ainsi nous pourrons envoyer le formulaire d’invitation seulement à ceux qui le désirent, à la suite de quoi ils devront s’inscrire (c’est évidemment gratuit) avec leur propre identifiant et leur propre mot de passe.

A préciser que tout le monde peut se connecter sur le site GeneaNet sans être inscrit et sans invitation mais que les infos sont volontairement incomplètes concernant les notes, les photos  et les contemporains.

 

 

 

 

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19370001modifi2bmodifi1.vignette Carnet de famille

 

 Du côté Bernard, des naissances  de 2012

violette-245x300 Violette est née le 25 mai 2012 à Suresnes. Après Adèle et Oscar, c’est le troisième enfant de Marie et Guillaume Andrier. Ce dernier (matricule 334 dans la nomenclature Moisand) est le fils d’Annie Bernard Andrier et de Bernard Andrier, le petit-fils de Christiane Moisand Bernard et d’Olivier Bernard.

matthieu-300x200 Charlotte (matricule 341) et Jérôme Morville ont eu un petit Mathieu qui est né le 11 octobre 2012. C’est le cinquième petit enfant de Xavier Bernard.

 

Du côté Duffour, une naissance toute récente

paloma-300x200 Paloma Duffour est née le 6 avril 2013 à Paris. C’est le 4ème petit-enfant de François et Véronique,  la fille d’Edouard Duffour (matricule 262) et de Priscille née Potier.Elle est aussi la sœur d’Oscar qui a maintenant 2 ans. Elle est également l’arrière-petite-fille d’Yvonne Moisand Duffour et de Jean Duffour.  

                                                                                                                                                                   

Du côté Marcel, une annonce de mariage

Sébastien Grava et Marie-Paul Moisand (matricule 613), fille de Jacques Moisand, petite fille d’Annie Guyot Moisand et de Marcel Moisand, se marient le 8 juin prochain.

 

 

 

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bulletin n° 12 ** décembre 2012 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

 

bulletin n° 12 ** décembre 2012 ** fondateur : Philippe Moisand Gobbi-2b-comédien-masqué-jouant-de-la-guitare-300x242Edito

                                 Philippe Moisand

 

Noël approche à grands pas et il est temps de renouer le fil un peu distendu de nos publications. Les vacances d’été sont passées par là, mais aussi le temps qu’il m’a fallu pour finaliser la première partie du portrait de Gaëtan, le dernier des Moisand de Beauvais. Tâche difficile s’il en est que de parler de quelqu’un qu’on a si peu connu, mais facilitée par la gentillesse de Marité qui a bien voulu me consacrer une longue après midi du 8 mai dernier pour me livrer les souvenirs qu’elle a gardés de son père.

Voici donc enfin cette livraison n° 12 où vous retrouverez bien sûr Gaëtan l’Ancien, et une analyse très fouillée de Gaëtan le Jeune sur le décor Callot et ses origines. En raison de son ampleur exceptionnelle et inattendue pour la plupart des participants, il m’a paru indispensable de revenir sur la commémoration de la mort de Pierre Duffour si bien organisée  par Sylvain Duret. Enfin vous aurez la surprise d’apprendre avec Elisabeth Gresset que Longchamp a été choisi par la communauté bouddhiste locale pour y implanter   « le jardin d’où jaillit le bonheur suprême ».

Même s’il est encore un peu tôt pour le faire, l’équipe de rédaction vous souhaite de belles fêtes de fin d’année et une bonne année 2013. Elle compte toujours sur vous pour lui faire parvenir vos propositions d’articles.

 

 illustration du titre : gravure de Jacques Callot, joueur de guitare au visage masqué, série des Gobbi

 

 

 

 

 

 

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moisand0024b-224x300  Le dernier des Moisand de Beauvais : Gaëtan

                    Philippe Moisand

 

Dans les bulletins 6, 7 et 9, Geneviève Moisand nous avait fait découvrir les Moisand de Beauvais :  Antoine, le 1er à quitter la Touraine de ses ancêtres et à s’installer à Beauvais comme imprimeur-libraire, Constant, le fondateur du Moniteur de l’Oise et Horace, qui, un temps, continuera l’œuvre de son père. Mais comme les Trois Mousquetaires, les Moisand de Beauvais étaient  quatre en réalité : le quatrième, c’est Gaëtan, fils d’Horace, qui est effectivement à Beauvais le 12 décembre 1878, même si, il faut bien le reconnaître, il passera le plus clair de sa vie ailleurs, à Paris d’abord puis à Longchamp.

Il fallait une certaine dose d’audace et sans doute d’inconscience aussi pour « s’attaquer » à ce personnage mythique qu’est Gaëtan. Avec l’aide précieuse de Marité Moisand/Pruvost, Philippe l’a fait ! Il nous livre ici un portrait, non pas à proprement parler historique, mais plutôt impressionniste, ou comme il l’écrit lui-même, pointilliste.

Le présent article sera suivi d’une 2ème partie à paraître dans le prochain bulletin.

Gaëtan le Jeune

( Photo de titre : Gaëtan en 1930)

 

Je le revois encore, en cet automne 1945, sur le seuil de la Villa, martelant le sol de cette canne qui ne le quitte plus depuis son accident hémiplégique de 1941. Après toutes ces années de souffrance et de guerre qui l’ont tenu éloigné de la capitale, il va enfin revoir ce cher Paris et il est visiblement si heureux qu’il manifeste son impatience d’y être déjà. Je ne me souviens ni de la voiture qui va l’emmener vers son dernier voyage, ni des passagers qui l’accompagnent. Je ne sais pas alors que je ne le reverrai pas vivant.

Cette image d’un grand père que je n’ai jamais connu que terriblement diminué par la maladie et les quelques autres qui restent gravées dans la mémoire d’un enfant de 5 ans, ce ne sont bien sûr pas celles que j’ai pu imaginer ensuite à l’évocation par ses propres enfants de la mémoire de leur père. Qui donc était réellement Gaëtan Moisand ? L’admiration que lui vouaient surtout ses quatre ainés n’était-elle pas le fruit d’une imagination débordante ou plus simplement la magnification, toute naturelle du cher disparu ?

Il est sans doute trop tard, aujourd’hui que la plupart des témoins ont disparu, pour espérer apporter une réponse complète à ces questions. Tout au moins reste-t-il possible, au travers de ses écrits et surtout des souvenirs que Marité Moisand/Pruvost a bien voulu me livrer, de tenter un portrait pointilliste du personnage. A vous de reconstituer les pièces manquantes du puzzle, en y incorporant, pour les plus âgés d’entre vous, vos souvenirs personnels et ce que vos parents ont pu vous transmettre, sans oublier bien sûr les souvenirs que Christiane  Moisand/Bernard a évoqués dans son petit opuscule sur la saga des Moisand et des Charbonnier .

figaro-13-jt-19081-300x287 Pourquoi Hélène et pourquoi Longchamp ?

Commençons par le commencement. Comment Gaëtan, jeune et brillant avocat parisien, a-t-il été pris dans les filets d’Hélène Charbonnier, jeune et jolie petite bourguignonne, de quelques années sa cadette ? Christiane a donné sa version dans son ouvrage précité. Je m’interroge pourtant toujours sur le point de savoir ce qui a bien pu décider ce « fort beau garçon, réputé  coureur de jupons  et célibataire endurci » (dixit Christiane) à répondre aussi rapidement et positivement à ce projet de mariage clairement concocté par deux amies d’enfance, dont l’une était une relation de Caroline (la mère d’Hélène) et l’autre la tante du séducteur. A-t-il suffi d’un simple geste, de ce chignon négligemment dénoué par Hélène à la demande du prétendant, comme le suggère Christiane ? Lui seul aurait pu le dire, mais le fait est qu’ils vécurent (visiblement) heureux et eurent beaucoup d’enfants (c’est une certitude).

Pourquoi quelques années plus tard, cédant à l’appel au secours de sa belle mère,  renonça-t-il à la brillante carrière d’avocat qui s’offrait à lui pour reprendre les rênes de la faïencerie avec son beau-frère Marcel Joran ?  Faut-il y voir encore le rôle déterminant d’Hélène, son envie de quitter les mondanités parisiennes qui ne l’intéressent que modérément et son désir de retrouver son cher Longchamp, comme le suggère Christiane ? Sans doute, mais Marité avance également une autre raison qui pourrait bien avoir influé sur la décision. La vie devenait plus difficile pour les avocats pénalistes et, la famille s’agrandissant, il convenait d’assurer convenablement sa subsistance.

A vrai dire, dans sa lettre de démission du barreau adressée au Bâtonnier de Paris le 7 décembre 1912, Gaëtan invoque les deux raisons: « C’est avec chagrin que je me vois obligé de prendre cette détermination qu’exigent les intérêts de ma femme et l’avenir de mes enfants » En pareilles circonstances, il est bien rare  de ne trouver qu’une explication à un un choix aussi important. Une chose est certaine en tout cas, c’est contre l’avis de sa mère Marie Thérèse et de toute  la famille Queille, furieuse de sa décision, qu’il prit le chemin de la Bourgogne, faisant ainsi preuve d’une belle indépendance d’esprit.

(Photo en tête de § : extrait du Figaro du 13 Juillet 1908. Le mariage de Gaëtan et Hélène a eu lieu le 7 août, jour où l’on fête la Saint-Gaëtan, et non le 6 comme l’annonce le journal)

 cardinal-gerlier-et-gaetan-moisand-b-300x285 Le sens de l’amitié

Assez curieusement, le premier thème que Marité a abordé lors de notre entretien est celui des amis de son père et de la constance de cette amitié qui n’a jamais faibli au fil du temps. Le cercle n’était pas très large, mais il était incontestablement de qualité. Il faut citer tout d’abord les deux compagnons du Secrétariat de la Conférence (12 jeunes avocats, élus par leurs pairs, à la suite d’un concours, pour être le « noyau dur » d’une défense d’urgence et d’une défense assistée dans les affaires pénales) , et en premier lieu celui qui devait devenir plus tard le Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon. Les occasions de se voir étaient plutôt rares, mais le Cardinal n’oubliait jamais la famille de son cher Gaëtan, dont il bénissait tous les mariages. Il n’oubliait pas son rang non plus, lui qui,  lors de leurs retrouvailles à Lourdes en 1936, dit à son ami : « tu vas quand même t’agenouiller devant moi ». Quant à Pierre Mercier, l’autre ami secrétaire, il eut plus souvent l’occasion de le retrouver, lui qui avait choisi la côte des vins si proche pour y dénicher sa maison de campagne. C’est Pierre Mercier qui prononcera un éloge funèbre remarqué lors des obsèques de Gaëtan.

Il faut aussi citer Monsieur Jacotin, dont il fit la connaissance pendant la Grande guerre et qui lui ouvrait régulièrement l’accès au mess des officiers quand il n’était lui-même que sous-officier. Parisien dans l’âme, élégant et fortuné, Monsieur Jacotin avait trouvé en Gaëtan son alter ego. Il devait fréquenter assidument le Chardenois pour avoir été choisi à deux reprises comme parrain de deux enfants de Gaëtan (Robert et Mamie).

Plus près de Gaëtan, les jésuites du collège Mont Roland de Dôle. Ils furent nombreux à venir à Longchamp partager le repas dominical et  refaire le monde avec Gaëtan. Mais le plus proche était sans conteste le Père Klein, ancien père blanc, aumônier de la Faïencerie, ce qui leur permettait de se voir tous les jours pour le « coup du plateau » (un verre de vieux marc avalé cul sec après chaque repas).

(Photo en tête de § : de g. à dr., le père Klein, Marité Moisand, le cardinal Gerlier et Gaëtan. Lourdes 1936)

028-b-140x300 Un chrétien militant.

Il n’est pas étonnant de trouver au rang de ses amis les plus fidèles un cardinal, un ancien Père blanc et une belle brochette de pères jésuites. Gaëtan était profondément croyant et l’a montré aussi bien en paroles qu’en actes tout au long de sa vie.

Ses talents d’orateur, il les mit très tôt au service de l’Eglise en intégrant à 28 ans, alors qu’il était encore avocat,  la Société des orateurs populaires.  Sillonnant la région parisienne et plus largement l’Ile de France, il allait chaque dimanche porter la bonne parole dans les paroisses. Il faut relire le texte de la conférence qu’il fit le dimanche 17 mars 1912 à La Queue en Brie sur la Secte impie (la franc-maçonnerie). La loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’est pas loin et les cicatrices ouvertes pendant toute la période qui a précédé son adoption pas encore refermées. Cent ans après, on peut s’étonner de la violence du propos, mais il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Comment un chrétien convaincu pouvait-il ne pas réagir  à ce que disait alors un haut dignitaire d’une loge parisienne : « L’Eglise a longtemps retardé l’horloge du monde. Mais elle sera bientôt réduite au silence, car la franc-maçonnerie doit poursuivre la déchristianisation de la France en étendant sans cesse son influence morale et philosophique ».

Plus tard, c’est dans sa nouvelle région de Bourgogne qu’il reprendra son bâton de pèlerin, accompagnant l’évêque de Dijon et le célèbre  Chanoine Kir dans tout le département de la Côte d’Or. On raconte que Gaëtan jouait alors le rôle du prêtre et le Chanoine celui de l’homme politique. Je serais bien tenté de le croire quand on sait  la carrière politique du Chanoine pendant l’occupation et après la Libération.

Mais au-delà des mots de l’orateur, il y a aussi l’action du chef d’entreprise. Pour concilier son rôle de patron et ses convictions de chrétien, c’est vers Albert de Mun et Léon XIII qu’il se tourne. «Hier, avec de Mun, l’on se contentait d’être vraiment chrétien. Aujourd’hui, pour faire la nique aux socialistes, on est social. Nous, ici, nous continuons de dire: nous sommes chrétiens. Nos oeuvres portent toujours le sceau de l’Encyclique fameuse de Léon XIII sur la condition des ouvriers…Ici nous luttons contre la maladie par notre société de Secours mutuel, nous luttons contre le taudis par la création de nos cités ouvrières. Nous luttons contre le gaspillage par l’école ménagère qui enseigne aux jeunes filles l’économie domestique. Nous luttons contre l’ennui par les patronages, les jeux en commun, les comédies, le cinéma. Tout cela est bien, mais à ceux qui s’en contenteraient, je dirais : l’Eglise ne nous enseigne pas seulement de donner ; elle nous dit de nous donner ».

J’avais personnellement beaucoup apprécié le testament de Robert Charbonnier et les propos qu’il tenait sur le même thème. Je dois dire qu’en relisant ces mots extraits d’un discours prononcé à l’occasion de la réception de Monseigneur Petit de Julleville, évêque de Dijon, le 20 avril 1929, j’ai pu  constater la permanence, entre le beau-père et son gendre, du sens de leurs responsabilités de patrons chrétiens, mais aussi mesurer toute la distance qui sépare les deux générations dans la conception qu’elles avaient de ce qu’on a plus tard qualifié de paternalisme. « L’idéal, pour un patron, est d’être aimé et craint » écrivait Robert dans son testament et il ajoutait : « Pour obtenir ce résultat, il faut, en dehors des qualités naturelles qui assurent à certains patrons ce double avantage, ne jamais taquiner, insulter, ni humilier l’ouvrier….Lorsque les ouvriers savent qu’ils ne seront pas abandonnés dans le malheur, dans les moments critiques, dans la maladie et la détresse morale, ils sont tout prêts d’appartenir corps et âme à celui qui les dirige ».

Tout récemment, un vieux Longchampois qui a connu les années d’après guerre me confiait : « Votre famille a été critiquée, mais elle n’a jamais été haïe. » Je l’ai reçu comme un beau compliment et me suis dit qu’on le devait sans doute à la perpétuation par Hélène et ses enfants de ces valeurs chrétiennes enracinées dans la culture de l’entreprise par son père et son mari.


 (Photo en tête de § : Gaëtan avec deux pères jésuites. 1929)

 

 

 

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lettre de démission de la profession d’avocat adressée

par Gaëtan au Bâtonnier de l’Ordre  le 7 décembre 1912

 

 

 (A suivre)

 

 

 

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DSC_0070c-300x199 Le décor Callot

                                         Gaëtan Moisand

 

A bien des égards, le décor Callot de la Faïencerie de Longchamp mérite qu’on s’y attarde.

sans-titre-11-copie2-300x136  C’est un décor qui a été suivi sur longue période : plus de 60 ans. Créé par Robert Charbonnier vers 1890, il a perduré en l’état, sans changement, du temps de Gaëtan Moisand pendant la première moitié du XXème siècle. Si bien que l’on peut posséder des pièces de ce service exactement semblables, dont certaines pourtant datent de la fin du XIXème siècle quand les autres datent des années 1910-1940 (à gauche sur la photo, la signature du XIXème et à dr . celle du XXème).

 4callot-300x199 Le décor Callot met en scène 4 personnages : les 2 premiers brandissant une arme et les 2 autres jouant d’instruments de musique. Ils sont tous assez singuliers, les premiers dansent ou se contorsionnent de façon quelque peu grotesque tout en semblant menacer un adversaire imaginaire avec leur arme ; le joueur de violon est un nain difforme, vêtu de façon plutôt ridicule avec notamment son drôle de chapeau ; quant à l’autre instrumentiste, c’est … un âne !

Portrait-J.-Callot-211x300   Tout laisse penser en raison du nom du décor  que ces 4 personnages sont inspirés de gravures de Jacques Callot, voire même en sont de fidèles copies. La réputation de ce dernier, dessinateur et graveur lorrain, né et mort  à Nancy (1592-1635) a été immense de son vivant et après sa mort. Lors de son très long séjour en Italie, Callot adopte la technique de la gravure à l’eau-forte, d’un maniement beaucoup plus souple que la technique au burin, il lui apporte des innovations capitales qui lui permettent de graver avec précision et finesse dans des formats pourtant très réduits et de différencier les tons entre les plans pour traduire la profondeur. Grâce à cette technique et aux améliorations qu’il apporte, Jacques Callot peut donner de la vie et du mouvement à ses gravures. Une planche de Callot, bien que de taille extrêmement réduite (souvent de moins de 10 cm de largeur), montre une multitude de détails qui restent parfaitement lisibles, des personnages innombrables et en mouvement, des espaces profonds entre les premiers plans et de petites scènes vivantes et bien visibles en arrière-plan.

Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_07_-_Pillage_et_incendie_dun_village-copie-300x139 « L’infiniment grand dans l’infini petit », a-t’on dit à propos de Jacques Callot, qui a mis en scène beaucoup de thèmes fort différents, et parmi les plus connus les misères de la guerre (la fameuse et terrible Guerre de Trente Ans, sans doute la première où la population civile est autant impliquée bien malgré elle). Mais aussi des scènes religieuses et des séries de personnages burlesques, etc … De retour à Nancy, après Florence, Jacques Callot termine deux suites de ce genre de personnages, qui nous intéressent directement : les « Balli di Sfessania » et les « Gobbi ».

 

 AN00118246_001_l-300x222  Deux des personnages du service de Longchamp, les gens en arme, sont directement tirés des « Balli di Sfessania ». A Florence où Jacques Callot séjourne de 1612 à 1622,  s’épanouit la « commedia dell’arte » : Callot côtoie les troupes de théâtre, fixes et ambulantes, qui sont accueillies et soutenues par les Medicis, et c’est certainement en  discutant avec les acteurs de telle ou telle troupe ou en voyant un spectacle de l’une d’entre elles qu’il dessine d’abord, avant de les graver, les personnages des Balli. Parmi ceux-ci, certains portent d’ailleurs des noms qui sont courants dans la commedia dell’arte. Grâce à Molière et quelques autres, ces personnages (ceux de Callot et ceux de la commedia dell’arte) sont parvenus jusqu’à nous, comme Scapin, Scaramouche ou encore Polichinelle.

Les Balli di Sfessania sont des danses napolitaines qui puisent leur source à Malte et qui sont d’origine guerrière, évoquant probablement les combats des chrétiens contre les « mores » (d’où les costumes et les armes de certains personnages), mais à Naples, elles ont été contaminées par d’autres danses, à caractère obscène ou érotique.

Les planches des Balli  sont au nombre de 24, chacune d’entre elles comportant 2 danseurs dans des postures généralement grotesques et souvent obscènes.

AN00118253_001_l-300x233 AN00118268_001_l-300x227 Certaines scènes, notamment celles où apparait une figure féminine, sont plutôt « calmes »,…

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AN00118266_001_l-300x233 AN00118258_001_l-300x229 … mais la plupart sont viriles, les postures des personnages sont agressives et pour certaines obscènes : le thème de la violence et de l’agressivité de la nature humaine est récurrent chez Jacques Callot.

AN00252641_001_l-300x233 AN00118279_001_l-300x233  La gravure représentant Franca Trippa et  Fratellino n’est pas obscène, comme beaucoup d’autres : un homme en arme et un joueur de musique dansent face à face, tous deux portant de grands chapeaux aux plumes démesurées Les scènes en arrière-plan ont été improvisées au moment où Callot a gravé puisqu’elles n’apparaissent pas sur le dessin préparatoire, présenté ici à gauche de la gravure. Elles sont  pleines de petits détails vivants et bien visibles grâce aux innovations techniques apportées par Callot et déjà mentionnées.

sans-titre-18b-copie2-300x204 Franca Trippa est l’un des personnages du décor Callot de Longchamp, fidèlement copié (comme on le voit sur cette photo-montage comparative) du temps de Robert Charbonnier  par  son chef-décorateur, à ceci près que celui-ci lui a  donné des couleurs, inexistantes bien évidemment chez Callot.

AN00118257_001_l-300x233 Contrairement à Franca Trippa et Fritellino, Scaramuccia et Fricasso se tournent le dos, les 2 gravures demeurent cependant d’esprit assez voisin.

sans-titre-7d_modifi%C3%A9-2-300x198 Scaramuccia (Scaramouche) est le 2ème personnage du décor Callot, lui aussi fidèlement copié de la gravure de Jacques Callot. Fidèlement !? Pas tout à fait cette fois,  comme on peut le constater sur la photo-montage comparative : le décorateur de Longchamp a enlevé le masque du visage de Scaramouche, mais a surtout gommé pudiquement ce que Callot dévoile délibérément ! Il lui a par ailleurs donné des couleurs identiques à celles de Franca Trippa.

Gobbi-1-frontispice-300x216  Le « mystère » est ainsi percé sur les 2 personnages en arme du décor Callot. Mais qu’en est-il des 2  musiciens, le nain et l’âne ? Aucun autre personnage des « Balli » ne correspond de près ou de loin à ces deux-là. Jacques Callot, toutefois, a réalisé une autre suite de personnages grotesques, les « Gobbi » : ceux-ci sont le plus souvent des nains difformes, certains sont estropiés, d’autres en arme et d’autres encore jouent des instruments de musique.

Gobbi-5-nain-jouant-du-violon-300x222  Un nain !?… Joueur d’un instrument de musique !? .. N’y aurait-il pas là une correspondance évidente entre le « Gobbo » joueur de violon de Callot et le nain lui aussi joueur de violon du décor de Longchamp ?

sans-titre-15b-copie-300x150 La comparaison n’est pas totalement concluante lorsqu’on regarde le photo-montage ci-contre. Peut-être pourrait-on parler de l’influence de Jacques Callot sur le créateur du décor de Longchamp, mais comme ce dernier a clairement copié ses gens en arme chez Callot, pourquoi n’en aurait-il pas fait de même pour ses musiciens ?

Et l’âne, qui plus est ? On n’en trouve aucune trace chez Callot qui puisse faire penser un instant que le décorateur de Longchamp a trouvé l’original ou même la simple inspiration chez le célèbre graveur.

Il faut bien se ranger à l’évidence. Si deux des personnages du service de Longchamp sont directement issus des gravures de Callot, les deux autres ne se retrouvent nulle part chez le  graveur lorrain.

Alors, où trouver la trace de ces deux personnages, le nain joueur de violon et l’âne jouant du luth ?

Et pourquoi le décorateur de Longchamp les a-t’il unis à Franca Trippa et à Scaramuccia dans un seul et même décor dénommé le ″Callot″?

C’est ce que nous tenterons de découvrir dans le prochain bulletin….

 

 

 

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dsc_0130b-199x300 A la mémoire de Pierre Duffour et de ses deux camarades

                    Philippe Moisand et des extraits des discours de Sylvain Duret et de François Duffour

 

dsc_0152b-254x300 Journée maussade que ce 3 juin 2012 à Gournay sur Aronde. Le ciel est bas, les nuages s’amoncellent sur le Vexin, le vent fouette les visages. Mais rien ne fera renoncer tous ceux, très nombreux, qui ont répondu à l’appel de Sylvain Duret pour commémorer la mémoire des trois aviateurs français abattus à deux pas d’ici, il y a tout juste 72 ans.

dsc_0035b-300x199 Sylvain nous avait annoncé une célébration modeste, avec quelques musiciens de la garde républicaine et un petit détachement de la base aérienne voisine. Quelle ne fut pas notre surprise de constater la mobilisation de la population de Gournay,  de la musique de la garde républicaine au grand complet, des associations d’anciens combattants et des édiles locaux, maire de Gournay, président du Conseil général et sénateur en tête. Il est heureux que les branches 2 (Duffour/Moisand) et 4 (Moisand/Duffour), plus particulièrement concernées par l’évènement aient répondu présentes, en signe de remerciement.

dsc_0050b-300x199 C’est par une messe, célébrée par l’aumonier de la garde républicaine dans la belle église de Gournay, que commence la journée. Vingt deux associations d’anciens combattants sont représentées, chacune avec son drapeau. La musique de la garde fait sonner les cuivres. La population de Gournay est là, plus particulièrement quelques anciens avec qui nous avons la chance d’évoquer ce qu’ils ont vécu ce 3 juin 1940. C’est ensuite l’inauguration de la stèle à la mémoire des trois disparus. C’est enfin le vin d’honneur offert par la municipalité et les discours d’usage.

dsc_0090b-300x199 Parmi ceux-ci, j’ai choisi de retenir certains passages de ce que nous ont dit, chacun avec ses mots, mais tous deux avec beaucoup de talent et une grande émotion, Sylvain Duret et François Duffour :

Sergent Pierre Duffour : vous aviez 25 ans, mon oncle, et vous êtes parti en pleine jeunesse, emportant avec vous les promesses d’une vie heureuse. Vous étiez le seul réserviste de l’équipage, occupant le poste de radio mitrailleur, tournant ainsi le dos à vos compagnons de bord pour défendre l’avion par l’arrière. Relevant de l’escadrille 1/16, volontaire pour toutes les missions périlleuses, vous l’avez encore été pour ce dernier vol dans une autre escadrille, avec un autre équipage. Et ce au mépris total du danger qui vous guettait.

« Honneur et Patrie ». Vous connaissiez mieux que quiconque le sens de ces deux mots inscrits sur les plis de nos drapeaux. Vous les avez fait vivre. Puisse-t-il encore et encore se trouver de jeunes Français qui vous ressemblent pour que les générations futures comprennent à jamais leur signification.

(extrait du discours de Sylvain)

Je pense à elle (Marguerite Duffour, mère de Pierre) et à toutes ces mères de combattants, meurtries par la perte d’un fils et leur adresse symboliquement ces mots d’apaisement et d’espoir  empruntés à Fabien du Vol de nuit d’Antoine de Saint Exupéry, des mots que Pierre et ses compagnons d’infortune auraient pu prononcer ce 3 juin 40, alors que le feu faisait rage pour les anéantir, et qu’ils imaginaient déjà « l’après », leur « après », en regardant cette belle campagne picarde défiler une dernière fois sous leurs pieds: « Peu à peu monteront vers le jour les sillons gras, les bois mouillés, les luzernes fraîches. Mais parmi les collines maintenant inoffensives, et les prairies, dans la sagesse du monde, trois enfants sembleront dormir et quelque chose aura coulé du monde visible dans l’autre. »

(extrait du discours de François)

Chacun avec ses mots disais-je. C’est aussi avec les siens, mais pour nous dire au fond la même chose, qu’un ancien combattant nous disait pendant le vin d’honneur :

« Dites bien à vos enfants et petits enfants que la guerre, ça existe encore sur cette terre ».

 

 

Ci-dessous  un résumé de 7 mn des vidéos prises ce jour-là :

http://www.dailymotion.com/video/xv7050

 

 

 

 

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karma-dedjung-ling-300x120Karma Dedjung Ling, un centre bouddhiste tibétain à Longchamp !

                                                                 Elisabeth Moisand Gresset

 

P1010115-198x300 Le nom du Centre, Karma Dedjung Ling, signifie : “le jardin de l’activité d’où jaillit le bonheur suprême”. Il est animé par un jeune lama âgé de 42 ans, Kunsang, né au Tibet, réfugié en Inde dès son plus jeune âge, arrivé en France à 14 ans après avoir séjourné dans un monastère du Nord de l’Inde. Il a fait ses études à Dijon et a acquis la nationalité française.

Pour devenir lama, il a récemment accompli la retraite de 3 ans, 3 mois, 3 jours au Népal dans la lignée KARMA KAGYU.

En Occident, les centres bouddhistes sont ouverts à tous, que l’on soit bouddhiste ou non, pour y pratiquer la méditation et pour y recevoir des enseignements philosophiques : discipline personnelle, générosité, patience, diligence, persévérance, sagesse, etc…

Pourquoi avoir choisi Longchamp ? Parce que la présidente de l’association, Madame Yannick Georgel, qui a parrainé le lama en Inde, puis l’a fait venir en France, venait fréquemment consulter le docteur de Longchamp et un jour, elle a trouvé une maison à acheter en bordure de forêt, lieu propice à la méditation.

P1010109-300x198 Ce centre a été inauguré le 30 Juin dernier en présence de personnalités telles que le sénateur Alain Houpert, membre de la Commission pour le Tibet au Sénat, les maires de Longchamp, Chambeire et Izeure, la représentante de la paroisse -Jacqueline Damongeot -, les Longchampois qui avaient bien voulu répondre à l’invitation du lama, des amis tibétains venus de Suisse et de Paris.

Je souhaite la bienvenue et une longue vie à Longchamp à la communauté bouddhiste, qui, loin de faire de l’ombre à notre paroisse, contribuera très certainement aussi à l’évolution spirituelle de notre village.

 

 

yoga-meditation-dijon-300x125 Pour en savoir plus : http://www.bouddhisme21.com/

 

 


 

 

 

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19370001modifi2bmodifi1.vignette   Carnet de famille

 

  »La branche 5 (André) relève un peu la tête »

C’est du moins ce que nous écrit son représentant, Daniel Moisand, fier de nous annoncer 3 naissances :

lea-et-son-arriere-grand-mere-yvonne-225x300 Léa est née le 16 juillet 2012, elle est la fille de Rémi Bondoin (matricule 521 dans la généalogie Moisand) et de Florence , la petite fille de Claude Bondoin et de Marie-José Moisand Bondoin. (photo : Léa et son arrière-grand-mère Yvonne)

lilou-300x200 Lilou est née le 6 novembre 2012, elle est la fille de Chloé Grégoire (matricule 543) et de Denis Brossard, la petite fille d’Alain Grégoire et de Mandarine Moisand Grégoire.

jad-et-son-frere-tiwen-300x225 Jâd est né le 11 novembre 2012, il est le fils de Yunaï (Cyril) Grégoire (matricule 542) et de Marie-Julie, le petit-fils  d’Alain Grégoire et de Mandarine Moisand Grégoire. (photo : Jâd et son frère Tiwen)

Tous trois, Léa, Lilou et Jâd, sont les arrière-petits-enfants d’André Moisand et d’Yvonne Guyot Moisand.

 

Côté Marcel (branche 6)

samuel-300x200 Samuel est né le 28 avril 2012 à Dijon, il est le fils de Marie-Paul Moisand (matricule 613) et de Sébastien Grava, le petit-fils de Jacques Moisand, l’arrière-petit-fils de Marcel Moisand et d’Annie Guyot Moisand

P1040884b-225x300 Autre arrière-petit-fils de Marcel et d’Annie, Maël est né le 11 juin 2012, il est le fils de Clément Thomas (matricule 634) et d’Alix Blavier, le petit-fils de Catherine Moisand Thomas.

 

Un petit mot de Lolo…( branche 8 )

 (alias Laurence, petite dernière de Charles Abel et Mamie MARTIN, pour ceux qui ne la connaitraient pas ! ou encore matricule 84, pour ceux qui préfèrent les chiffres)

 “ Coucou à tous,

Ma fille Marjolaine, plus communément surnommée Margotte, est partie il y a 7 ans faire ses études à Bruxelles. Un beau gosse – Belge de surcroit ! – a vite été repéré … et puis,

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Nos tourtereaux ont donc convolé en juste noces après quelques années tests…

Le mariage s’est tenu dans l’intimité familiale.

Par contre, les amis, pour la plupart venus de Belgique, étaient nombreux à les entourer… Nous avons passé quelques jours magiques ou j’ai pu découvrir un peu la vie que mène ma fille dans cette lointaine contrée.

Après un passage en Mairie de Dijon, une Cérémonie laïque était organisée… beaucoup d’amour, d’amitié, de complicités… Benja et Margotte clôturaient la cérémonie, lui par une magnifique déclaration d’amour, et elle, par une chanson … Bien que le public ne soit pas Moisand, les larmes se sont invitées… Les mariés étaient radieux…et tout le monde « chialait » !!!

Je tenais à vous faire part de cet instant de bonheur !!!!

Margotte-et-Benja-b-300x199 Ma fille était absolument magnifique… son mari aussi !!!

Ceux qui lisent ce petit mot et qui me connaissent bien imagineront facilement ma frustration de ne pas avoir pu partager cet instant avec eux… Mais je suis heureuse d’avoir respecté le choix de mes tourtereaux…

J’ai pu à nouveau constater que la famille MARTIN est une famille formidable…”

Laurence

 

20121027_124053-211x300 Les baptêmes d’Alexis et Gaëtan

                   vus et racontés par Marie-Hélène Duffour Froissart

Alexis et Gaëtan de Fombelle, les enfants de Florence et de Marc-Antoine (voir bulletin n°10 déc. 2011)  ont été baptisés le 27 octobre dernier en l’église de Germigny-des-Prés, près de St-Benoît-sur-Loire, et accueillis joyeusement par famille et amis chez Marc-Antoine à Lintry. Le sacrement leur a été donné par le Père André Antoni de la communauté des assomptionnistes qui avait marié leurs parents quelques années auparavant.

Ce fut une journée bien préparée à tous niveaux, spirituellement et matériellement.

20121026_234941-b-300x225 20121027_132029-300x225 J’ai pour ma part brodé 60 petits sacs destinés aux dragées mais nous avons eu la joie de voir apparaître deux douzaines de bonbonnières décorées par ma belle-fille Christine à laquelle j’ai adressé ce superbe compliment :

« C’est presque aussi bien que du Longchamp ! »

Nous restons fidèles à nos traditions et je m’en félicite.

Florence avait tenu à ce que toute la décoration des sacs de dragées, des bonbonnières, des fleurs, des tables soit aux couleurs de la Colombie : jaunes et vertes.

Les enfants ont eu droit à une « piñata » dans l’après-midi. Jeu colombien qui les excite énormément. Il s’agit d’une espèce de grosse abeille en carton durci qui se balance au bout d’une corde descendant d’une branche d’arbre, mais actionnée par une main invisible qui la remonte ou la descend selon son humeur. Il faut, les yeux bandés, arriver a taper dans l’abeille assez fort pour la crever et hurler de joie en se ruant sur les bonbons qui s’en échappent.

C’est ainsi que, sous tous les cieux, on fête les baptêmes ! Souvenez-vous des dragées et même des pièces de monnaie lancées par poignées du haut des marches de l’église de Longchamp pour la joie des gamins qui se les disputaient en bas des marches.

Une belle cérémonie, deux magnifiques petits garçons de cinq et sept ans, en pantalons blancs et pulls bleu clair, entourés de nombreux petits amis auxquels le prêtre a expliqué chacun de ses gestes.

Inutile de vous préciser que j’ai été heureuse et que je me suis même surprise à penser à la manière de Siméon : « Maintenant que j’ai vu, Seigneur, Tu peux laisser ton serviteur s’en aller. »

Nous sommes en route pour un nouveau baptême. Henri est arrière grand-père d’un petit Achille qui a vu le jour le 14 novembre. Nous savourons notre chance de n’être ni inoccupés, ni seuls.

A tous bonne marche vers Noël.

Mylène

 

 

 

 

 

 

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bulletin n°11 ** avril 2012 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

 

bulletin n°11 ** avril 2012 ** fondateur : Philippe Moisand DSC_0003bl-199x300 Edito

                  Philippe Moisand

 

Le temps a passé si vite depuis la parution du Bulletin n° 10 que nos chroniqueurs habituels, sans doute un peu endormis par la rigueur de l’hiver, n’ont pas fait preuve de leur productivité habituelle et que  nous nous sommes trouvés devant un manque cruel d’articles pour ce numéro de printemps. Dieu merci, Gaëtan le Jeune veillait au grain et s’est lancé dans une recherche approfondie sur l’histoire du château avant la date de 1621 que j’avais considérée comme celle de sa construction dans mon article du Bulletin n° 5. Erreur funeste que Gaëtan corrige aujourd’hui dans l’article  qui suit et qui remplit à lui seul ce nouveau numéro du Bulletin ( à l’exception d’une annonce en fin de bulletin relative à la création d’une association longchampoise).

Ne vous laissez pas impressionner par la longueur inhabituelle de cet article et n’hésitez pas à vous y plonger. Au travers de notre petite histoire locale, vous y retrouverez celle des Ducs de Bourgogne et même du Royaume de France. Vous aurez la confirmation que l’abbaye rêvée par Gaëtan l’Ancien n’a jamais  été qu’une « maison » ou un château, propriété des Chartreux de Champmol. Et vous apprendrez que Longchamp et les villages environnants du Val de Saône ont payé un lourd tribut à la Guerre de Trente Ans qui a ravagé cette  région frontière entre l’Empire de Charles Quint et le Royaume de France.

Sur un tout autre sujet, les branches 2 (Duffour/Moisand) et 4 (Moisand/Duffour) organisent le 3 juin prochain, à l’initiative de Sylvain Duret, une cérémonie à la mémoire de Pierre Duffour (voir le bulletin n° 9 de septembre 2011). Elle se déroulera à Gournay sur Aronde (15 km au nord-ouest de Compiègne) où l’avion de Pierre a été abattu à la veille de l’armistice de 1940. Les membres des autres branches sont les bienvenus s’ils le souhaitent et, dans ce cas, verront comment faire en contactant Mylène Duffour Froissart.


 

 

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Ph-le-Hardi-1b-222x300  Retour au Château

                      Gaëtan Moisand

 

 

le Château aujourd'hui Ce retour au Château (il s’agit du Château de Longchamp, bien sûr) fait suite à un article de mon frère Philippe, qui remonte à mai 2010 (« Château ou Abbaye ? »,  bulletin n° 5). Dans son article, Philippe nous rappelait que le Château « aurait pu devenir le berceau de la famille, si après la grande guerre, le propriétaire d’alors, le docteur Bonnardot, avait bien voulu céder à la pression amicale de Gaëtan (senior). Devant l’obstination du propriétaire à conserver ce domaine, dont il ne faisait d’ailleurs pas grand chose, Gaëtan dut se résoudre à faire construire la désormais mythique villa, pour loger sa famille déjà nombreuse … Ironie du sort, le propriétaire décéda peu de temps après l’installation de la famille dans la villa et ses héritiers proposèrent à Gaëtan de lui céder enfin le château ».

Il semble bien qu’après cette acquisition par les Moisand le Château n’eut pas de destination très précise, en tout cas personne de la famille n’y vécut. Toutefois, en 1945, il connut une nouvelle vie en devenant le siège du Centre d’Apprentissage aux métiers de la faïence fraîchement créé. Philippe précisait dans son article : « Aujourd’hui, les bâtiments anciens disparaissent un peu derrière les constructions nouvelles qui sont venues s’ajouter au fil des ans pour permettre la croissance de cet établissement, promu maintenant au rang de lycée technique de la céramique » (art.déjà cité, bull. n°5). La plupart de ceux qui ont participé à la cousinade de septembre 2010 ont visité le « lycée Henry Moisand » : guidés par Mr Berthet, le Proviseur, ils ont non seulement parcouru les ateliers mais aussi découvert le Château.

(photo en tête du 1er § : le château aujourd’hui)


 lgchp-8-bb-300x197 Deux questions pour un Château

 Dans son article, Philippe remontait le cours de l’histoire et nous faisait découvrir la vie du Château, plus particulièrement celle de ses occupants, les Chartreux, du début du XVIIème siècle jusqu’à la Révolution. Il laissait toutefois ouvertes quelques questions, qui sont à l’origine de ce « retour », la tentation ayant été forte d’en chercher les réponses.

La première question concerne la date de construction du Château. Il  y a eu pendant un certain temps une plaque à l’entrée de la demeure indiquant une date (1621),  mais il est certain que la construction du Château  est plus ancienne. On peut donc supposer que la plaque célèbre une rénovation ou un agrandissement important de la demeure, mais que le Château avait été construit avant. Avant ?… Bien avant ?… Mais alors, quand ?

La deuxième question tourne autour du « mystère » contenu dans le titre de son article : est-ce un château ou une abbaye ? Philippe optait pour le Château, malgré la devise de la Faïencerie dont Gaëtan est l’auteur : «  A l’ombre de nos grands bois, non loin des vignes savoureuses et tout près du souvenir de notre vieille abbaye, nous travaillons sans autre orgueil que celui de notre bonne renommée ». Sans aucun doute, et n’en déplaise au grand Gaëtan, il s’agit bien d’un Château et non d’une Abbaye. Mais alors, comment comprendre que des moines aient vécu  « la vie de château » pendant deux siècles au moins, voire davantage s’ils étaient déjà là avant le XVIIème siècle ? Et question subsidiaire à cette deuxième question : comment se fait-il que ces moines soient des Chartreux et non des moines de l’ordre de Cîteaux ? Pourtant, les Cisterciens avant d’essaimer dans l’Europe entière ont commencé par créer des communautés proches de la fondation d’origine, c’est-à-dire en Bourgogne : pourquoi dès lors ne sont-ils pas présents à Longchamp, distant d’à peine 20 kms de Cîteaux ?

(photo de titre intercalaire : le château vers 1900)

11-528259-176x300 Les Chartreux et les Ducs

 Il m’a fallu pas mal de temps pour en arriver à … une évidence : les propriétaires du Château de Longchamp sont les « Chartreux de Dijon », selon l’article de Philippe, or il n’y a jamais eu d’autres Chartreux à Dijon que ceux de  la Chartreuse de Champmol, donc les Chartreux de Longchamp ne font qu’un avec ceux de la dite Chartreuse.

C’est donc du côté de celle-ci, fondée à la fin du XIVème siècle aux portes de Dijon, qu’il fallait faire des recherches pour espérer découvrir des faits inédits relatifs à Longchamp. Et c’est effectivement en cherchant de ce côté-là que j’ai trouvé, la chance m’ayant souri cette fois assez vite.

Mais avant d’aller plus loin, il faut ici faire un détour du côté du Duché de Bourgogne, car sans Ducs, pas de Chartreuse de Champmol et … pas de Chartreux à Longchamp ! S’il y a un lien direct entre la Chartreuse et les Ducs  et qu’il y en a un également entre les Chartreux de Champmol et ceux de Longchamp, c’est donc qu’il y en a  un aussi entre les Ducs et Longchamp ! La « photo » de titre de cet article, représentation de Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne et fondateur de la Chartreuse de Champmol, n’est donc pas là par hasard.

Ph-le-H-1-300x244 En novembre 1361, Philippe de Rouvre, dernier Duc de Bourgogne de la dynastie capétienne meurt sans successeur direct. Son beau-père, le roi de France Jean le Bon, deuxième roi de la dynastie des Valois,  impose le retour du Duché à la Couronne de France et le concède à son dernier fils, Philippe le Hardi en 1363. Le premier Duc de Bourgogne de la maison des Valois (premier Duc de la deuxième race comme disaient naguère les spécialistes) n’a que 21 ans mais il est déjà auréolé de gloire gagnée à 14 ans en restant auprès de son père lors de la bataille de Poitiers contre les Anglais.

 Philippe va se révéler aussi hardi dans son nouvel habit de Duc qu’il l’a été sur le champ de bataille. Fils et frère de rois, il a  une ambition forte, celle de créer une dynastie autour d’un État puissant. Son mariage avec Marguerite de Flandres en 1369 est clairement au service de cette ambition. A la mort de son beau-père en 1383, tombent dans l’escarcelle du Duché les Comtés de Bourgogne (l’actuelle Franche-Comté) de  Flandre, d’Artois, de Rethel ainsi que les Seigneuries de Malines et de Salins (une seigneurie non négligeable, le sel étant à cette époque  une matière aussi essentielle que le pétrole aujourd’hui).

Charles le Téméraire Ses descendants, Jean Sans Peur (Duc de 1404 à 1419), Philippe Le Bon (Duc de 1419 à 1467), et Charles le Téméraire (Duc de 1467 à 1477) poursuivront l’œuvre du fondateur de la dynastie. Dans le cadre complexe de la Guerre de Cent Ans, ils  mèneront une subtile politique d’alliances, au service de leur volonté d’expansion, tantôt avec le roi de France, tantôt avec le roi d’Angleterre. Dans les années 1450, le Duché a considérablement accru ses possessions flamandes qui correspondent désormais à peu près à l’actuel Benelux et au département du Nord de la France. A la fin du règne de Philippe le Bon, le roi de France se voit même obligé après des défaites successives de céder aux Ducs la Picardie.

(photo en tête de § : Charles le Téméraire, détail du reliquaire à son nom en or, émaux et vermeil, trésor de la Cathédrale de Liège)

carte-Bourgogne-1477b-200x300 Charles Le Téméraire voudra pousser l’avantage en cherchant à réunir le « par-delà » (le duché) et le « par-deçà »  (les Pays-Bas). Il sera près de réussir après avoir conquis une partie de l’Alsace et de la Suisse, mais il se heurte au duc de Lorraine allié au roi de France. Il meurt en 1477 lors de la bataille de Nancy : c’est la fin de l’Etat Bourguignon. Le roi de France, Louis XI, met la main sur le Duché, mais le mariage de la fille de Charles, Marie de Bourgogne, avec Maximilien de Habsbourg permet à l’Empire Autrichien de s’emparer des Pays-Bas et de la Franche-Comté. Dans la région de Dijon, la frontière entre le Royaume de France et l’Empire est désormais toute proche, elle se situe  aux portes d’Auxonne, non loin de Longchamp qui du coup subira lors de la Guerre de Trente Ans de graves désordres.

2iujok-300x269 La fondation de la Chartreuse de Champmol

 Mais revenons à Philippe Le Hardi. Sa volonté de créer une puissante dynastie se manifeste non seulement à travers son mariage, mais également par la fondation d’un lieu symbolique à l’image des rois de France : une chapelle funéraire qui sera comme le Saint-Denis des rois et dont la garde sera confiée à des moines. Philippe le Hardi choisit ceux qu’il aimait entre tous, les Chartreux, « qui de jour et de nuit, ne cessent de Dieu prier pour le salut des âmes, pour la prospérité et bon estat du bien publique, et des princes qui en ont le gouvernement, sous Dieu par qui les roys règnent ». Elle est si profonde, l’affection du Duc pour les Chartreux qu’à l’approche de sa  dernière heure, il voudra revêtir leur costume pour y dormir à jamais ! Pourtant, le Duc avait enterré à Cîteaux au début de son règne deux de ses enfants morts en bas âge, mais pour une raison non connue, la préférence ducale pour les Chartreux était plus forte..

Le premier acte de la fondation, en 1378, est l’acquisition d’un domaine, qui comprend « la maison et la terre de Champmol et toutes les appartenances et dépendances d’icelles, assises près de Dijon ». Ce domaine était situé au bas du versant des collines enserrant la vallée de l’Ouche, à l’endroit où elle s’élargit brusquement en débouchant sur la vaste plaine de la Saône, en amont immédiat de la ville de Dijon. Champmol était limité au sud par le cours de la rivière d’Ouche et s’étendait au nord jusqu’à la chaussée d’un étang appartenant à l’abbé de Saint-Bénigne à Dijon et appelé pour ce motif l’étang-l’abbé. C’était la résidence d’été d’une famille de la haute bourgeoisie dijonnaise, les Aubriot, qui obtinrent du Duc pour prix de la vente la somme de 800 francs d’or.

plan-Dijon-b-1574-300x217 Le projet primitif du Duc était de bâtir l’église de la Chartreuse dans la partie basse du domaine de façon à ce qu’elle soit attenante au manoir existant, destiné à « l’abitacion et la demourance » des religieux. Mais les premiers sondages révélèrent que le sol à cet endroit, proche du lit de la rivière, était trop perméable pour assurer la solidité de l’édifice. Décision est alors prise de reporter la construction sur le coteau et de faire grand en bâtissant à côté de l’église une Chartreuse digne de la sépulture somptueuse que souhaitait Philippe de Bourgogne pour sa dynastie.

Mais les terrains prévus pour l’ensemble de la construction étaient situés en partie en dehors de l’enclos de Champmol, au-dessus et à côté de l’étang-l’abbé. Ces terres couvertes de vignes appartenaient à l’Abbaye bénédictine de Saint-Bénigne. Les négociations pour aboutir à leur acquisition furent si longues qu’on peut supposer que l’abbé y mit beaucoup de mauvaise volonté : était-ce de la jalousie liée au choix du Duc en faveur des Chartreux ? Sans doute mais l’histoire ne le dit pas explicitement… Il est vrai également que Philippe le Hardi est souvent éloigné de Bourgogne pendant cette période pour s’occuper des affaires du royaume de France. Ce n’est  que  cinq ans après l’acquisition de Champmol, en juin 1383,  que la vente des terres de l’abbé de Saint-Bénigne sera signée. Preuve de l’âpreté dudit abbé, celui-ci demande en plus du prix de la vente une indemnité correspondant à l’absence de vendanges cette année-là, la vigne étant arrachée du fait de la vente juste avant celles-ci, et il l’obtient,  le Duc acceptant de lui verser  18 francs « pour le fructaige (=la récolte) d’une vigne que Monsgr le Duc a fait acheter pour l’édificcacion des Chartreux ».

dessin-chartreuse-1-300x180 La Charte de la Fondation et l’acquisition de la seigneurie de Longchamp

 Les travaux commencent aussitôt après la vente, dès juillet 1383 ; en août, la Duchesse pose la première pierre de l’église. Maintenant que l’ouvrage est engagé, Philippe tient à lui donner une consécration officielle et assurer son avenir : ce sera l’objet d’une Charte de fondation établie par acte solennel en date du 15 mars 1384.

Par cette Charte, le Duc affecte en 1er lieu aux Chartreux le manoir de Champmol et toutes ses dépendances existantes ou restant à édifier : « Nous, Philippe, filz de Roy de France, Duc de Bourgoingne, Conte de Flandre, d’Artois et de Bourgoingne, …, fondons et donnons de nos biens propres une maison, lieu et couvent pour vingt quatre moines plus leur Prieur, de l’ordre de la Chartreuse, en notre lieu et manoir appelé Champmol, prez de nostre ville de Dijon du diocèse de Langres, laquelle maison nous voulons estre appelez la maison de la Trinité ».

Ensuite,  « Nous donnons, cédons et transportons à l’Ordre et aux religieux dessus diz  pour leur vivre et sustentacion toutes les choses qui s’ensuivent pour eulx et leurs successeurs, perpétuelment et héritablement ».

Les choses qui s’ensuivent, ce sont  d’abord des droits d’usage dans les carrières et forêts ducales sur les matériaux et arbres destinés à l’entretien des bâtiments et le bois de feu nécessaire à la Communauté : « franc usaige et libérale licence de prandre toutes manières de bois, pierres et aultres matériaux, par tous nos bois, perrières et aultres lieux…, l’usaige (du bois) pour chauffer et ardoir (= brûler) à toutes leurs nécessitez ».

Ce sont ensuite 40 charges de sel, franc de tout impôt,  « qu’ils prendront et auront par chascun an sur nos droits et rentes de sel qui nous appartiennent à Salins ».

C’est enfin, et ce n’est pas le plus négligeable, « pour soutenance et provision de vivres, vestures et aultres necessitez » des religieux, une rente « annuelle et perpétuelle » de 1500 livres tournois.

Comme le Duc craint que tout ceci ne soit pas suffisant, il charge en même temps le Receveur Général du Duché, Amiot Arnaut, de faire l’acquisition de fonds de terre qui permettront de compléter l’assiette des 1500 livres tournois de rente. Le Receveur est un grand propriétaire qui a des terres notamment à Brochon, village de la Côte voisin de Gevrey-Chambertin. Deux seigneuries appartenant à la même personne retiennent son attention : elles sont situés à Brochon et à Longchamp et semblent convenir en tous points, notamment parce quelles sont à portée de la Chartreuse. Elles appartiennent à Ysabelle, comtesse de Neuchâtel (en Suisse). Celle-ci est la fille de Louis qui se maria 3 fois, sa dernière épouse étant Jacqueline de Vuillafans ( village de Comté, proche de Besançon). Ysabelle était la soeur de Jehan de Neuchâtel, sire de Vuillafans, qui à la mort du dernier Duc capétien ne voulut pas reconnaître le nouveau Duc et qui avec une compagnie de Comtois et de Navarrais passa la Saône en 1366, ravagea Pontailler et ses environs. On peut supposer qu’il épargna Longchamp, puisqu’il en était le seigneur ! Il finit par être capturé et fut mis en prison au château de Semur où il mourut trois ans plus tard.

Dame Ysabelle, qui a hérité de son frère,  ne devait donc pas être en situation très favorable pour résister à la demande pressante du Duc. La vente des seigneuries est signée le 5 janvier 1386. La comtesse vend au Duché pour la fondation de la Chartreuse « toute la terre de Longchamp avec toute la justice, seignorie, hommes, tailles, censes, corvées, mainmortes, pacaiges, estangs, molins, eaux, bois et aultres choses quelconques, ensemble tous les droiz, qu’elle avoit en ladite ville, finaige, territoire et appartenance dudit Longchamp. Et aussi les dismes des vignes qu’elle avait en la ville de Brochon avec les seignories, vignes, homes, censes et autres rentes, drois et biens quelconques immeubles qu’elle avait en la dite ville ». Le prix de vente s’élève à 3300 francs d’or.

On comprend que cet achat n’a pas pour but d’ouvrir une abbaye nouvelle, dépendante ou annexe de celle de Champmol, mais d’offrir aux  Chartreux de Dijon des seigneuries qui leur rapporteront des revenus supplémentaires. Ce sont bien des droits seigneuriaux qui leur sont octroyés : rendre la justice, lever les impôts (tailles, cens, corvées), toucher les revenus de la terre (prés, étangs, moulins eaux et bois).

D’ailleurs, l’année suivant l’acquisition, ce ne sont pas des moines qui font le voyage à Longchamp, mais un clerc chargé de percevoir l’impôt : il fait « 3 voiages à Longchamp, à cheval de louaige, alant, venant et besoingnant … à imposer sur les habitants de ce lieu les tailles de Saint Bartholomier » et à les lever. Il n’est donc pas question, du moins lors de l’acquisition de la seigneurie de Longchamp, que des moines de la Communauté des Chartreux s’y installent pour y vivre une « vie de château », mais que celle-ci en tire des revenus.

PICT0066-b1-300x199  Château, demeure ou maison ?

Dans l’acte de vente de 1386, il est fait mention de prés, d’étangs, de moulins, de bois,.. mais pas d’une demeure. La seigneurie de Longchamp lorsqu’elle est vendue au Duc pour le compte des Chartreux n’aurait donc pas comporté de château ni même de maison seigneuriale ?

 En réalité, une demeure, sinon un Château, existait bel et bien au moment de l’acquisition. La preuve nous en est donnée un peu plus tard : en 1389, en effet, les Chartreux reçoivent un don du Duc « en récompensation des despens et missions qu’ils ont fais de leurs propres deniers, … pour retenir… » leur maison de Longchamp. « Retenir » doit se comprendre sans doute comme « soutenir, conforter » : s’il fallait conforter, c’est que la maison était déjà ancienne. La même année, on fait  des travaux au « grant estang desdiz Chartreux » dont la digue était en mauvais état ( il s’agit probablement de l’étang de la Tuilerie qui existe aujourd’hui encore à l’orée de la forêt, à proximité de la route d’Auxonne). Après quoi, on l’empoissonne : Guillaume de Maxilly, châtelain de Verdun sur le Doubs, reçoit de Monsgr le Duc, la somme de 180 frans « pour 3000 de carpes prises et achetées de lui, pour les baillier auxdiz Chartreux, pour en poissonner leur estang de Longchamp et leur fossez d’environ leur maison encloux ». C’est cette fin de phrase qui nous importe ici, on pourrait la traduire ainsi : « … pour empoissonner leur étang de Longchamp et le fossé qui entoure leur maison ». On a donc la confirmation que la seigneurie comprenait bien une maison, laquelle était entourée d’un fossé rempli d’eau, certainement destiné à la protéger des attaques extérieures, comme des douves protègent un château.

Château, demeure ou maison ? Nous n’avons pas d’indications suffisantes pour décider de l’importance de la construction, mais il y avait bien en 1386 une demeure à Longchamp que l’on peut qualifier de seigneuriale du fait qu’elle est entourée de douves protectrices, certainement alimentées en eau  par l’Arnison, la petite rivière du lieu qui coule à deux pas de la dite demeure.

On notera au passage l’extrême générosité du Duc qui non content d’acquérir pour le compte des Chartreux les seigneuries de Brochon et Longchamp paie en plus  de ses propres deniers les réparations de la maison et de l’étang de Longchamp.

Pendant qu’on répare les propriétés acquises et que le Duché en acquiert de nouvelles à Brochon, Fauverney, Darois, Comblanchien, …, les travaux à Champmol vont bon train. La construction de l’église est terminée en premier, elle sera consacrée le 24 mai 1388. Les travaux du cloître sont engagés également, permettant aux moines de s’y installer avant la fin de l’année 1388. Dans les deux cas, toutefois, les finitions et les décorations  prendront encore plusieurs années.

toit-13db-300x169 Les “ouvriers de tieulle” de Longchamp, lointains ancêtres de la Faïencerie 

Beaucoup de corps de métier interviennent sur le chantier de Champmol, et parmi ceux-ci, les tuiliers (ou « tuilliers », ou « thuilliers », ou encore « ouvriers de tieulle ») nous intéressent plus particulièrement. Beaucoup, en effet, sont de Longchamp. On découvre ainsi qu’ au XIVème siècle déjà, une ou plusieurs tuileries étaient en activité à Longchamp, lointaines ancêtres de la Faïencerie. Une ou plusieurs, ce n’est pas si simple de trancher : en effet des noms différents apparaissent dans les registres du Duché, mais pas aux mêmes dates, si bien qu’on ne peut pas savoir avec certitude si plusieurs tuileries de Longchamp ont livré des tuiles et des pavements pour le chantier de Champmol ou si ce n’est pas une seule et même tuilerie dont le nom a changé au gré des successions.

Le plus constant parmi les tuilliers fournisseurs du chantier de la Chartreuse est Jehan Perrin de Longchamp, mais les registres le situent parfois à Dijon, parfois à Montot où existe une tuilerie, qui appartint pendant un certain temps au Duc ou encore à Quetigny. Si bien qu’on peut supposer qu’il était originaire de Longchamp où il a appris probablement le métier mais qu’il a exercé ailleurs. Marie, elle, est sans aucun doute tuillière à Longchamp, elle est dénommée plus précisément « Marie, femme feu Gervoisot, le tuillier de Longchamp ». Elle apparait la 1ère fois  dans les registres le 3 novembre 1386, lorsqu’elle fournit « un demy cent de frestières » (= tuiles faîtières). On la retrouve un an plus tard, où de grosses livraisons de tuiles et de pavements arrivent à Champmol : « 46 239 quarreaux de pavements plombés » et 32 750 tuiles, dont « 17 000 plombées ». Les fournisseurs sont Jehan Perrin, qui est cité ici comme « demorant en la thieullerie de Montot » et  « Marie, la tuillière de Longchamp ». Il semble que ce soit Perrin qui livre les pavements : il n’est d’ailleurs pas que livreur, il est également chargé de la pose,  notamment dans les cellules des moines, les allées du grand cloître  et le Chapitre. Marie, quant à elle, fournit les tuiles. En 1388, les approvisionnements continuent, on couvre notamment le petit cloître, les bâtiments du Chapitre, de la cuisine et des fours, mais apparaît cette fois dans les registres non plus Marie veuve Gervoisot, mais « Guillaume, le tuillier de Longchamp ».

Il n’est plus question, les années suivantes, de livraison ni de pose de tuiles ou de pavements : l’essentiel est donc fait. Pourtant, dix ans plus tard, en 1399, pour couvrir le pressoir et l’hôtellerie, construits plus tardivement, les services du Duché commandent 12 000 tuiles à Guillaume, le tuillier de Longchamp. Et deux ans après, grosse surprise, pour réaliser des installations de carreaux dans diverses parties du monastère, un nouveau fournisseur apparaît, qui n’est autre que le … Prieur de la Chartreuse de Champmol lui-même ! Le 10 décembre 1401, en effet, « le Prieur desdiz Chartreux » reçoit 12 frans et 1 gros « pour la vendue de 4500 de pavement plombé, par lui délivré en sa tuillerie de Longchamp … »

L’acquisition de  celle-ci doit  être toute récente. En effet, il n’en est pas fait mention dans l’acte d’achat de la seigneurie en 1386 et les Chartreux ne sont jamais mentionnés dans les registres du Duché comme possédant une tuilerie avant cette transaction de 1401. Philippe le Hardi a été généreux une fois de plus, car c’est lui vraisemblablement qui l’a acquise et payée pour le compte des Chartreux. Le plus extraordinaire dans le cas présent, c’est que ces derniers livrent des tuiles pour la construction de « leur » Chartreuse (ils se livrent à eux-même en quelque sorte) et  le Duché les paye pour cela !

On notera que la tuilerie des Chartreux livre des pavement plombés comme, quelques années plus tôt, Marie avait livré des tuiles plombées. « Plombé », celà signifie « vernissé ».  Il s’agit d’un procédé encore peu connu et mal maîtrisé : les tuiles, séchées à l’air, étaient immergées dans un bain d’eau mélangé à de l’oxyde de plomb réduit en poudre ; après cuisson au four, l’oxyde de plomb au contact de l’argile  se transformait en silicate de plomb qui formait un vernis jaune, qu’on pouvait colorer en vert ou brun par ajout d’un oxyde de cuivre ou de manganèse. Ce sont les couleurs dominantes aujourd’hui encore des toits bourguignons, sans doute par respect de la tradition  parce que les procédés modernes de colorisation des tuiles autorisent désormais bien d’autres couleurs. 

(photo de titre intercalaire : tuiles vernissées  sur le toit de la villa de Longchamp, respectant les 3 couleurs des tuiles plombées du XIV ème siècle)


TombeauPhilippeleHardi-b-300x213 Un Duc sans tombeau et des Chartreux sans Duc

En 1404, Philippe le Hardi meurt de la grippe. Il a rédigé en 1386 son testament,  deux ans après la publication de la Charte de la Fondation de la Chartreuse de Champmol. Il y confirme sa volonté d’y être enterré :

« Considérant qu’il n’est chose plus certaine que la mort, ni si incertaine que l’heure d’icelle, et que chascun bon chrestien doit ordener de ses biens, j’ordonne mon testament par la manière qui s’ensuit. Premièrement, je recommande mon âme quand elle despartira du corps à la Sainte Trinité, à la glorieuse Vierge Marie et à toute la cour du Paradis. Item, j’établis ma sépulture en l’église du couvent des Chartreux lez Dijon au lieudit Champmol, par moi commencée à fonder… »

Mais la Chartreuse, ornementée des magnifiques  peintures et sculptures qui font déjà sa renommée, n’est qu’en apparence achevée, car il manque l’essentiel : le tombeau du Duc, qui est loin d’être terminé ! Son « maistre ymaigier » (= maître sculpteur),  Jehan de Marville, est mort en 1389. Parmi les compagnons du maître, l’un d’entre eux va se révéler un très grand artiste, c’est Claux Celoistre, c’est du moins le nom que lui donne les fonctionnaires du Duché qui francisent les noms des peintres et sculpteurs, pour la plupart d’origine flamande. Son vrai nom, celui sous lequel il est passé à la postérité, c’est Claus Sluter. On lui demande tant et il réalisera tellement de chefs d’œuvre (l’oratoire ducal, le portail de l’église, le puits de Moïse,… ) que le tombeau ne sera toujours pas achevé quand il meurt,  un an après le duc. Son neveu, Claus de Werve, ne le  finira que cinq ans plus tard.

Après la fin de la construction de la Chartreuse, les sources historiques se tarissent sur le quotidien des Chartreux, à Champmol comme à Longchamp et nous manquons d’informations précises, notamment sur la présence des Chartreux à Longchamp tout au long des XVème et XVIeme siècles.

 Ce qui est sûr, c’est qu’avec la chute des Ducs en 1477 et le retour du Duché à la Couronne de France, les Chartreux de Champmol perdent leur soutien et leur raison d’être. Et pourtant, il ne semble pas que les conséquences soient aussi graves que cela : leur présence à Champmol n’est pas remise en cause et leur maintien à Longchamp est certain. On peut donc supposer que les engagements pris par Philippe le Hardi à leur égard sont maintenus et respectés :  le roi de France les reprend-il à son compte ? Est-ce lui qui paye la rente perpétuelle définie dans la Charte de la Fondation de la Chartreuse ? C’est fort probable … Et si ce n’est pas lui directement, c’est sans doute le gouverneur de Bourgogne, son représentant.

On peut toutefois s’étonner que les droits féodaux que les Chartreux conservent à Longchamp ne soient pas remis en cause. Cela finit toutefois par arriver mais beaucoup plus tard, en 1615, soit près de 140 ans après la chute du Duché. Ceci nous permet de faire la jonction avec l’article de Philippe, en éclairant les évènements qu’il retrace à la lumière de ce que nous savons désormais sur l’origine de la présence des Chartreux à Longchamp.

En 1615, le marquis de Sennecey, gouverneur de la ville et château d’Auxonne, obtient du Roi que les  habitants de Longchamp deviennent « retrayants » de la place forte d’Auxonne, décision entérinée un an plus tard par le Parlement de Bourgogne. La retrayance n’est pas spécifique à la Bourgogne, mais elle y est systématisée à la suite d’une ordonnance du Duc Jean :  c’est un système de droits et devoirs réciproques entre le seigneur et les habitants d’alentour selon lequel le premier doit assurer le refuge des seconds en cas d’attaque en mettant son château en état de défense et les seconds contribuer à la sécurité du château en entretenant les fossés et la basse-cour de celui-ci.

Les causes de la décision du roi en sont certainement les soutiens que n’obtiennent plus les Chartreux tant à Paris qu’à Dijon et, dans l’autre sens, les appuis dont ne manque pas le marquis de Sennecey, qui  fut le président de la noblesse aux États Généraux l’année précédente et qui gouverne Auxonne, place forte stratégique à la frontière du Royaume et de l’Empire. Mais il faut dire aussi que les moines auraient peut-être pu éviter une telle décision s’ils n’avaient pas négligé l’entretien de leur demeure. Les conséquences pour ceux-ci sont désastreuses : leur position de seigneur de Longchamp est contestée avec  le risque qu’ils perdent les droits qui y sont attachés, dont le plus important est le droit de lever l’impôt. Rappelons que Longchamp est avant tout  une source de revenus pour les Chartreux.

On comprend mieux dès lors leur fièvre soudaine de bâtisseurs : ils rénovent, agrandissent et protègent leur « maison » de Longchamp pour qu’elle ait l’aspect d’une demeure seigneuriale en mesure d’assurer la sécurité des habitants. Après l’avoir fortifiée et dotée d’un bon pont-levis, ils font « curer les fossez qui sont continuellement remplis d’eau »  Ils font vite : la plaque qui est apposée à l’occasion de ces travaux et qui porte la date de 1621 en fait foi. Ils se donnent ainsi les moyens d’obtenir une réponse positive à la requête qu’ils font au roi de considérer que le Château de Longchamp est de nouveau en état de défendre les habitants du lieu.

(Photo du titre intercalaire : tombeau de Philippe le Hardi, aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts de Dijon)

DSC_0154b-199x300 Longchamp dévasté : les horreurs de la guerre de Trente Ans

Et pourtant, la décision royale n’interviendra que beaucoup plus tard… Il faut dire qu’entretemps l’Europe va s’embraser dans une guerre longue et dévastatrice, la guerre de Trente Ans (1618-1648), qui oppose les Habsbourg d’Autriche et d’Espagne, soutenus par l’Eglise Catholique aux Etats protestants du nord de l’Allemagne et de Scandinavie. La France bien que catholique prend parti contre les Habsbourg tout en cherchant à se tenir à l’écart des combats. Mais elle est obligée de rentrer dans la guerre en 1636 lorsque ses partenaires commencent à essuyer de sérieux revers. Les troupes lorraines de la coalition impériale et leurs terribles mercenaires croates  passent la Saône à Pontailler (à 15 kms de Longchamp) le 28 août 1636 : ils incendient toutes les maisons, les hommes capturés sont tués ou brûlés vifs. Tous les villages d’alentour subissent les mêmes ravages. Dijon est tout proche, mais le général en chef des armées impériales, Matthias Gallas, plutôt que de s’en prendre à la ville tout de suite, décide de s’assurer d’une base arrière au bord de la Saône, il choisit Saint-Jean-de-Losne. Avant d’arriver sous les remparts de cette petite ville,  les armées de Gallas détruisent la plupart des villages du Val de Saône : Longchamp n’échappe pas à la tourmente. Les habitants de Saint-Jean-de-Losne, épaulés par les quelques soldats de la garnison vont résister victorieusement aux impériaux : 500 hommes tout au plus contre plus de 50 000 ! Les troupes impériales commençaient déjà leur repli quand l’avant-garde des troupes royales arriva sur les lieux.

En se retirant, les coalisés reprirent leurs terribles exactions : Longchamp fut dévasté une deuxième fois. Bien que fraîchement restauré et fortifié par les Chartreux, le Château fut assiégé et envahi au moins partiellement : à l’étage, une porte de bois conserve encore intacts les coups de sabre et d’épée des assaillants. Les chroniqueurs ne nous disent pas si la porte céda ou non… :  la question n’est pas tout à fait neutre,  la réputation de l’armée de Gallas, la plus cruelle de toute la guerre de Trente Ans, n’étant pas usurpée,  la mort fut certaine pour les occupants si les assaillants réussirent à l’enfoncer. 

(voir photo de la fameuse porte devant le titre intercalaire).

Les villages du Val de Saône furent tous brûlés et saccagés, leurs habitants furent tués « en nombre infini » et s’ajoutèrent à cette désolation « les maladies de contagion (= la peste) et la famine ». Les « Esleus (Elus) des Estats de Bourgogne » décidèrent en 1643 de faire un état des lieux en procédant à la visite de tous « les feux des villes, bourgs, villages et grangeages ». Le conservateur des Archives de la Côte-d’Or qui édite 2 siècles plus tard les procès-verbaux de la visite des feux de 1643 écrit  : « il n’y a personne qui ne dise au bout (de la lecture des procès-verbaux) comme Dante sortant de l’enfer : je revois enfin les étoiles ».

A Longchamp, l’armée de Gallas  » brusla plus de la moitié du village et le château fut pris par Clinchamp, dans lequel, depuis le passage de la dite armée jusqu’au temps de la neutralité, les dictz habitans estoient contraintz de se loger et coucher pour éviter les Gabans qui venoient de Gray par les bois ». Les Gabans sont certainement une de ces bandes de mercenaires démobilisés qui ravageaient les campagnes au cours des années qui suivirent le passage de l’armée de Gallas. Lors de la visite des Élus en 1643, le village ne compte plus que 23 habitants « imposées, et parmi icelles 6 pauvres femmes veuves », 2 laboureurs « rentiers (= fermiers) des Chartreux », 23 maisons en mauvais état et certaines inhabitées, le moulin est ruiné, la communauté doit « 50 livres de tailles abonnées chaque an » aux Chartreux et les habitants sont de plus imposés en tant que retrayants de la ville d’Auxonne. A Cessey et Chambeire, petits villages voisins, les habitants ont été « extrêmement incommodés par les Gabans, lesquels emmenèrent tout leur bestail, il y a deux ans environ. Il ont esté contrainz de vendre tous leurs (bois) communaulx, pour païer leurs tailles, tellement qu’il ne leur reste qu’un petit buisson… appelé le Chardenois ». (!!)

DSC_0047bl-300x199 Seigneurs de Longchamp à part entière

Dans leur requête au roi, les Chartreux firent valoir à juste titre que la sécurité des habitants de Longchamp n’est pas assurée et que ceux-ci « souffrent beaucoup d’incommoditez, lorsque les lieux dont ils sont retrayants sont eloignez, parce que dans les incursions subites des ennemis ils n’ont pas le temps de pouvoir se sauver, ny leurs meubles.. ». Il est d’ailleurs  vraisemblable  qu’en 1636 quelques habitants de Longchamp préférèrent se réfugier au Château des Chartreux plutôt que de courir à travers bois à leurs risques et périls jusqu’à la ville d’Auxonne. Les Chartreux, dans la même requête, ajoutent fort adroitement que si le Château avait « esté fourni d’hommes ayant cette retrayance (celle de Longchamp et non plus celle d’Auxonne), ils eurent défaits beaucoup de gens de guerre de la dite armée de Gallas ».

Le 20 avril 1665 enfin, le roi Louis XIV accorda aux habitants de Longchamp, à la demande des vénérables Chartreux, le droit de retrayance au Château du dit lieu. Les Chartreux pouvaient  respirer : ils se retrouvaient à part entière les seigneurs du village… Et le restèrent jusqu’à la Révolution de 1789.

Mais ceci est une histoire déjà contée par Philippe, que le lecteur pourra relire, si ce n’est déjà fait, en parcourant à nouveau le Bulletin n° 5.

 

 

visite du lycée/ cousinade 18-09-2010 Pour conclure

Je ne pensais pas,  en cherchant la réponse à mes questions sur l’âge du château et sur la présence durable de moines à Longchamp, faire un aussi beau voyage dans le temps. Il en valait la peine, tant il aura permis d’en savoir davantage sur Longchamp et son château.

Ce dernier est donc très ancien, 625 ans au moins puisque son existence est certaine lors de l’acquisition en 1386 de la seigneurie de Longchamp par Philippe le Hardi pour le compte des Chartreux. Davantage, si l’on admet que les travaux immédiatement entrepris par les moines après cette acquisition pour le conforter apportent la preuve d’une construction originelle plus ancienne.

Sur 6 à 700 ans d’existence (voire plus, mais cela reste à prouver), le château aura été entre les mains des Chartreux de Champmol pendant 400 ans : un fameux bail ! Ils n’étaient pas que des propriétaires au sens moderne du mot, ils étaient surtout les seigneurs du lieu avec tous les privilèges attachés, dont celui de lever l’impôt.

C’est un château qui n’a jamais été… une abbaye ! La seigneurie de Longchamp a été acquise pour apporter des revenus supplémentaires aux Chartreux de Champmol. Les moines n’y sont venus que de façon épisodique, même s’il est vraisemblable que leur présence a été plus soutenue après qu’ils aient obtenu en 1665 que la « retrayance » revienne à leur château.

Le château dans sa forme actuelle remonte probablement aux travaux réalisés au cours des années 1615-1621 lorsque les Chartreux le fortifièrent et l’agrandirent pour prouver qu’il était en état d’assurer la sécurité des habitants du lieu.

Ce château, fortifié et agrandi, a sans doute permis de sauver des vies humaines  lors de la destruction du village par les armées impériales en 1636  et a assuré la protection des habitants de Longchamp dans la période trouble qui suivit.

La tradition céramique est très ancienne à Longchamp, beaucoup plus ancienne qu’on ne le pensait jusqu’à présent. Une tuilerie (ou plusieurs) existait au temps de la construction de la Chartreuse (1386-1400) et a participé à la fourniture de tuiles et pavements pour celle-ci. Cette tuilerie maîtrisait la technique encore peu développée du plombage (vernissage au plomb), ce qui rend plus légitime le fait de la considérer comme le lointain ancêtre de la Faïencerie, puisque le vernissage (ou émaillage) est précisément l’un des savoir-faire du faïencier.

 Je formule un vœu pour terminer : si s’arrête ici cet article, espérons que ce ne soit pas  pour autant la fin des recherches sur “notre” village et que de nouvelles recherches aboutiront à  de nouvelles découvertes tout aussi surprenantes que celles décrites ici.

(photo du titre intercalaire :  visite du Lycée Henry Moisand / Cousinade : 18 sept.2010)

DSC_0004bl-199x300 DSC_0010bl-199x300 DSC_0014bl2-199x300  DSC_0018bl-199x300 DSC_0019bl-199x300 DSC_0032bl-199x300

Les photos des Chartreux, ci-dessus, comme celles insérées dans le texte, ont été prises à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine (ex-musée des monuments français, place du Trocadéro, Paris). Il s’agit de moulages des « pleurants » des tombeaux des Ducs de Bourgogne.

Les « vrais » pleurants, quant à eux, ont profité des travaux engagés au musée des Beaux-Arts de Dijon pour partir en voyage (!) aux Etats-Unis, où ils vont de musée en musée, et ne rentreront à  Dijon qu’à l’automne 2013, après leur tournée américaine prolongée à Bruges, Berlin et Paris.

A l’occasion de cette tournée, un site a été créé en leur honneur que vous pouvez découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous: vous pourrez les admirer en agrandissant l’image de chacun d’entre eux et en la faisant tourner sur 360° ( +vision en 3D avec les « bonnes » lunettes).

 www.lespleurants.org

 

 

 acte 28 avril 1411 Les Archives départementales de la Côte-d’Or ont mis en ligne ce  magnifique document  qui est l’acte d’association de prière des Chartreux de Champmol et des Bénédictins de Saint-Bénigne, rédigé à Dijon le 28 avril 1411. (Archives départementales de la Côte-d’Or, e-publications, joyaux d’archives 2008)

A première vue, on pourrait penser que cet acte est la preuve de la bonne entente qui régnait à Dijon entre les deux ordres monastiques. En réalité,c’est  au contraire la preuve que la querelle entre Chartreux et Bénédictins a été durable. Elle avait commencé, comme nous l’avons relaté, en 1378 avec la longue  résistance des Bénédictins avant qu’ils n’acceptent de vendre au Duc pour le compte des Chartreux les vignes qui entouraient l’étang-l’abbé au-dessus de Champmol. Apparemment elle a continué longtemps après la mort de Philippe le Hardi, jusqu’à cet accord sans doute suscité par de hauts responsables écclésiastiques, désireux d’éteindre cette mauvaise querelle, et  scellé par la conclusion solennelle d’une association de prières entre les deux monastères.

Les Archives  de la Côte-d’Or décrivent ainsi le document :  « Les rinceaux qui se développent en haut à gauche de l’I initial orné du mot In portent deux moines assis face à face : un chartreux et un bénédictin ; sur le phylactère déployé au dessus d’eux on peut lire en latin ces mots tirés de l’épître de Saint Jacques (V, 16) : « Prions les uns pour les autres afin d’être sauvés ». Dans le N initial de nomine se distingue une figuration de la Sainte-Trinité sous l’invocation de laquelle était placée la Chartreuse ».

Vous pourrez découvrir le document, plus agrandi, en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://www.archives.cotedor.fr/jahia/webdav/site/adco/shared/banque_d_images/activites_culturelles/les_e-publications/Joyaux%20d’archives%202008/une_042008_1550px.jpg

 

 

 

 

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fa%C3%AFenc.61bb-300x161  Longus Campus

Le Chardenois a le plaisir de vous annoncer la naissance de  Longus Campus. Il ne s’agit pas d’un nouveau-né de notre grande tribu, mais d’une nouvelle association longchampoise dont le but est de faire connaître le patrimoine culturel de Longus Campus (nom originel de Longchamp que l’on trouve sous cette forme latine dans les vieux grimoires dès le VIème siècle).

Vous aviez peut-être déjà découvert la création de cette association en lisant le commentaire laissé par son fondateur début mars dans notre blog. Pour leur part, les administrateurs du Chardenois ont salué la création de Longus Campus en donnant leur accord pour participer notamment sur le plan iconographique  à la préparation d’une exposition sur la Faïencerie.

Emmanuel Florentin, qui est à l’initiative de la création de l’association, est le fils de Paul, dont la maison est mitoyenne de la villa du Chardenois, et de Marie-Thérèse (†) , née Testori, laquelle a travaillé à la Faïencerie, au façonnage. Paul, pour sa part, travailla deux ans à l’usine, au moulage, avant de devenir militaire de carrière. Le père de Marie-Thérèse, Séraphin,  fut responsable de la ferme du Château, qui appartint à la Faïencerie pendant la guerre et dans l’immédiat après-guerre, puis il fut employé aux presses à terre ; Albina, son épouse, fut un temps en charge de la cantine de la Faïencerie. Les grands-parents paternels d’Emmanuel travaillèrent tous deux à la Faïencerie, Auguste, aux fours dont il fut l’un des responsables, et Zette (Georgette) à la décoration, du temps de la Reine. Zette était d’une famille de Longchamp, les Rémond ; son père avait lui-même travaillé à l’usine au début du XXème siècle. Sur la photo de titre, qui représente les médaillées du travail de la Faïencerie le 13 juin 1962, jour de la fête de St-Antoine de Padoue (patron des faïenciers), Zette, en chapeau blanc, est la 3ème personne en partant de la gauche. Avec de tels antécédents longchampois et faïenciers, Emmanuel Florentin a sans aucun doute le bon profil pour développer avec succès l’association Longus Campus !

 Vous pouvez découvrir l’association en cliquant sur le lien suivant :  http://www.longuscampus.com/

Souhaitons longue vie à Longus Campus !

 

 

 

 

 

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Bulletin n°10 ** décembre 2011 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

Bulletin n°10  ** décembre 2011 ** fondateur : Philippe Moisand Kertis-sligh-ride-115x150 Edito

                              Philippe Moisand

 

 

 

Vous vous demandez sans doute ce que la photo de cette toile d’un artiste inconnu vient faire dans notre Chardenois. La réponse se trouve dans le dernier article de ce numéro co-écrit par Geneviève, Daniel et Gaëtan Moisand. Vous y apprendrez que Carl Larsson n’est pas vraiment un inconnu, tout au moins en Suède et en Allemagne, et qu’il a longuement séjourné à Grez sur Loing, le Barbizon des peintres étrangers, où Maurice Moisand a passé de nombreuses années et a fini ses jours. Si vous n’êtes pas trop pressés d’en savoir plus, n’hésitez pas à vous arrêter en chemin sur le dernier chapitre de la très étroite collaboration entre Robert Picault et les Faïenceries de Longchamp. Vous y retrouverez notamment le souvenir du fameux décor à la poire (à lavement!) que Bonne Maman se procurait dans les bonnes pharmacies de la région. Vous ne manquerez pas non plus, après avoir lu (ou relu pour certains d’entre vous) l’article posthume de Christiane sur la figure légendaire de Lanon, de partager la joie de Mylène Duffour/Froissart à l’annonce de l’adoption par sa fille Florence et son gendre  Marc-Antoine  de deux petits colombiens.

C’est une bien belle histoire qu’elle nous conte là en ce temps de Noël. Merci à elle de nous faire oublier les vicissitudes du temps présent et de nous rappeler, si besoin était, qu’il y a des choses plus importantes dans la vie que la crise financière ou les élections présidentielles.

Le Chardenois vous souhaite à toutes et à tous un joyeux Noël et une bonne année 2012.

 

 photo de titre : le traîneau de Kerti par Carl Larsson

 

 

 

 

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panneaucerastonetablevillaRP Robert Picault et les Moisand

                         3ème partie : Robert Picault, de Casamène  à Longchamp, allers et retours

                         Gaëtan Moisand

 

lgchp0004-106x150  Il est probable que Robert Picault commença, avant même son retour de Sardaigne où il était parti en 1963 (voir bulletin n° 9), à discuter avec les Faïenceries de Longchamp des conditions futures de sa collaboration. De part et d’autre, on arriva vite à l’idée que celle-ci devait désormais être permanente et exclusive.

A son retour,  en 1966,  ce projet se concrétisa par l’installation personnelle de Robert Picault et de sa femme Nelly dans la région, précisément à Valay, petit village de Haute-Saône, situé très exactement à  équidistance  (40 kms) de Longchamp et de Casamène (Besançon). Le choix est bien sûr délibéré et permettra à Robert Picault de travailler  la journée, au gré des impératifs de son nouveau job,  soit à Longchamp soit à Besançon-Casamène,  et de rentrer chez lui le soir.

Sa mission principale fut bien sûr de créer de nouvelles formes et de nouveaux décors pour Longchamp. A Casamène, Robert Picault continua l’oeuvre commencée avant son départ en  Sardaigne, en participant activement à la  création de modèles et de décors pour les carreaux de céramique. Nous l’avons déjà évoqué dans le bulletin précédent, en soulignant que, dans la période 1954-1963, c’est à Casamène plus qu’à Longchamp que R.Picault avait trouvé un terrain de collaboration avec la Faïencerie  : nous n’y reviendrons donc pas.

En matière de services de table, Robert Picault créa dès la fin des années 1960 une forme qui connut un très grand succès, la forme « Provence ». Le choix du nom n’est certainement  pas innocent : Robert Picault s’est inspiré des collections qu’il avait lui-même créées à Vallauris en 1948 et qui connurent  le succès que l’on sait plus de 60 ans durant (voir bulletin n°7).  Inspiration n’est sans doute pas le mot le plus juste : mieux vaudrait évoquer la permanence d’un « style Picault »,  car il y a bien chez lui une façon de faire constante,  un style commun à toute son œuvre. Picault n’a eu de cesse en effet,  pendant toute sa vie, de se renouveler, mais  sans jamais se renier.

Si le style Picault se prolonge à Longchamp, il n’y a pas pour autant  reproduction des collections de Vallauris, loin de là. D’ailleurs, même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas  pu ; d’abord  parce que la collection Picault continue à cette époque de se vendre à Vallauris (Robert Picault est toujours propriétaire de son atelier et le restera jusqu’en 1979),  ensuite parce que les temps ont changé : la France s’urbanise à grands pas, tout en gardant encore  la nostalgie du terroir et le goût du  rustique et de  l’authentique. Enfin, nous sommes à Longchamp et plus à Vallauris : l’esprit n’y est pas tout à fait le même Dans ce contexte, les assiettes, soupières et autres pièces de la forme Provence  ne sont plus destinées à passer de « la cuisine à la table », comme l’avait voulu Robert Picault en 1950 en créant sa collection à Vallauris, elles en gardent quand même la trace et cherchent à donner  l’impression que ce pourrait être encore le cas. 

Les comparaisons entre les pièces RP de Vallauris des années 50 et les pièces correspondantes de la forme Provence des années 70 illustrent fort  bien notre propos. La  soupière est un bon exemple :

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Entre les 2 soupières, il y a sans conteste un style commun. Et pourtant, dans le détail, que de différences !  La première alterne de façon audacieuse et finalement harmonieuse les courbes et les angles droits quand  la seconde est tout en rondeur et en douceur. La soupière de Longchamp se veut certainement moins utilitaire que la première et  plus élégante, du moins selon les critères de l’époque. Au lecteur de décider où va sa préférence !

La comparaison des poêlons est, elle aussi, intéressante :

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Un poêlon dans sa définition traditionnelle est une poêle profonde, en métal ou en argile, qui va au feu. R. Picault respecte la tradition en créant son modèle à Vallauris, tout en la dépassant : il a en effet le double souci, que nous avons déjà évoqué, de l’utile et du beau pour que l’objet puisse aller directement du feu sur la table. Créé 20 ans plus tard à Longchamp, le poêlon de la forme Provence,  a d’évidentes correspondances avec celui de Vallauris : il garde en apparence l’aspect utilitaire du premier. Mais en réalité il n’est plus destiné qu’à la table  et du coup  perd son bec verseur. A vrai dire, il n’a plus du poêlon que le nom, il sert en fait de légumier ou de petite soupière.

La forme des assiettes de Vallauris et celle du « Provence » de Longchamp présentent une grande proximité :

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Les deux assiettes aux oiseaux présentées ici ont toutes deux été décorées par Robert Picault lui-même. Celle de Vallauris est en effet signée Picault en toutes lettres (1). Celle de Longchamp est bien de la forme Provence, mais c’est aussi une pièce unique, de la main de R. Picault, qu’il a réalisée pour la décoration de la cuisine de la Villa de Longchamp en 1973.

Mais c’est la forme qui nous intéresse ici : contrairement à la plupart des assiettes de l’époque, celles de Robert Picault ne présentent pas de marli, ce rebord au pourtour de l’assiette légèrement incurvé vers le haut. Chez Picault, le rebord de l’assiette plate se situe sur la circonférence de celle-ci. Petite nuance : l’assiette de Longchamp est encore plus plate, si l’on peut dire, que celle de Vallauris et son rebord encore moins accentué. Forme simple, épurée, qui correspond bien au style Picault des années 50 et qui s’insère parfaitement  20 ans plus tard dans la forme Provence de Longchamp. R. Picault n’est peut-être  pas le premier à créer cette forme d’assiette sans marli, elle  était en tout cas audacieuse en 1950.

Il n’y a pas que la comparaison des formes qui est intéressante. La comparaison des décors de  Vallauris et de ceux de la forme Provence de  Longchamp l’est tout autant :

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 lgchp0006_mod-150x121 Tous les décors de la forme Provence ne sont pas dans le style Picault  des origines, comme on le voit sur la photo-vignette ci-contre. Mais ce sont les décors de fleurs stylisées ( la Napoule  et  Collioure) bien dans la tradition Picault  qui connurent le plus grand succès. On  retrouve ci-dessous le décor Collioure  sur un prospectus  des années 70. La photo a été prise par R. Picault lui-même, chez lui à Valay, sur une table en cérastone de Casamène.

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 Robert Picault avait importé à Longchamp, dès sa 2ème visite en 1954, la technique de la poire (voir bulletin n°9) qu’il avait lui-même mise au point et qui fut si bien accueillie qu’elle fut utilisée dans maints décors créés à Longchamp  les années suivantes. Picault la reprit à son compte dans plusieurs décors qu’il créa lui-même pour Longchamp dans les années 70. Parmi ceux-ci, le plus beau est sans conteste le décor aux poissons. Celui-ci fut créé sur la forme « coupe », qui était prééxistante à son arrivée. Les poissons sont dessinés à la poire sur un superbe émail bleu « velouté ». Un service comparable a été également réalisé sur un émail noir,  mais c’est  sur le fond bleu que le décor aux poissons est le plus réussi : 

                                                       

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Un autre service a été conçu sur les mêmes principes que le précédent : le service gibier. Sur une forme préexistante à son arrivée à Longchamp, la forme carrée qui  fut très « tendance » dans les années 60, R. Picault conçoit un décor d’oiseaux et de végétaux, dessinés à la poire comme les poissons.

 

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gibier-15bb-150x150 Mais le service comprend aussi une tête de cerf, remarquable d’abord parce que le motif en est original (un cerf à visage humain?), ensuite parce que c’est sur cette même tête que Jacqueline Damongeot avait buté lors d’une des premières visites de R. Picault à Longchamp (voir bulletin n° 9). Lorsque celui-ci réintroduit « sa » tête de cerf dans ce décor créé 15 ans plus tard, la technique utilisée  est la même qu’à l’origine, celle de la brosse : petite brosse aux poils courts et durs avec laquelle la décoratrice enlève l’émail coloré en suivant le pourtour  d’un poncif, posé préalablement sur la pièce, jusqu’à faire apparaitre le blanc du biscuit. La pièce est ensuite ré-émaillée. Mais c’est une technique difficile à acquérir et, même si celle-ci est bien maîtrisée, comme ce fut finalement le cas pour Jacqueline, la réalisation de ce décor à la brosse exige quand même un temps extrêmement long. C’est pourquoi très vite la tête de cerf fut réalisée à la poire : sa réalisation en était plus facile tout en restant plus complexe que celle des oiseaux, des poissons ou  des feuilles. L’assiette présentée ici  a été réalisée à la poire.

collection-Sado-LGP806-b-125x150 Dans les années 70, Longchamp développa une activité d’ingénierie en Europe du Sud. Les 2 Robert, Picault et Moisand, partirent fréquemment ensemble au Portugal où la mission était la plus passionnante de toutes : il s’agissait de concevoir et de construire  une faïencerie ex-nihilo, des murs jusqu’aux formes et décors. C’est bien sûr R. Picault qui fut chargé de la création de ces derniers. Comme à Vallauris en 1948 il était désireux de connaître les traditions céramiques locales. A peine arrivé à Lisbonne la 1ère fois, il écuma les musées qui présentaient des collections de céramique. Il réussit au Portugal, comme à Vallauris ou à Longchamp auparavant, à créer  des objets neufs, modernes, en partant de la tradition et en la respectant.

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Robert Picault travaillera aux Faïenceries de Longchamp de 1966 à 1980. Bien que Longchamp  ait été vendu  en 1975 à Jean Verspieren, à l’époque principal actionnaire et président de la société Legrand, Robert Picault poursuit son activité après cette date au sein de l’entreprise. Il est vrai que le fils de J. Verspieren ayant renoncé à prendre la direction de la Faïencerie, le consensus s’établit très vite entre Jean Verspieren d’une part, Robert et Marcel Moisand d’autre part, pour que ces derniers poursuivent leur activité « comme avant », avec bien évidemment le maintien de Robert Picault à son poste de directeur artistique.

  m%C3%A9daill%C3%A9s-75-01b-300x272 L’année 1975 avait commencé par une grande fête à la Faïencerie, en présence du Préfet de Région, pour la remise de médailles du travail. Il n’y en eut plus jamais d’autres après celle-ci. Ce fut l’occasion pour Henry Moisand, lui-même médaillé, d’annoncer officiellement son départ en retraite. Sur la photo en début de §, Robert Picault préside une des tables du repas qui suivit la remise des médailles : les convives sont pour la plupart des retraités, comme Madeleine Damongeot, la mère de Jacqueline (au fond à g. le visage en partie masquée). Jacqueline Damongeot (assise à la droite de R. Picault) était, quant à elle,  en activité à cette époque : c’est elle d’ailleurs qui prononça au nom du Comité d’entreprise le petit discours d’accueil pour le Préfet. Discours dont elle tient à rappeler qu’elle n’en fut pas l’auteur, qui n’était autre que … Henry Moisand.

Robert Picault prit sa retraite 5 ans plus tard, en 1980. Il s’installa peu après à Besançon où il vécut jusqu’au décès de Nelly en 1996. Il retourna alors à Vallauris, qui était restée malgré un éloignement prolongé le lieu qui lui était le plus cher, sa patrie d’adoption en quelque sorte. C’est là qu’il décède en 2000 après une vie exceptionnellement riche en foisonnement créatif. Il aura été tour à tour ou en même temps artiste, artisan et industriel, ce qui est sans nul doute très rare. Et, qui plus est, il fut toujours aussi à l’aise et aussi doué, créativement parlant, quelque soit l’habit qu’il endossait.

Robert Picault ne fut pas seulement un grand céramiste. Il avait des qualités humaines (charme, délicatesse, gentillesse), qui le rendaient d’emblée sympathique à ceux qui l’abordaient. Ce mouvement premier de sympathie ne s’érodait pas avec le temps,  preuve que ces qualités n’étaient pas surfaites. On comprend mieux dès lors que la longue collaboration entre les Moisand et lui ait dépassé le strict cadre professionnel pour se muer en amitié. Laquelle fut profonde et durable…

Longchamp a certainement beaucoup compté dans sa vie professionnelle. On peut affirmer tout aussi bien qu’il aura beaucoup apporté à la Faïencerie, tant à Casamène qu’à Longchamp.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

(1) R. Picault a, de façon constante, signé les pièces réalisées par lui-même de son nom entier (sans prénom). Les pièces de Vallauris signées RP  ne sont pas de sa main et ne sont pas uniques contrairement aux précédentes mais réalisées de façon reproductible par les décorateurs de son atelier selon un modèle créé par lui.

 

 

 

Au terme de cette série sur Robert Picault, je tiens à exprimer ma gratitude à tous ceux qui m’ont soutenu et aidé dans sa réalisation.

Je remercie plus spécialement Anne Aureillan, fille de Robert Picault, pour ses conseils, ses remarques et son implication sans faille dans la mise en oeuvre de cette série. C’est bien grâce à elle que celle-ci a pu voir le jour, grâce aux archives et photos qu’elle conserve sur l’œuvre de son père et qu’elle nous a volontiers communiquées. Elle est la gardienne du temple, soucieuse du détail  et de l’exactitude : nous avons ainsi évité avec elle bien des erreurs et inexactitudes. Elle est surtout l’admiratrice la plus fervente de l’œuvre de Robert Picault. Et on la comprend…

Je remercie également Jacqueline Damongeot, décoratrice aux Faïenceries de Longchamp durant toute sa carrière. Elle était déjà à l’atelier de décoration la première fois où R. Picault y fit son apparition en 1954, elle était toujours là le jour où celui-ci partit en retraite en 1980. Elle nous a détaillé (avec patience !) les techniques qu’elles a acquises et maîtrisées pour réaliser les décors de R. Picault. Elle a gardé comme des talismans les objets de son métier et notamment cette petite brosse dure qui servait à la réalisation de la tête de cerf.   

Je remercie enfin ma nièce Céline Gresset, « matricule 423″, de m’avoir informé qu’elle avait en sa possession un  service « poissons »  à  la poire sur fond d’émail bleu, celui que l’on peut admirer dans ce dernier volet. Qu’elle le garde précieusement, il est magnifique et de plus certainement très rare.


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                 Christiane Moisand Bernard (1912-2008)


Mes premières images de Lanon, lointaines et assez floues, je les situe dans la cuisine du Chalet, à Longchamp. Notre grand-mère maternelle, Caroline, nous y  hébergeait pendant la guerre de 14. Mon père était maréchal des logis sur le front, ma mère gouvernait fermement la Faïencerie et le village tout entier qu’il fallait faire vivre en l’absence des « poilus ».

Lanon devait, à l’époque, approcher de la cinquantaine, elle était non seulement cordon-bleu, mais gouvernante de la maison, veillant sur les enfants, fourneaux et domestiques avec intelligence, énergie, dévouement.

Grand-mère lui avait, au départ, confié l’allaitement de sa petite tardillonne, Hélène, notre future mère. Eugénie (surnommée Lanon) avait alors dix-huit ans, elle avait été le souffre-douleur d’un village voisin où on l’appelait la fille-mère, avec un cruel mépris. Son bébé n’avait pas vécu, mais son lait coulait en abondance et ma mère fut grassement nourrie (notre grand-mère eût jugé inconvenant d’allaiter sa fille, ça ne se faisait pas dans notre bonne société).

Elle sut apprécier les qualités de la nourrice, et la fit initier aux secrets de la fine cuisine bourguignonne par deux villageoises de Longchamp, spécialistes des noces et banquets.

Eugénie, baptisée Lanon par sa nourrissone, devint rapidement une cuisinière remarquable et put, de ce fait, affirmer son autorité sur le personnel : femme de chambre, bonne d’enfants, valet, jardinier chargé de fournir des œufs, fruits et légumes, et,bien sûr, le cocher : le brave Cadet était bien souvent expédié à Dijon pour y acheter des produits introuvables sur place, poisson, foie gras, etc…

L’histoire raconte que notre pittoresque Lanon, mine rebondie, sourire protecteur, poitrine généreuse, voix criarde, fut chargée par mon grand-père de déniaiser, l’âge venu, ses fils René et Edouard. Lanon fut – noblesse oblige – très flattée de cette mission de confiance. La rumeur familiale dit qu’elle s’en acquitta avec savoir-faire et dévotion.

Les mauvaises langues ajoutent que grand-père lui-même ne fut pas insensible à ses charmes (??)

 

Lanon disposait – faveur spéciale – d’une belle chambre avec lit à baldaquin au premier étage d’un pavillon nommé lingerie. La repasseuse, installée au rez-de-chaussée, débitait les derniers ragots du village, que Lanon colportait avec une fidélité implacable.

Les années passèrent, Hélène devint une ravissante jeune fille, très douée pour la musique et la peinture. Une vieille amie de la famille organise pour elle une « entrevue » avec un brillant avocat au barreau de Paris, célibataire endurci. Cela se passait à Aiserey au château de Bossuet, où résidait la comtesse Léjéas très liée avec la sœur de Grand-père Moisand : coup de foudre de part et d’autre, mariage, installation du jeune ménage avec service assuré par Lanon, chargée par Grand-Mère de protéger sa fille des dangers de la capitale ! (1)

Naissance d’Henry, le « Dauphin », le « Roi de Rome », titres attribués par Grand-père Moisand à son premier descendant mâle. (2)

Lanon, chapeautée de la coiffe bourguignonne, promenait fièrement, dans les allées de Breteuil, un Henry cajolé, admiré, adulé, bourré de cadeaux par un grand-père gaspilleur et tendre.

Et c’est l’apparition de ma sœur Yvonne, petite princesse blonde et joufflue. Lanon redouble de vigilance envers la petite famille, qui se retrouve bientôt au chalet de Longchamp. Mon père ayant quitté à regret son cher barreau, son vieux Paris et ses joyeux amis pour sauver du désastre la Faïencerie gérée lamentablement par ses deux beaux-frères plutôt fêtards. La faillite eut été catastrophique pour le village… Que ne ferait-on par amour de son épouse ??…

Lanon prend définitivement ses fonctions de cuisinière avec Marie comme gâte-sauce, pauvre Marie soumise au Dragon des Fourneaux ! Elle épluche, tourne et mouline les potages, fait la plonge, raccommode chaussettes et torchons, ne se plaint jamais.

Lanon choisit une nourrice à ma naissance, elle sera aussi son souffre-douleur, les réprimandes pleuvent : « Louise ! Vous ne savez pas vous y prendre avec cette petite, regardez-moi faire et tâchez de ‘’faire pareil’’ ! »

Non seulement Lanon s’affaire dans la cuisine, mais elle a sans cesse un œil sur les marmots, elle distribue – selon le cas – huile de foie de morue pour fortifier, huile de ricin pour purger, elle prépare et monte chaque soir les tisanières dans les chambres et ouvre les couvertures. Au besoin, elle reste assise jusqu’à l’aube, près du lit d’un enfant qui est souffrant ou qui fait des cauchemars. Je la revois, à la lueur de la veilleuse, penchée sur moi avec une sollicitude bourrue. Plus bourrue encore quand elle me pose sur la poitrine un cataplasme brûlant et copieusement moutardé !

Cela se termine souvent par de sévères reproches à Maman : « Je lui ai tâté le front, elle a de la fièvre, je vous l’avais bien dit, je vais envoyer Cadet chercher le docteur Charbonneaux avant sa tournée. »

C’est ainsi que cet habile médecin de campagne, convoqué d’urgence par Lanon, en l’absence de Maman, sauva la vie de mon petit frère Robert, en plongeant les doigts dans sa gorge, pour en arracher les peaux formées par la diphtérie. Le pauvre petit étouffait, j’étais affolée : Robert était mon meilleur compagnon, inventant avec moi des distractions variées qui nous valaient les vociférations de Lanon. Nous étions, faute de jouets, très créatifs ! Un beau jour de l’année 1922, nous avons quitté le Chalet de notre enfance. Papa, dès son retour de la guerre, avait acheté un terrain voisin, Le Chardenois, et fait construire une villa « Belle époque, » la famille s’étant dotée de deux garçons, André et Marcel, exigeait plus d’espace.

La cuisine destinée à la vénérée Lanon, nous semblait le palais de Dame Tartine, avec son entrée particulière, office, arrière-cuisine. Nous en étions en général, exclus. Lanon ne supportait pas les fureteurs à la recherche d’une gourmandise. Elle nous conviait, de loin en loin cependant, et c’était la fête !!… beignets le jour de la Chandeleur, fantaisies au mardi-gras… (encore, Lanon encore !) Dans ces moments privilégiés, elle était pour nous la divinité suprême de l’art culinaire.

Nos parents recevaient souvent et fastueusement : la gigue de chevreuil « grand veneur « , les carpes et tanches de l’étang en « meurette » ou en « pochouse », au Pommard bien sûr, étaient célèbres à Dijon et alentours. Très appréciées aussi des directeurs des Grands Magasins de Paris lorsqu’ils venaient faire leurs commandes de nouveaux décors.

Chaque matin, pendant que Papa prenait son petit déjeuner au lit, des échos montaient joyeusement de la cuisine. Lanon servait parcimonieusement le petit vin blanc aux habitués : Marcel, le valet de chambre, Coco, peintre à l’usine et coiffeur à ses heures, le jardinier, Cadet, ancien valet promu chauffeur dès l’achat de la première voiture, enfin Bouboule, le dévoué secrétaire qui montait ensuite porter le courrier et prendre les ordres du patron.

Puis Coco le relayait pour passer le coup de rasoir et subir les taquineries de Papa. Lanon démarrait le plat du jour et donnait l’ordre à Marcel de choisir dans le caveau les vins qui convenaient au festin.

Les menus étaient soigneusement élaborés par Papa qui s’installait dans la cuisine. Lanon, plantée debout en face de lui (pas question de s’asseoir auprès du patron), prête à discuter et faire critiques et objections.

Maman se gardait bien de se montrer, elle avait horreur des préoccupations ménagères et faisait confiance à Lanon, seule personne au monde dont elle redoutait les foudres. La chère Lanon, d’ailleurs, jugeait  » Madame  » parfaitement incapable de  » tenir la maison ».

Les années passèrent, marquées allègrement par la naissance de deux adorables petites sœurs accueillies avec enthousiasme par toute la maisonnée. Les recommandations et menaces de Lanon pleuvaient sur nous à toute heure du jour : « ne venez pas me déranger, je roule ma pâte à tarte ! Vous n’avez pas bu votre chocolat, ne sortez pas l’estomac vide ! Il fait froid, mettez votre « cache-nez  » ! Je vois bien que vous avez encore mal au ventre. Mettez la brique chaude sur votre culotte. Il faut vous changer, nous aurons du monde ce soir. Monsieur André, vous m’avez chipé des boulettes, je le dirai à votre mère, et si vous me dites encore «  tu me fais chier » vous aurez une bonne rossée de votre père. Etc…etc…

Lanon avait 65 ans de service lorsqu’elle se résigna enfin à prendre sa retraite. Papa lui avait fait restaurer une maisonnette, véritable observatoire, près du portail du parc, d’où elle pouvait épier toutes les allées et venues des membres et amis de la famille et elle ne s’en privait pas ! Elle harcelait de conseils et d’admonestations la jeune Eva qui avait pris sa suite et s’en tirait très bien.

Lanon connaissait les goûts et habitudes des invités et veillait à la préparation des plateaux des petits déjeuners :  » Monsieur untel prend du café au lait et de la brioche (faite maison), Madame prend un thé-citron et du pain grillé, beurre, confitures ». Lanon n’oubliait rien ni personne, elle avait une mémoire incroyable.

Peu à peu, les oiseaux ont quitté leur nid, les mariages les ont dispersés. Lanon faisait de beaux cadeaux, édredon de duvet (qui finit sa carrière sur un lit des Pascatins), une paire de draps brodés (sortis depuis longtemps de l’armoire du Chalet). Nous avons même reçu, à notre premier Noël, une énorme dinde, expédiée par elle à Toulon : nous en avons mangé pendant une semaine et fait profiter nos amis !

Les jeunes femmes, en vacances à Longchamp, confiaient leurs bébés à Lanon qui en était tout émue. Nous avions droit alors, au spectacle rituel des temps passés : Lanon plaçait son chapeau de paille sur la tête du bébé (fasciné) et le faisant danser en chantant le refrain bien connu :

 » Il a mis l’chapeau de la vieille – tra la la la… « 

Cela marchait, le bébé riait, sa mère avait plaisir à se souvenir, Lanon triomphait : « Vous voyez bien, vous ne savez pas y faire »… Elle, chère Lanon de ma jeunesse, a toujours  » su y faire « .

 

(1) Tante Christiane a raison quand elle parle du château de Bossuet. Il a effectivement appartenu à Claude Bossuet oncle de l’Evêque. Ledit château ayant été acheté en 1796 (après avoir été bien national) par Martin Léjéas. Quant à la comtesse Léjéas dont il est question, il ne peut s’agir que d’ Hélène Marie Jurien de la Gravière, fille du Vice-Amiral du même nom et qui épousa en février 1877 à Paris Hugues René Martin, comte Léjéas (noblesse d’Empire), propriétaire du château d’Aiserey. Leur fils en effet, né en 1881, ne se marie qu’en 1809. Cette comtesse Léjéas, veuve en 1909, mourra en 1940.

Et tante Christiane a encore raison quand elle affirme que c’est Juliette Moisand, soeur d’Horace et tante de Gaëtan qui est à l’origine du mariage d’Hélène et de Gaëtan. Il est en effet tout à fait certain que Juliette connaissait la comtesse Léjéas, qui avait le même âge qu’elle à deux ans près, puisque le comte Léjéas, le Vice-Amiral Jurien de la Gravière, et Horace Moisand sont témoins tous les trois à son second mariage avec Joseph Bonnefin en 1889 à Paris ( Juliette avait épousé en premières noces Guy de Binos, décédé en 1887).

Côté Charbonnier, il est évident qu’en raison de la proximité de Longchamp et d’Aiserey, les deux familles se connaissaient. Le comte Léjéas avait été lieutenant de cavalerie ce qui pouvait lui créer des liens avec Robert, lui-même capitaine de cavalerie, et qui chassait à courre.

(Note de Geneviève Moisand)

(2) Il s’agit d’Horace dont Geneviève Moisand a dressé le portrait dans le bulletin précédent. Bien qu’absent au mariage de son fils Gaëtan avec Hélène en 1908, les liens ne semblent  pas avoir été rompus pour autant entre son fils et lui, puisqu’il peut voir son petit-fils, Henry, né un an plus tard. Le « roi de Rome » aura bien peu de temps pour apprécier et se souvenir de son grand-père, puisqu’ Horace décède en 1911.

(Notes des administrateurs)  

photo de titre : Lanon avec les « deux adorables petites soeurs », Marie-Thé et Mamie                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

                                                                

           

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imgp14555c.vignetteAbuelita, buenas noches

                Marie-Hélène Duffour Froissart

C’est le 20 juillet dernier, dans la soirée, que, par le biais du téléphone, je reçus, pour mon anniversaire, un cadeau inattendu et tout à fait bouleversant. Il s’agissait de deux petits garçons, Colombiens de naissance, destinés à Florence et Marc-Antoine qui les attendaient  depuis si longtemps déjà qu’ils se désespéraient avec nous de les voir jamais apparaître.

Ils ont posé le pied sur le sol de la France le 18 septembre dernier après avoir vécu avec leurs parents adoptifs une période d’adaptation de plusieurs semaines en Colombie.

Quand vous entendez cette nouvelle au bout d’une ligne téléphonique et que c’est votre gendre qui vous l’offre, vous ne savez ni ne pouvez poser les questions intelligentes. On commence par l’âge, le prénom, la date de départ des parents adoptifs, le retour approximatif sur le sol de France, et au fur et à mesure qu’on les formule, s’installe une émotion qui ne vous quittera plus avant longtemps. Cela ressemble de près ou de loin à ce que vous avez vécu quand d’autres de vos enfants vous ont appris une naissance ; c’était déjà au téléphone, le plus souvent pendant la nuit. Les parents avaient toujours tenu cachés le sexe et le prénom, mais vous saviez de l’enfant depuis sept ou huit mois qu’il serait votre petit-fils ou votre petite-fille et vous lui donniez un visage qui ressemblait à ceux que vous aviez déjà accueillis. Mais là, impossible de faire fonctionner son imagination.

J’ai cependant appris qu’Andres Felipe avait six ans  et Juan David  bientôt quatre ans, qu’ils étaient demi-frères et que j’allais les visualiser par le biais d’internet.

En découvrant leurs visages, j’avais Florence au téléphone et je m’entends encore lui dire comme je les trouvais magnifiques, ce qui se confirma largement par la suite. Ces deux petits sont réellement magnifiques. Leurs grands yeux noirs ne peuvent s’oublier non plus que leur sourire séducteur. Les photos ont rapidement envahi ma cheminée et mon sac et dans les jours qui ont suivi cette nouvelle je les ai longuement regardées, plusieurs fois par journée. Je ne peux pas dire vraiment ce que j’éprouvais. Une grande joie sans doute à la mesure de la joie de Florence et de Marc-Antoine, mais aussi quelques appréhensions à l’idée que définitivement ils ne reviendraient pas seuls.

Grâce au ciel j’ai une fille qui m’a fait réagir en matérialisant l’évènement. Il fallait  envoyer en  Colombie, des « muñecas » ou  « doudous » et je devais d’une part les trouver et d’autre part y ajouter une note personnelle en les brodant comme je l’ai fait plus de cent fois quand s’annonce une naissance.Sans hésiter j’ai jeté mon dévolu sur deux petits ours faisant office de sac à dos, dont les collerettes furent brodées de dessins enfantins et de discrètes initiales des prénoms connus. Discrètes parce que non définitives, les parents souhaitant un prénom français dont le port devait être autorisé par la justice colombienne, ce qui était aléatoire et nous interdisait de connaître le choix de nos enfants. J’ai donc brodé un très discret A.F. sur l’ours beige et J.D sur l’ours bleu et par ce biais communiqué avec ces enfants qui déjà devenaient mes petits enfants. Il paraît que leur premier souci, au reçu de ces cadeaux, fut d’enlever la collerette qui ressemblait à une bavette et n’était pas nécessaire puisque les ours n’étaient pas à table !!! Mais ce fut une première approche pour me faire la main en quelque sorte.

Plus tard nous les avons rejoints dans leur campagne orléanaise et avons concrétisé cette incroyable nouvelle autour d’une bouteille de champagne. Nous avons appris les transformations de leur appartement et surtout l’aménagement de la chambre des deux enfants : mon lit d’adolescence avait émigré plus loin pour laisser place à des lits superposés que finalement les deux petits n’occupent que partiellement puisqu’ils veulent dormir ensemble jusqu’à aujourd’hui.

Le pèlerinage annuel et incontournable à Lourdes avec Thibaut, notre petit-fils handicapé, vécu avec Marc-Antoine et Florence qui ont pu le réaliser juste avant leur départ, nous a permis d’être avec  eux dans cette attente qui, à des degrés divers, nous  bouleversait et de prier, tournés vers Marie, la mère par excellence, à laquelle, en ce qui me concerne, je n’ai pu qu’égrener la litanie des prénoms pour lesquels nous étions là : Thibaut, Andres Felipe, Juan David, trois petits-enfants dont la vie est difficile et dont je voudrais absorber tout ou partie de leur souffrance : Thibaut, mon merveilleux petit héros de patience et de courage discret et mes deux colombiens arrachés à leur terre natale et à leurs souvenirs.

Puis nous avons attendu des nouvelles par le biais d’internet : une photo des deux parents et des deux petits, toujours aussi charmants. Une famille aux contours dessinés sans rien d’alarmant : Marc-Antoine au large sourire, Florence plus discrète dans sa joie, comme si elle n’y croyait pas encore, Andres Felipe très à l’aise dans les bras de sa mère et  Juan David, mignon à croquer, fixant timidement l’objectif.

Au cours des semaines qui ont suivi, nous préparions notre grande fête d’anniversaires et étions largement occupés. Mais, en toile de fond, se dessinaient les petits garçons dont nous savions un peu plus, mais jamais assez. Leurs deux photos furent rajoutées à l’arbre généalogique qui présidait à notre réunion familiale. Je savais alors que le jugement avait autorisé des prénoms français. Devant mon insistance pour présenter  les enfants à la famille, Florence a fini par me les apprendre et nous avons alors pu parler d’eux plus facilement qu’en les désignant comme étant le grand et le petit. Ils se prénomment désormais Alexis et Gaëtan et c’est une impression curieuse que d’appeler du fond de son cœur des prénoms jamais dits jusqu’alors : deux enfants inconnus qui sont légalement vos petits-enfants.

Je ne sais plus quel fut  le soir où j’entendis au téléphone une petite voix  qui me bouleversa et qui, à des milliers de kilomètres me souhaitait une bonne soirée : « Abuelita, buenas noches». L’aventure prenait corps et je savais qu’un enfant parlait à sa grand-mère et que j’étais cette grand-mère.

Quand les dernières lumières de notre fête furent éteintes, nous avons pu programmer notre voyage à Versailles pour la rencontre que nous allions vivre. Trois heures de T.G.V. – c’est peu et c’est beaucoup – parce que la tension monte avec les kilomètres et que ce n’est pas la peine de tenter une lecture ou une réflexion solide.

On peut toujours imaginer que les enfants réagiront comme ceci ou comme cela. Ce n’est pas ainsi que les choses se déroulent. Il faut juste être prêts et réaliser que ce projet porté intensément avec nos enfants prend visage. Il faut être prêts et ouvrir les bras. Nous n’avons eu aucune peine à les ouvrir tout grand tant Alexis et Gaëtan sont confiants et tendres.

Nous avons vécu avec eux une semaine étonnante et fatigante. Etonnante, comme ils sont étonnants de tendresse, de spontanéité, d’intelligence. Fatigante tant ils n’ont rien d’autre à dire pour se préserver de tout ce qu’on veut leur imposer qu’un « non » catégorique ou une colère inattendue et violente ou encore une fuite vers on ne sait quel horizon dont ils ignorent eux-mêmes les contours. Aujourd’hui où je viens de les quitter pour la seconde fois, après un petit séjour avec eux à la campagne, et où j’ai appris leurs larmes après notre départ, où j’ai tenté d’écouter ce qu’ils disaient d’eux-mêmes à travers leurs cris, leurs jeux, leurs disputes, leurs rires et leurs baisers, aujourd’hui je mesure déjà toute ma tendresse pour eux et ne retiens que leurs petites mains au creux de la mienne, leurs oreilles attentives à nos histoires ou à nos chants, leur excitation à recevoir un téléphone portable à cinq sous, les « maman, papa » qu’ils clament du matin au soir…

Il y a du pain sur la planche. Ce n’est pas à moi que revient la lourde tâche d’éducation dont ils ont besoin. Il ne m’appartient que de les regarder avec de vrais yeux, de les écouter avec de vraies oreilles et de les aimer avec un vrai cœur d’ « Abuela » : C’est comme un titre de gloire décerné en fin de carrière à la grand-mère que je suis depuis vingt ans maintenant.    

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

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 DSC_0445b-150x99  Venez à Grez !

                                       Geneviève, Daniel et Gaëtan Moisand

Internet a (parfois) le mérite de permettre des découvertes ou des rencontres improbables.  Ainsi, sur notre blog, il arrive que des étrangers à la famille écrivent des commentaires, qui se révèlent souvent être  de bonnes surprises. Commentaires que le lecteur  du  Chardenois  ne découvre pas nécessairement,  parce qu’ils sont écrits le plus souvent à la suite d’un bulletin déjà ancien.

Ainsi, Claire Leray a écrit en juin 2011 un commentaire, attaché au bulletin n° 4 de janvier 2010 dans lequel on pouvait lire un article collectif intitulé “L’énigme des signatures, enquête sur les deux frères peintres Marcel et Maurice Moisand”. Voici son commentaire : 

   DSC_0460b-199x300 J’habite Grez-sur-Loing et suis présidente d’une association ” Artistes du Bout du Monde” qui a pour objet de faire connaître les colonies d’artistes ayant résidé à Grez à partir de 1860 ce qui est peu connu en France car parmi eux, de très nombreux étrangers dont, à partir de 1890, une colonie japonaise.

Maurice Emile Moisand a vécu à Grez dans une propriété qui s’appelait ” l’Atelier”. Il y est décédé le 13 février 1934. Nous connaissons peu de chose sur cet artiste et serions prêts, avec votre aide, à publier un article dans la revue ” les cahiers Artistes du Bout du Monde”.

En attendant le plaisir de vous lire, Claire Leray

Et bravo pour toute la communication que vous réalisez sur votre famille.

L’association « les Artistes du Bout du Monde » avait décidé de communiquer  dans un prochain n° de sa revue sur Maurice Moisand, dont elle ne savait que très peu de choses. En consultant internet pour chercher à en savoir davantage, Claire Leray a découvert « le Chardenois » et les articles sur les peintres Moisand : ce qui l’a incitée à écrire ce commentaire.

Pour une surprise, ce fut une très heureuse surprise ! D’un coup, nous découvrions tout un pan de l’histoire de Maurice, le peintre animalier de la famille, créateur, entre autres, du service de faïence le Deyeux. Pan d’histoire totalement ignoré de nous tous, jusqu’à ce jour.

Le voyage à Grez-sur-Loing s’imposait donc. « Voyage » est un bien grand mot, puisque ce village se situe à moins de 100 kms de Paris. Après plusieurs échanges avec Claire Leray, présidente pleine d’allant de l’association « Artistes du bout du Monde », les trois auteurs de cet article se retrouvèrent à Grez un beau jour de septembre dernier.

Ce qui suit est un résumé très succinct de ce qu’elle nous a appris et de ce que nous avons pu lire dans les superbes Cahiers publiés une fois l’an par son association. Notre but étant, bien sûr, que le lecteur connaisse le village où Maurice Moisand a vécu une bonne partie de sa vie et découvre pourquoi il n’est pas arrivé là par hasard.  

Grez fut l’une des colonies artistiques qui se créèrent spontanément en Europe dans la deuxième partie du XIXème siècle, dans des lieux éloignés  des centres urbains et industriels. La première d’entre elles fut celle de Barbizon à l’orée de la forêt de Fontainebleau. Elle fut principalement composée d’artistes français (Jean-François Millet et Théodore Rousseau en sont les représentants les plus connus) au contraire de celle de Grez, qui fut essentiellement étrangère. Ceci explique certainement qu’en France aujourd’hui encore on connait Barbizon et on ignore Grez.

SargentJS_Stevenson-300x250 Barbizon   accueillait aussi quelques artistes étrangers, lesquels étudiaient pendant l’automne et l’hiver dans des ateliers parisiens comme celui de Carolus-Duran ou encore à l’Académie Julian. Un petit groupe d’étrangers composé notamment des cousins Stevenson (l’un peintre, l’autre écrivain, le futur auteur de « l’Ile Au Trésor » et de « Dr Jekill et Mr Hyde » ) cherchait au cours de l’été pluvieux de 1875 des distractions qui manquaient à Barbizon. L’un d’eux suggéra alors: « Vous savez, il y a un village de l’autre côté de la forêt, je n’y suis jamais allé, mais je sais qu’il y a une rivière et une auberge acceptable ». (photo en tête de § : portrait de Robert Louis Stevenson par John Singer Sargent. Les deux hommes se croisèrent à Grez en 1876)

Sans plus attendre, le petit groupe partit pour Grez, situé au sud de la grande forêt alors que Barbizon est au nord de celle-ci. Malgré la pluie qui ne cessait pas de tomber, ils furent charmés par le village et s’installèrent à la pension Chevillon qui leur plut immédiatement : la patronne était accueillante, le jardin descendait à la rivière et la table était de bonne qualité. 

the-bridge-at-Grez-J.Lavery-300x125 Le beau temps revenu, ils découvrirent que la rivière permettait des exercices sains (baignade, canoë et  pêche) et fournissait aussi de nouveaux motifs aux peintres, dont le  vieux pont qui allait devenir une « figure » maintes fois reproduites de l’art naturaliste de la fin de siècle. Sa structure rappelle un peu celle du Pont-Neuf à Paris comme l’avait remarqué Christo, en 1985, venu « l’emballer » à titre d’essai afin de mieux convaincre les édiles parisiens d’en faire de même pour le Pont-Neuf. (photo en tête de § :le pont de Grez par John Lavery)

Au printemps 1876, la « découverte » de Grez ayant fait le tour des ateliers, beaucoup de peintres, Américains et Britanniques pour la plupart, décidèrent de s’installer à Grez pour les beaux jours. C’était une colonie  d’hommes, en apparence du moins : la présence des femmes était mal vue, à l’exception des modèles que beaucoup de ces messieurs amenaient et qui bien sûr contribuaient largement aux réjouissances. Les choses changèrent quelque peu lorsqu’arrivèrent deux Américaines peintres, Fanny Osbourne et sa fille Isobel, qui toutes deux étudiaient à l’Académie Julian à Paris. 

Robert Louis Stevenson arriva parmi les derniers à Grez cette année-là. Il fit une entrée théâtrale un soir où tout le monde était attablé à la Pension Chevillon. Ses yeux se posèrent sur Fanny et il déclara plus tard qu’il sut à ce moment même qu’il l’aimait et qu’elle deviendrait sa compagne pour la vie. Ce qui fut le cas.

AsaiChu-%C3%A9glise-de-Grez-213x300 Il  y eut bien d’autres idylles d’artistes à Grez et des mariages. Parmi ceux-ci, il faut citer celui de Jelka Rosen, jeune peintre allemande et de Frederick Delius, compositeur britannique, parce que ce sont eux qui ont été  les plus durablement fidèles à Grez (avec Maurice Moisand !). Au printemps 1897, Delius rendit visite à Jelka, qu’il avait rencontré à Paris l’année précédente et qui venait d’acheter une propriété à Grez : ce devait être pour un week-end, il s’y installa… pour le restant de ses jours ! Ils se marièrent en 1903 à Grez et y vécurent jusqu’à leur mort. Leur long séjour à Grez correspond assez exactement à celui de Maurice Moisand, qui découvre Grez probablement en même temps que Jelka et Frederick et y demeure jusqu’à la fin de ses jours. Maurice décède en 1934, la même année que Delius. Ils se sont vraisemblablement connus. (photo en tête de § : l’église de Grez par Asai Chu ; au 1er plan à g. la maison de Jelka et Frederick Delius)

b-Atelje-idyll_Konstn%C3%A4rens_hustru_med_dottern_Suzanne_av_Carl_Larsson_1885-224x300  Les vagues de peintres se succédèrent à Grez : après les Américains et les Britanniques des années 70, vinrent en grand nombre, dans les années 1880, des Suédois dont le plus connu est Carl Larsson. Ce dernier se maria avec une jeune peintre suédoise, Karin Bergöö, qu’il rencontra à Grez. La légende veut qu’il lui déclara sa passion sur le pont où ils avaient l’habitude de peindre l’un et l’autre. Leur fille Suzanne naquit un an plus tard à Grez, « le premier enfant étranger à être né dans le village depuis la création du monde », remarqua Larsson. (photo en tête de § : Karin et Suzanne par Carl Larsson)

 b-Blomsterf%C3%B6nstret_av_Carl_Larsson_1894-300x199 Carl Larsson est très populaire en Scandinavie et en Allemagne avec la large diffusion, de son vivant, et sans discontinuité depuis lors, des aquarelles qu’il réalisa dans la maison de Sundborn où il vécut après son retour de France. Il y dépeint un monde paisible et heureux en contrepoint de son enfance dure et pauvre : celui de sa famille, qui s’agrandit au fil du temps avec la naissance de 8 enfants, et de sa maison que Karin décore avec un tel goût que les Carlsson sont considérés aujourd’hui  comme les inventeurs du « swedish style ». (photo en début de § : les fleurs à la fenêtre par Carl Larsson) 

August_Strindberg_1899_painted_by_Carl_Larsson-210x300 Pendant cette période suédoise, August Strindberg, écrivain, notamment de pièces de théâtre, mais aussi peintre et photographe, séjourna à plusieurs reprises à Grez. Maîtrisant parfaitement le français, il parcourait les routes de Grez et des environs, carnet à la main, allant à la rencontre des gens qu’il interrogeait sur leur région et sur leur mode de vie. Il préparait un livre qui fut publié quelques années plus tard et s’intitula « Parmi les paysans français » dans lequel il décrit le village de Grez et la vie des paysans des alentours. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains suédois. “Mademoiselle Julie”, sa pièce la plus connue, a été jouée au dernier  festival d’Avignon, avec, dans le rôle principal, Juliette Binoche et le sera à nouveau au Théâtre de l’Odéon en mai-juin 2012 dans la même mise en scène et avec la même actrice. (photo en tête de § : A. Strindberg par Carl Larsson)

Kuroda-la-lecture-b-245x300 Dans les années 1890, où revinrent bon nombre de peintres anglo-saxons, ce sont les peintres japonais qui tinrent la vedette, notamment Asai Chu et Kuroda Seiki, ce dernier très célèbre au Japon, où il est considéré comme le père de la peinture moderne de style occidental. Kuroda resta près de 3 ans à Grez : il succomba au charme du village sans doute, mais certainement aussi et plus encore à celui d’une jeune fille du village, Marie Billaut, qui devint son modèle et dont il réalisa de beaux portraits comme « la lecture » qui fut accepté au Salon de 1891.(photo en tête de § : la lecture par Koruda Seiki)

“Venez à Grez !”, tel fut le mot d’ordre  qui courut sur plusieurs décennies dans les ateliers parisiens. Grez dut probablement une partie de son succès à la proximité de Barbizon, mais plus sûrement encore au développement dans les années 1860 de l’hôtellerie avec la création des pensions Laurent et Chevillon et du chemin de fer avec l’inauguration de la gare de Bourlon-Marlotte-Grez. Le charme de Grez, qui séduisit d’emblée les premiers arrivants anglo-saxons en 1875 et tous leurs successeurs, a fait le reste.

C’est ainsi que sur sa plus riche période qui va de 1860 à 1914, le village de Grez-sur-Loing accueillit plus de 300 artistes qui y séjournèrent pour une semaine, un mois, un an ou… leur vie durant comme ce fut le cas pour Maurice Moisand.

Et Maurice Moisand , précisément ? Qu’en est-il !?

Il est probable qu’il commença à séjourner à Grez dans les années 1890, mais sans qu’à ce jour nous connaissions la date exacte de son premier séjour. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’il y vivait de façon permanente en 1902.

Nous n’en dirons pas plus aujourd’hui sur lui : il faut laisser le temps à notre Sherlock Holmes archiviste et généalogiste qu’est Daniel Moisand de tirer tous les fils des découvertes récentes du côté de Grez.

Daniel reviendra donc dans un prochain bulletin (et dans le Cahier 2012 de l’association « Artistes du Bout du Monde ») sur la vie et l’œuvre de Maurice-Emile Moisand. Peut-être en profitera-t-il pour évoquer également celles de Marcel-Emmanuel Moisand dont la signature (et donc l’oeuvre) est désormais, au moins pour les lecteurs fidèles du Chardenois, bien différenciée de celle de Maurice.

L’article de Daniel sera aussi l’occasion de rendre compte d’une petite surprise que nous avons eue à Grez en septembre dernier, déterminante dans l’enrichissement de la connaissance que nous pouvons avoir à ce jour sur les deux peintres.  

Nous tenons à remercier vivement Claire Leray pour l’accueil qu’elle nous a réservé dans son village de Grez-sur-Loing et pour l’accord qu’elle nous a donné de publier le présent article, dont les sources sont largement puisées dans les Cahiers de son association. Une brochure intitulée  “Les colonies artistiques de Grez-sur-Loing, 1860-1914 ”, reprend un certain nombre d’articles de ces Cahiers, elle  a été publiée en 2010  et est en vente au Musée d’Orsay à Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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bulletin n°9 ** sept. 2011 ** fondateur : Philippe Moisand

 

 

 

72.jpg Edito

                                Philippe Moisand

Cela fait maintenant deux ans que Gaëtan et moi-même avons pris l’initiative de lancer ce blog. Avec l’aide de certains d’entre vous et le support de tous manifesté par le nombre de visites, nous avons pu vous proposer une publication régulière et des articles intéressants, me semble-t-il. Mais nous avons bien conscience du fait que nous ne pourrons pas, à nous seuls, perpétuer indéfiniment la vie du Chardenois. Sans compter le fait que celui-ci reste « entre les mains » d’une seule branche familiale. Le temps est donc venu d’ouvrir la gestion du blog à d’autres.

Je ne sais pas si l’organe qui en sera chargé doit être un comité de rédaction ou un comité de lecture. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il devra réfléchir sur la ligne éditoriale d’ensemble, sur les sujets que nous souhaitons voir traités, sur le niveau de qualité que nous ambitionnons de retenir. Il lui faudra aussi identifier celles et ceux d’entre vous qui seraient susceptibles de nous apporter leurs contributions et les convaincre de le faire. Il devra enfin donner son avis sur les articles qui nous seront proposés. Toutes choses que nous avons faites à deux jusqu’à présent, mais de façon quelque peu empirique.

Nous en avons parlé à Marie-Hélène Froissart qui, dans un premier temps, accepte à l’occasion de collaborer à la rédaction d’articles divers et de contacter ceux ou celles de son entourage qui seraient à même de fournir des articles intéressants. Nous en avons aussi parlé à Daniel Moisand qui ne rejette pas, lui non plus, l’idée de collaborer un peu plus étroitement encore à la préparation des bulletins à venir. Nous voilà donc sur la bonne voie, mais pas encore au bout du chemin que nous nous sommes tracés. Peut-être avez-vous des idées sur le sujet, voire même la volonté de nous rejoindre. Elles seront les bienvenues, car sans cette ouverture que nous appelons de nos voeux, Le Chardenois risque de s’étioler au fil des ans, voire de disparaître faute de combattants. Ce serait tellement dommage!  

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parc0001b.jpg Une lueur de renaissance

                              Philippe Moisand

Nous avions ouvert notre premier numéro du Chardenois avec la très mauvaise nouvelle de la fermeture définitive de la faïencerie. Les mois qui suivirent furent encore plus tristes pour ceux qui ont connu l’usine en pleine activité : vandalisme répété, vente aux enchères de ce qui trainait encore dans l’usine, projets immobiliers  incongrus, dégradation accélérée des bâtiments. Qu’allait donc devenir ce site chargé d’une longue et belle histoire ?

On pouvait craindre le pire. Et pourtant l’espoir renait de voir ces lieux reprendre vie tout doucement. Bien sûr, on est encore loin de retrouver ici le niveau d’activité et d’emplois qu’il connut à ses plus belles heures, et sans doute ne le reverrons-nous jamais. Mais un projet est né qui commence à prendre forme autour d’un concept de Parc Activités Céramiques de Longchamp, sous l’impulsion de Gérard Larché et Philippe Orliac.

Ces deux derniers sont désormais propriétaires de la plus grande partie des bâtiments qu’ils réhabilitent progressivement et mettent à la disposition des différentes activités regroupées sur le site. Celles-ci tourneront autour d’un centre de formation initiale et continue de la profession (Philippe Orliac), d’un magasin d’usine de la profession (Gérard Larché) et d’un atelier de conception et de fabrication de moules et modèles (Rémi Lacroix et Michel Poisson). Et cette liste n’est pas limitative, les dossiers de candidats potentiels étant actuellement en cours d’examen. Le lycée de la céramique de Longchamp est bien évidemment associé au projet.

parc0006b.jpgparc0008b.jpgparc0007b.jpg Sur les quelques 13 000 m2 d’ateliers, beaucoup sont encore à l’abandon, mais il est plutôt réconfortant de voir par exemple l’ancienne forge transformée en locaux de formation continue, l’ancienne aire de stockage en atelier de fabrication de moules et modèles et l’ancien magasin de vente agrandi et reconfiguré pour accueillir le magasin d’usine. Ce dernier a pour ambition de distribuer sur l’ensemble du bassin Bourgogne-Franche Comté les produits des industries céramiques françaises. Il faudra à Gérard Larché bien de la persévérance pour convaincre les fabricants de lui confier une production qu’ils peuvent écouler par d’autres canaux. Quant à Philippe Orliac, il ne désespère pas de prolonger un jour son Unité technique céramique par le lancement d’une petite production.

Bref, il faut rendre hommage à ceux qui ont eu le courage de se lancer dans cette aventure et de considérer que le nom de Longchamp est encore associé, dans l’esprit de beaucoup, à la faïence et à la céramique. Puissent-ils réussir dans leur entreprise et prolonger, sous d’autres formes, les rêves de nos ancêtres. C’est tout le mal que nous leur souhaitons.

 chos0001b.jpg article des Echos 29/07/11


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Les Moisand de Beauvais 

Geneviève Moisand

 

Geneviève poursuit et termine ici son récit sur les Moisand de Beauvais. Après Antoine, le premier à quitter la Touraine de ses ancêtres (voir bulletin n° 6), puis Constant, qui sera, comme son père, imprimeur, mais surtout  fondateur d’un journal qu’il dirigera jusqu’à sa mort, “Le Moniteur de l’Oise” (voir bulletin n° 7), voici Horace.

Il est le plus proche de nous : c’est en effet le père de Gaëtan (senior), le grand-père de nos tantes Marie-Thé et Mamie, l’arrière-grand-père des administrateurs du Chardenois, Philippe et Gaëtan (junior), de Daniel aussi, le mari de l’auteure de cet article, et de quelque 40 autres descendants. Et pourtant, jusqu’à présent, sa vie demeurait, à nos yeux, pleine d’ombres et de mystères. Il faut donc rendre grâce à Geneviève (et à Daniel, également, qui a participé aux recherches) pour l’immense travail accompli jusqu’à ces toutes dernières semaines, même si les zones d’ombre demeurent non négligeables.

Aucune photo d’Horace, ou portrait, n’accompagne l’article de Geneviève. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est tout simplement qu’il n’y en a pas ! Cette absence contribue à la part de mystère qui entourait notre ancêtre jusqu’à ce jour, un peu comme si on avait voulu l’”effacer” de la mémoire familiale.

 

         3ème partie : Horace Moisand

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La tentation du service de l’Etat : les années dans la préfectorale

Onze mois après le mariage de Constant et de Charlotte, le 11 octobre 1845, Antoine Daniel Horace naît à Beauvais, rue des Flageots, au domicile de ses parents. Une petite sœur, Juliette Clarisse Héloïse, suivra 6 ans et demi plus tard.

Cherchant à faire une carrière dans l’administration, il entreprend des études de droit et est tout d’abord, dans le cadre de ses études, attaché à la préfecture d’Indre et Loire. Puis, en 1868, alors qu’il termine sa dernière année de droit, il est avocat à Caen, attaché à la préfecture du Calvados. Il sollicite alors, courant 1869, un poste de secrétaire général d’une préfecture.

Les appréciations du Préfet du Calvados figurent dans son dossier (que l’on peut trouver aux archives nationales). Après un rappel sur la situation de son père dont le journal est « tout dévoué au gouvernement et lui rend des services », on peut y lire qu’Horace a un physique convenable, une taille au-dessus de la moyenne, une apparence très jeune (il n’a que 24 ans), et enfin une tenue et les manières d’un homme habitué à la bonne société et désireux d’y être bien vu. Il est précisé qu’il est d’un caractère doux, obligeant, sûr et dévoué et qu’il semble animé, comme son père, des « meilleurs sentiments politiques « .

lettre1bclermonttonnerre23061869.jpg lettre2bclermonttonnerre23061869.jpg lettre3bclermonttonnerre23061869.jpg Le Préfet souligne également qu’il a l’appui bienveillant d’hommes influents comme MM. le duc de Mouchy, député de l’Oise, et de Clermont-Tonnerre. En résumé, et malgré son peu de fortune, il donne un avis favorable à la possibilité de le faire entrer dans un Conseil de Préfecture, comme collaborateur d’un homme expérimenté, dès qu’il aura l’âge voulu.

Début 1870, ne voyant rien venir, et ce malgré la recommandation de décembre 1869 émanant du  » palais des Tuileries  » et signée de Mr de Corberan, ancien député et chambellan de l’Empereur, Constant se permet un courrier de rappel auprès de la direction du ministère de l’Intérieur et, compte-tenu sans doute de ses appuis influents, son fils se voit offrir un poste de conseiller de Préfecture de l’Ardèche. Il s’installe donc à Privas et prête serment le 28 mars 1870 avec ces mots :  » Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur « .

dsc0213b.jpg Le «    Canard enchaîné  » n’existait pas à l’époque, mais les rivalités journalistiques ne sont pas nouvelles, et il y avait quand même des journaux d’opposition. L’un d’entre eux,  » la Cloche « , sous la plume d’un certain Jules Dacier, fait paraître en mai 1870 un article dont le titre est éloquent :  » La Loi Violée « . Le journal a en effet découvert qu’Horace n’avait pas encore l’âge requis pour être nommé à de telles fonctions. La loi de 1865 précise qu’il faut avoir 25 ans accomplis pour y prétendre, et Horace ne les aura que quelques mois plus tard.

Immédiatement, le Ministre écrit au Préfet de l’Ardèche en lui demandant d’inviter « confidentiellement » Horace à ne pas prendre part aux travaux du Conseil. Parallèlement il écrit à Constant qu’il ne peut maintenir Horace dans sa fonction, mais qu’il le prend comme employé de 4ème classe à l’administration centrale du Ministère de l’Intérieur avec un traitement annuel de 2100 frs. Et dès que son âge le permet, Horace est nommé conseiller de Préfecture dans le département des Basses-Alpes.

   En 1871, Horace sollicite un poste de sous-préfet. Il est appuyé dans ce sens par un courrier très élogieux du comte de Clermont-Tonnerre qui invoque  la santé de son protégé qui supporte mal  » le dur climat de Digne qui ne lui permettra pas de conserver longtemps ses fonctions actuelles »,  et rappelle une fois encore le dévouement de Constant envers le gouvernement, terminant par cette phrase absolument sublime : « c’est un homme incapable de sacrifier son indépendance à un arrangement où l’ambition paternelle souscrirait à une réciprocité, mais c’est aussi un esprit loyal incapable de ne pas se montrer reconnaissant d’un bon procédé. Je ne fais qu’indiquer cette considération sans en exagérer l’importance, mais vous penserez, je crois avec moi, qu’elle n’est pas absolument à négliger.« 

Jugé trop jeune encore peut-être, ou bien sans poste à pourvoir, le ministre le nomme cette fois conseiller de Préfecture de la Mayenne. Il prête serment devant le Préfet de la Mayenne le 17 novembre 1871 en ces termes :  » Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonction « , et s’installe à Laval.


Le retour aux sources familiales : le temps du journalisme

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Fin 1871, le décès brutal de Constant va mettre rapidement fin à la carrière, sans doute prometteuse, d’Horace dans l’administration de l’Etat. Il occupe son poste quelques mois encore, tandis que le marquis Guy de Binos, futur époux de sa sœur, assure temporairement les fonctions de rédacteur en chef du Moniteur de l’Oise, mais, fin 1872, il écrit au Ministre pour lui demander sa mise en disponibilité provisoire pour prendre la direction administrative du journal dont sa mère est devenue la présidente et la propriétaire. (Il est à noter que le Préfet de la Mayenne qui transmet sa demande au ministère insiste pour qu’on introduise dorénavant au sein de son équipe composée de très jeunes gens,  » un élément plus mûr et plus expérimenté « .)

1erartbahorace15121872.jpg 1erartbbhorace15121872.jpg Et, le 15 décembre 1872, le Moniteur de l’Oise paraît avec le premier article d’Horace. La tendance politique du journal affichera, comme du temps de Constant, un conservatisme prononcé.

lettrebdhoracemoisand1872.jpg  Pourtant Horace ne paraît pas encore avoir renoncé à ses ambitions politiques puisqu’il réagit courtoisement mais fermement à un article du Journal officiel paru en février 1873 qui le donne démissionnaire alors qu’il ne se considère qu’en  » disponibilité provisoire « .

L’été suivant, la sœur d’Horace épouse le marquis Guy de Binos, homme de lettres qui participera notamment au mouvement littéraire parnassien. En mai 1873, Horace convole à son tour en épousant Marie-Thérèse Queille âgée de 18 ans et fille d’un négociant et armateur qui a fait fortune au Chili. Le contrat, passé devant Me Dufour, notaire à Paris, stipule qu’il possède en toute propriété, héritée de son père, une maison à Voisinlieu dans la commune d’Allone près de Beauvais, et, en nue-propriété, la moitié indivise avec sa sœur, Mme de Binos, de la maison du 15 rue des Flageots à Beauvais, ainsi que d’une autre située rue Beauregard. Son traitement en tant que directeur du journal lui procure un revenu annuel de 6000 frs. En comptant les diverses obligations, actions et assurances, l’estimation totale de ses biens propres est évaluée à 53.000 Frs, et celle en nue-propriété à 26.600 Frs. En outre, sa mère lui constitue une dot d’une rente annuelle de 2500 frs et s’engage à associer son fils dans un an, s’il le désire, à l’exploitation du journal.

mariethrsequeille2b.jpg Marie-Thérèse est, quant à elle, ce qu’il est convenu d’appeler un beau parti. En effet, si Horace ne manque pas d’argent, il est surtout un homme en vue qui a beaucoup de relations. Elle apporte dans la corbeille de noces, outre ses bijoux, linges, dentelles, pour une valeur de 2000 frs, une dot en avancement d’hoirie composée d’un trousseau d’une valeur de 8000 frs et surtout la somme de 150.000 F en deniers comptant, le tout  « livrable et payable le jour du mariage dont la cérémonie vaudra quittance « . Il est également stipulé qu’en cas de décès de Marie-Thérèse avant ses parents et sans enfant, la dot ainsi constituée reviendrait aux parents.

Le jeune ménage jouit donc d’une confortable position.  Un an plus tard un petit Antoine, Horace Ludovic Constant naît dans la propriété d’Allone, (il ne vivra que deux ans) suivi de près par Henry Horace Constant Joseph (qui sera commissaire de police). Et enfin, en 1878, Horace est papa d’un troisième garçon, Constant Joseph Horace Gaëtan (les prénoms se suivent et… se ressemblent) lequel naît à Beauvais et qu’il n’est pas besoin de présenter ici.

Plusieurs années s’écoulent donc à Beauvais durant lesquelles Horace assume à la fois les fonctions de directeur-gérant et de rédacteur en chef du journal. En outre, il écrit bien sûr, moins que son père, mais il publie sous son nom :  » Des conseils de préfecture « ,  » l’enfance abandonnée ou coupable « , le  » guide pratique et indispensable du baigneur et du touriste dans le Tréport et ses environs « . Ses éditoriaux, la plupart du temps d’ordre politique, sont signés de son nom, mais il  y ajoute régulièrement, sous le pseudonyme d’Henry Mesnival,  une chronique où il commente  des évènements de son temps plus variés, littéraires, mondains. Il utilise aussi le pseudonyme de Raoul d’Yseures.

voyageavecconstantb.jpg Dans l’une de ses chroniques où il parle longuement des voyages en diligence, il relate un souvenir personnel lors d’un déplacement en Touraine avec son père alors qu’ils se trouvaient tous deux dans une auberge de Chateauroux. C’est un témoignage très amusant et très vivant qui éclaire d’un jour nouveau le tempérament et l’esprit de Constant dont nous savons par ailleurs peu de choses personnelles.

p8100161.jpg Toujours tenaillé par la politique, Horace se présente, en 1886, aux élections cantonales au Coudray dans la banlieue de Beauvais. Il est élu avec 51,58% des voix.

En octobre 1890, lors de la crise politique que traverse le Portugal, Horace se rend à Lisbonne à la demande du journal  » le Gaulois « . Il rend compte de la situation dans un article qui sera reproduit dans les pages du Moniteur de l’Oise.

A compter du 1er janvier 1891, le journal qui paraissait jusque-là trois fois par semaine avec une édition supplémentaire littéraire le dimanche, devient un quotidien. Son prix est toujours de 10 centimes

Les zones d’ombre : les dernières années

p8100156.jpg Le 2 février 1894, un entrefilet en dernière page nous apprend que sa propriétaire, Charlotte, veuve de Constant, l’a vendu à Théodore Avonde et Henri Bachelier ainsi que les imprimerie et lithographie. Horace reste rédacteur en chef pendant encore trois mois puis, du jour au lendemain, son nom disparaît du journal. Malheureusement, il est impossible de connaître les modalités ni le rapport de cette transaction, les archives notariales de Beauvais étant parties en fumée au cours des bombardements de la seconde guerre mondiale. La maison d’Allone qui appartenait en propre à Horace, a probablement été vendue à peu près à la même époque, là également, nous en ignorons les conditions

Ce que l’on sait en revanche c’est que l’entente du couple qui s’installe à Paris, s’est dégradée considérablement. La rumeur familiale veut qu’Horace mène grand train et dilapide petit à petit la fortune de sa femme. C’est sans doute en grosse partie vrai bien que l’on ne cerne pas très bien dans quelles conditions (mauvaises affaires ou vie mondaine, peut-être les deux). Mais il est probable que sous l’influence d’un père toujours là et qui veille aux intérêts de sa fille, Marie-Thérèse, entame une procédure qui se termine par un jugement du Tribunal Civil du 16 avril 1894 entérinant la séparation des biens du couple. Pas de chance, le contenu de ce jugement a malheureusement aussi disparu des archives parisiennes !

A la suite de ces dispositions, Horace et Marie-Thérèse ne font plus résidence commune, mais cette séparation n’est pas officielle. En 1897 Horace habite l’immeuble de rapport de Marie-Thérèse 347 rue des Pyrénées dans le 20ème, Marie-Thérèse vit rue de Rennes où elle décèdera en 1909 alors qu’à cette période Horace demeure au 10 rue Cassette (pas très loin d’ailleurs de la rue de Rennes). Toutefois, sur les papiers officiels, comme l’acte de mariage de Gaëtan en 1908, quelques mois seulement avant la mort de sa mère, l’adresse officielle du couple est bien 150 rue de Rennes. Curieusement d’ailleurs, aucun des deux n’assiste à ce mariage. On peut penser que Marie-Thérèse est déjà très malade (de source familiale toujours, elle serait décédée d’un cancer de l’utérus) et qu’elle ne peut entreprendre le voyage à Longchamp. Il faut trouver une autre explication à l’absence d’Horace au mariage de son fils… que je laisse à l’imagination de chacun.

Nous ne savons donc rien des 15 dernières années de la vie d’Horace, ni documents, ni photo ; de ce fait, il devient un personnage un peu mythique dans la famille, entre légende et réalité probable.

Un autre mystère : Charlotte, sa mère, morte quelques mois avant son fils, ne laisse aucune succession. On peut imaginer qu’elle a partagé ses biens entre ses enfants au moment de la vente du journal, de l’imprimerie et de la maison de la rue des Flageots.

A la fin de sa vie, Horace est membre du Conseil d’administration de la Cie d’assurances La Ferme ; les jetons de présence semblent être sa seule ressource. Peut-être écrit-il encore quelques chroniques dans divers journaux, nous n’en avons aucune preuve.

dsc0361b.jpg dsc0362b.jpg Il meurt rue Cassette le 29 décembre 1911 à 66 ans. Sa succession, qui fait l’objet d’une demi-page, totalise à peine 4000 F à diviser par deux  (en comparaison, Marie-Thérèse décédée à peine 3 ans plus tôt, léguait à chacun de ses fils la coquette somme de 88.694 F en ce compris l’immeuble de rapport de la rue des Pyrénées cité plus haut).

La vie les avait séparés, la mort les réunit. Horace a rejoint Marie-Thérèse dans le caveau familial des Queille au cimetière de Neuilly.

 

Appel à témoins (ou plutôt à descendants de témoins !) : toute personne ayant des informations (inédites), des documents (originaux) ou encore, sait-on jamais, des photos ou portraits (indiscutables) concernant HM serait grandement aimable d’en faire part aux administrateurs du Chardenois ou à Geneviève et Daniel,  par mail  ou par commentaire déposé  sur le blog. 

 

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pict0237b.jpg Robert Picault et les Moisand

 

2ème partie : Robert Picault, de Vallauris à Longchamp, allers et retours

 

Cette 2ème partie a pour thème les premières rencontres entre Robert Picault et les Moisand. C’est Robert Picault lui-même qui raconte ces rencontres avec un regard extérieur qui  permet de “nous” voir sous un angle qui ne nous est pas habituel. Son regard est bienveillant et chaleureux : Robert Picault est vite conquis par l’ambiance si particulière de Longchamp et aussi par le côté “merveilleusement huilé” de l’usine. Comme les Moisand seront de leur côté conquis par un homme, au parcours pourtant bien différent du leur, du moins en apparence, plein de charme et doté d’une délicieuse gentillesse à l’égard de tous. Ils le seront très vite aussi par ses très grandes qualités créatives.

Ce document précieux est extrait des mémoires que Robert Picault a écrits sur sa vie jusqu’à l’année 1966. Il nous a été communiqué par sa fille, Anne Aureillan, qui, dans le bulletin n° 7 de décembre 2010,  nous a fait connaître son père avant qu’il ne vienne à Longchamp pour la première fois, en 1953.

Nous présentons ensuite un 2ème article retraçant  les développements de la relation entre Robert Picault et les Moisand de 1953 à 1963.

En 1963, Robert Picault accepte la proposition de l’Aga Khan de créer une fabrique de carreaux de céramique en Sardaigne pour répondre aux besoins nés de la création par celui-ci d’un grand complexe immobilier et hôtelier dans cette île. Il y restera trois ans, s’éloignant ainsi provisoirement et de Vallauris et de Longchamp.

Mais revenons tout d’abord 10 ans plutôt au récit de Robert Picault : le titre n’est pas de lui, bien sûr, mais aurait pu l’être parce que la Reine qui l’accueille avec chaleur est au centre de son récit .

p1020438bb1.jpg La Reine et les siens

                       Robert Picault (1919-2000)

Un acheteur des Galeries Lafayette de Paris, Mr Drouin, était devenu un ami. A chaque fois qu’il venait à Vallauris nous l’emmenions manger une bouillabaisse au “Bastion” à Antibes. Lorsque je le voyais à Paris, il me traitait de la même façon. Notre chiffre d’affaires avec les Galeries Lafayette était important.

Un jour il me dit: “Pourquoi ne feriez-vous pas des modèles pour les Faïenceries de Longchamp, ils ont vraiment besoin d’un sang nouveau, seriez-vous d’accord ?” “Oui”,  répondis-je, et il décrocha son téléphone. Le lendemain j’avais rendez-vous à Longchamp avec la grande patronne des Faïenceries,  Madame Moisand, nommée affectueusement par les siens : la Reine.

La Reine me reçut à déjeuner à la “Villa”,  maison de vingt ou trente pièces, qu’elle et feu son mari avaient construite trente ans auparavant pour abriter leurs huit enfants. La Reine était une charmante dame âgée, pleine de tonus, qui supervisait les collections de l’usine et créait même des modèles. Nous bavardâmes longtemps, puis elle décida de me faire visiter l’usine. Je fus frappé par l’ordre qui régnait. Tout me paraissait merveilleusement huilé. Je fis la connaissance d’Henri Moisand, le fils aîné de la Reine, qui était le directeur général de l’usine puis d’un autre fils, Robert qui était directeur technique. Je fus invité dans l’atelier de décoration où cinquante femmes opéraient sous la houlette de Madame Moisand à faire un petit essai sur des assiettes. Je fis rapidement des oiseaux, des poissons dans le plus pur style Picault, ce qui affola un peu les décoratrices. Puis nous parlâmes d’un contrat, de droits d’auteur et je fus invité à revenir dès que je le pourrais avec des idées nouvelles pour lancer de nouvelles lignes de faïence. Un séjour d’une semaine fut convenu et je rentrai à Vallauris avec une nouvelle casquette : créateur de modèles auprès des faïenceries de Longchamp.

Cette nouvelle future activité me réjouit beaucoup. J’avais pourtant du travail à la fabrique mais ce surcroit de travail ne me déplaisait pas. En effet à la fabrique je ne tournais plus comme à mes débuts, mais il fallait tout de même contrôler le travail des tourneurs et puis j’avais un gros travail de décoration. En effet, c’est moi qui décorais l’intérieur de tous les plats alors que mes décoratrices faisaient les bordures. Je faisais également les décors d’oiseaux et de poissons dans les assiettes. Je laissais aux décoratrices le soin de faire les décors floraux.

 

Quelques semaines plus tard, Robert Picault revient à Longchamp au volant de sa toute nouvelle voiture, un superbe cabriolet Peugeot 203 gris avec l’intérieur en cuir bleu.

J’ai beaucoup apprécié cette voiture. L’un de mes premiers grands déplacements avec celle-ci fut un voyage à Longchamp où je restai 5 ou 6 jours.

J’étais reçu à la Villa chez la Reine, et nous déjeunions en tête à tête dans la petite salle à manger,  servis par les deux cuisinières qui nous préparaient des plats exquis. La Reine gourmande de détails me fit raconter ma vie, et me félicita de mon parcours. Elle aussi me relata des moments de sa jeunesse dorée, puis l’arrivée de ses huit enfants, puis la guerre de 1914 où, son mari étant parti se battre, elle fit tourner l’usine toute seule, enfin l’infirmité et la mort de son mari. C’était une femme de caractère. Elle vivait seule maintenant,  mais très entourée par ses enfants. Un dimanche, nous avions déjeuné dans la “grande salle à manger”, nous étions vingt. La table était présidée par le curé du village qui avait un accent bourguignon à couper au couteau. Les fils et filles de la Reine (ils n’étaient pas tous là) flanqués de leurs épouses et époux avaient amené leurs enfants qui mangeaient dans le hall. C’était une joyeuse assistance qui divertissait beaucoup la Reine. L’après-midi l’une de ses filles se mettait au piano. Au début elle jouait Mozart, mais ensuite pressée par ses frères elle jouait des chansons à boire que tout le monde reprenait en chœur. Je baignais avec plaisir dans cette ambiance chaude et amicale.

A l’usine, j’avais un peu semé la révolution. J’avais créé des décors gravés sur des assiettes que l’on exécutait avec une pointe en acier emmanchée sur un bout de bois. Il y avait des séries de décors sur fond ocre rouge, d’autres sur fond vert. Les décors étaient des fleurs, ou des oiseaux. J’avais aussi appris aux filles de la décoration à se servir d’une poire à lavement terminée par un compte-goutte pour faire des décors en relief très rapides. Là aussi on trouvait des décors de fleurs, de poissons, d’oiseaux. A dix heures le matin, toute l’usine écoutait l’émission “travailler en  musique” qui durait une demi-heure. Cette émission mettait beaucoup de bonne humeur dans les ateliers. Avec les fours tunnel, j’avais le plaisir de voir mes créations sortir du four au fur et à mesure.

Au bout d’une petite semaine je rentrai à Vallauris……

Les Faïenceries de Longchamp qui éditaient mes modèles étaient prêtes à me faire un dépôt à Vallauris pourvu que j’ouvre un magasin spécial pour les Éditions Picault. Je le réalisai, et en confiai la gestion à Monique (la maman d’Anne. NDLR). Monique s’acquittait fort bien de son rôle de vendeuse au dépôt Longchamp. Malheureusement le dépôt était situé tout en haut de la rue,et peu de gens s’aventurait jusque là. Pendant deux journées de suite, il n’y eu pas un chat au dépôt. Ce qui sapait le moral de Monique et le mien. Monique faisait pourtant de gros efforts de présentation (”Maman n’avait pas son pareil pour faire des tables  extrêmement raffinées, elle avait des dons de décoratrice d’intérieur et d’artiste peintre, elle aussi » Note A.A.).

Les ventes du dépôt Longchamp étaient quasi nulles, il y avait une raison à cela : ce que nous vendions n’était pas du   « Vallauris » et les rares acheteurs potentiels qui entraient dans le magasin repartaient sans acheter parce que “ce n’était pas fabriqué à Vallauris”. Nous dûmes admettre que la création de ce dépôt Longchamp avait été un fiasco complet. Je décidai de tout arrêter, et de ramener la marchandise à Longchamp, où je m’approvisionnais par ailleurs en biscuit pour les plats et les assiettes. Les pièces finirent ainsi leur existence au magasin  d’usine de Longchamp.

p1020438bbc.jpg La photo de titre  représente un  plat réalisé par Robert Picault  pour Yvonne Guyot Moisand. Celle-ci l’a « ressorti » du fond d’une armoire lorsque Daniel, son fils, lui a fait la lecture de l’article sur RP dans le  bulletin n° 7 du Chardenois de décembre 2010. Lorsque Daniel m’a envoyé la photo, la forme du plat, particulièrement réussie, aurait dû retenir durablement mon regard. Et pourtant celui-ci, instantanément, a glissé sur le motif décoratif. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour faire le lien entre le motif du plat et celui d’un des deux vases que j’avais présenté dans l’article « signé Ellen » (bulletin n° 3) et que l’on retrouve ci-dessus à côté du plat.

Quelle surprise : exactement le même motif !… Tante Yvonne a vu R. Picault « tourner » ce plat. C’était à l’ « usine » de Longchamp dans les années 50. Mais elle ne se souvient plus qui l’a décoré : RP a peut-être repris, en forme d’hommage, un motif cher à la Reine ou peut-être est-ce cette dernière elle-même qui a décoré ce plat ?  Au fond, peu importe : ce plat est bien une œuvre commune, il aurait pu être signé Ellen/Picault. Il symbolise en tout cas parfaitement la « rencontre » de Robert Picault et des Moisand et la réussite durable de celle-ci. 

Gaëtan Moisand

picaultpotiermac3.jpg  Vallauris, Longchamp, Casamène, allers et retours

                   Gaëtan Moisand,assisté d’Anne Aureillan et de Jacqueline Damongeot

Après les premières rencontres, la collaboration entre Robert Picault et Longchamp s’étoffera au fil des 10 années qui suivirent, tout en restant intermittente. Bien qu’ayant au départ  peu de traces apparentes de cette période, les souvenirs et les documents  provenant d’A. Aureillan et de J. Damongeot en complément des miens ont finalement permis de la recomposer aussi complètement et fidèlement que possible.

 

 signaturecrationlongchamp.jpg La première tentative de collaboration s’avéra donc délicate, comme le relate Robert Picault dans ses mémoires, mais il ne dit pas si la fermeture du dépôt de Vallauris entraina l’arrêt des Editions Picault. C’est peu probable, mais il faut bien admettre qu’il est rare de trouver des pièces de cette époque avec la double marque Editions Picault et Longchamp. C’est pourquoi la photo en tête de paragraphe  est intéressante même si  elle est malheureusement  floue, parce qu’elle présente  cette double marque. Cette pièce date bien des années 1950 : le logo de Longchamp à l’écusson de Bourgogne que l’on voit au dos de celle-ci  date en effet de ces années-là, avant que ne soit créé (par Robert Picault lui-même !) le logo des chevaux au tout début des années 60. 

 Même si la création de décors ou de formes par R. Picault pour le compte de Longchamp est restée limitée dans les premières années de la collaboration, elle a bien existé dans le cadre ou non des Editions. Agée de 20 ans à peine, Jacqueline Damongeot, l’une des plus jeunes décoratrices de l’atelier de peinture de Longchamp à cette époque, se souvient des premières visites de Robert Picault. La première fois, la Reine le présenta comme étant un élève de Picasso. C’était un raccourci un peu rapide : comme on le sait (cf article d’A. Aureillan dans le bulletin n° 7), ils étaient voisins d’atelier  à Vallauris, une estime réciproque les avaient  rapprochés au point qu’ils étaient devenus amis. Au demeurant, le nom de  Picasso n’éveilla pas outre mesure la curiosité des décoratrices de Longchamp : on vivait encore à cette date sans télévision et avec très peu de magazines illustrés.

 

img683b.jpg Par contre, Robert Picault  impressionna fortement l’atelier par sa prestance et son charme : Jacqueline se souvient avoir pensé, comme beaucoup d’autres décoratrices, qu’un acteur de cinéma entrait dans l’atelier !

Lors de la visite suivante, les décoratrices réalisèrent des essais sous l’impulsion de Robert Picault. Par exemple, on trempait une assiette dans un bain d’émail de couleur, on laissait sécher, on posait un poncif sur l’assiette, de fleur ou d’oiseau style Picault, puis avec une petite brosse, une pointe ou une gomme, on effaçait l’émail de façon à retrouver le blanc du biscuit aux emplacements prévus par le poncif. Puis, on trempait à nouveau la pièce dans un bain d’émail, incolore cette fois,avant de le repasser au four. Ce jour-là, Jacqueline fut désignée pour réaliser avec cette technique une tête de cerf. Autant, elle réussissait bien les fleurs et les oiseaux, autant le cerf devint un calvaire pour elle au point d’en pleurer et de ne plus vouloir  revenir à l’usine l’après-midi. Heureusement, tout finit par s’arranger,  Picault était un bon formateur et réussit rapidement à former les décoratrices de Longchamp à des techniques totalement nouvelles pour elles. Sa bonhommie et sa gentillesse y contribuèrent sans doute.

 

Une autre forme de collaboration  fonctionna dans l’autre sens, de façon régulière : l’approvisionnement de l’atelier de Robert Picault en biscuit (pièce de céramique  ayant subi une première cuisson avant d’être décorée et émaillée). L’usage du biscuit de Longchamp présentait un triple avantage : il entretenait une collaboration jugée fructueuse de part et d’autre, il donnait l’opportunité à Robert Picault de diversifier sa technique de production et de présenter un modèle d’assiette plus léger grâce à la technique de la presse, il permettait enfin de répondre à une demande allant croissant face à la montée du succès qu’il connaissait alors. Notons que l’usage du biscuit longchamp demeurait exclusif au modèle d’assiette. Toutes les autres pièces, dont la forme était spécifique, continuaient de nécessiter un tournage à la main.

La collaboration prit encore plus d’envergure lorsque R. Picault commença à participer au développement de l’activité “carreaux” de Casamène, laquelle allait devenir en quelques années l’activité unique de cette usine dépendante des Faïenceries de Longchamp, située aux portes de Besançon et dirigée à l’origine par Henri Joran (fils de Marcel Joran et de Juliette, la sœur aînée d’Hélène,  donc le neveu de celle-ci) puis par Marcel Moisand.

 img752b.jpg img754copie.jpgR. Picault s’était intéressé à la fabrication et à la décoration de carreaux dès l’origine de son installation à Vallauris. Plusieurs documents l’attestent, comme les 1ères pages de son catalogue présentées ici. L’intérêt de Robert Picault pour les carreaux de céramique n’est pas étonnant. La Côte d’Azur de l’après-guerre n’attirait pas que de jeunes artistes en céramique, mais bien plus des personnes fortunées qui construisaient des villas luxueuses et cherchaient à les décorer richement. Entre autres,Jacques Couelle, architecte-décorateur de renom, qui connaissait Robert Picault, lui demanda régulièrement de réaliser des carreaux originaux pour les villas dont il était l’architecte. On retrouve, grâce au catalogue de l’époque toute l’inventivité de Robert Picault, qui développe sur les carreaux une décoration « faune-et-flore » typique de son talent : elle participe du même esprit que celui qui inspirait déjà la décoration de ses services de table sans qu’il y ait pour autant transfert pur et simple.

Mais revenons à Casamène : c’est sous l’impulsion de Marcel Moisand que l’usine de Casamène développa un département « carreaux ». Les premiers pas furent-ils antérieurs ou non  à la venue de Robert Picault à Longchamp ? La réponse n’est pas certaine. Toujours est-il que Robert Picault fréquenta beaucoup Besançon à la fin des années 50 et au début des années 60 et contribua de façon déterminanteau développement du département carreaux, son apport étant certainement plus d’ordre décoratif que technique. Au début des années 60, la production de carreaux devint  l’activité unique à  Casamène,  preuve de l’importance de son développement ; la fabrication de services de table devint alors  le fait exclusif de l’usine de Longchamp.

 

004.jpg 007.jpg Avant qu’il ne parte en Sardaigne (1963-1966), Robert Picault contribua de façon intensive à la conception des formes, décors et couleurs des carreaux de Casamène. Les petits carreaux de 5×5 peu usuels jusqu’alors connurent un grand succès. La mode était au mélange de carreaux unis et de carreaux décorés comme on peut le voir sur ces photos. Celles-ci représentent une table basse qui orne aujourd’hui encore le salon de la maison de Philippe et Géraldine Moisand à Belle-Ile, elle date de 1963.

colorangeetvbdslemagpicault.jpgR.Picault avait eu l’idée de ces tables basses décorées de carreaux de céramique à Vallauris au début des années 50, comme on le voit sur cette photo. Il la transmit à Casamène sans qu’il soit établi que leur  fabrication ait dépassé l’occasionnel. Mais si la table de Belle-Ile comme quelques autres de la  même époque n’ont pas été produites en masse, il n’en n’est pas de même des carreaux utilisés qui  sont de la même veine  que ceux  vendus en quantités industrielles par Casamène  pour la décoration des cuisines et salles de bains.

img754copieb1.jpg pict02441.jpg A 10 ans de distance, de Vallauris à Casamène, la décoration  des carreaux  a évolué : les animaux et les fleurs  sont passés d’une représentation plutôt figurative (photo de gauche : extrait du catalogue RP/Vallauris) à une nouvelle représentation nettement plus dépouillée (photo de droite : carreaux de Longchamp/Casamène des années 1960).  Mais on retrouve bien l’esprit et le style d’origine de Robert Picault.

Son départ pour la Sardaigne en 1963 au service de l’Aga Khan ne remit pas en cause le lien intense  qui l’unissait désormais  aux Faïenceries de Longchamp. Il est probable qu’il commença avant même son retour à discuter avec les Faïenceries des conditions futures de sa collaboration. 

Mais n’anticipons pas sur le 3ème volet de notre série sur Robert Picault et les Moisand, que l’on pourra lire dans un prochain bulletin.   

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pduf0038b.jpg Pierre Duffour, ce héros méconnu

                         Sylvain Duret

Vous ne trouverez pas ce nom dans la liste des quelques 450 descendants et « pièces rapportées » soigneusement répertoriés par Geneviève et Daniel. Et pourtant, je ne suis pas loin de penser que Pierre Duffour qui, dans les dernières années de sa courte vie, avait été complètement adopté par la famille Moisand, aurait mérité d’y figurer. Sa gentillesse et sa bonne humeur avaient gagné l’estime et le cœur de tous et il n’était pas rare de le voir invité à Longchamp, surtout lorsqu’il faisait son service militaire à la base de Longvic. Pierre était le frère cadet de Jean et de Denise, lesquels se sont mariés dans les années trente respectivement à Yvonne et Robert Moisand.

Sa disparition brutale, à quelques jours de l’armistice de 1940, dans une mission sans véritable objet et sans aucun espoir, fut une douloureuse épreuve pour le clan Duffour et un véritable choc chez les Moisand. Mais petit à petit, la vie reprit son cours, la joie de la Libération fit oublier un peu les disparus et puis le temps fit son œuvre.

dsc0668b.jpg Il y a quelques années, cependant, Gaëtan Moisand rassembla photos et lettres manuscrites de Pierre, les compila et en fit un petit livre qu’il diffusa chez les Duffour/Moisand (branche 2) et les Moisand/Duffour (branche 4). Sylvain Duret (matricule 212 et ci-devant colonel de gendarmerie, pour quelque temps encore commandant du régiment de cavalerie de la Garde Républicaine) vient de reprendre le flambeau. Dans une lettre adressée à ses oncles et tantes, il leur fait part de son projet de commémoration des disparus du combat aérien de Gournay-sur Aronde et sollicite leur soutien.

Il nous a semblé que le thème de cette lettre dépassait de beaucoup le strict objectif du comptage des soutiens à son initiative et méritait une diffusion plus large dans Le Chardenois. Avec l’accord de son auteur, nous la reproduisons ci-après in extenso.

Ph. Moisand

pduf0048b.jpg  Mes chers oncles et tantes,

Ainsi que vous le savez, j’ai retrouvé certains acteurs du drame familial qui s’est déroulé le 3 juin 1940 sur la commune de Gournay-sur-Aronde, dans l’Oise. A dire vrai, j’avais depuis longtemps dans la tête l’idée de me rendre sur place pour mettre la main sur quelques traces de ce combat aérien, ayant été bercé dans ma jeunesse par le récit héroïque de cet oncle inconnu, mort pour la France. A plusieurs reprises, j’avais effectivement questionné mon grand-père et je m’étais promis secrètement qu’un jour, moi-aussi, j’irais sur les lieux à la recherche de témoins oculaires ou de traces quelconques. Disposant précieusement de cette pale d’hélice toujours muette et ce morceau de fuselage encadré et décoré de la Croix de Guerre et de la médaille militaire, j’éprouvais le besoin de replacer ces « objets rituels » dans leur contexte, dans un nécessaire travail de mémoire. 

C’est ainsi qu’entre deux visites de mes postes à cheval basés respectivement à Compiègne et à Senlis, je me suis rendu avec mon conducteur à Gournay-sur-Aronde, en ce matin brumeux du 12 janvier 2011. J’y ai rencontré le maire, ancien instituteur, qui m’a avoué n’avoir jamais entendu parler de ce combat aérien de la campagne de France. Il m’a seulement mis en contact avec un ancien du village, mais lui non plus, comble de malchance, n’était pas au courant alors qu’il se trouvait sur place aux premiers jours de juin 1940. Je ne me suis pas laissé abattre et j’ai, je l’avoue, usé de ma qualité de pandore pour interroger tous les anciens de cette commune de 600 âmes. Mission accomplie car très vite, en moins de deux heures, les langues se sont déliées et en début d’après-midi on m’emmenait sur les lieux où l’avion s’était écrasé, ainsi qu’au cimetière.

Je comptabilise donc aujourd’hui une poignée de témoins qui se souviennent parfaitement du combat et des obsèques qui ont suivi, le lendemain, dans cette belle église de Gournay. Leur audition a été très émouvante, voire surréaliste ! Cet épisode fut pour eux un moment fort de la guerre car ils avaient eu l’impression à l’époque, étant tous très jeunes vous l’imaginez, que l’avion en flammes allait s’écraser sur le village. Et puis ils ont été évacués le lendemain des obsèques, et donc ils s’en souviennent pardi ! Après la guerre, même si la carcasse avait été enlevée, ils retournaient fréquemment sur les lieux du drame pour se fabriquer des bagues avec les bouts de plastique jonchant le sol…

Que faire à présent ? Pour clore honorablement cette histoire et éviter qu’un jour la fameuse pale rapportée par mon grand-père à vélo jusqu’à Paris ne termine sa course dans une déchetterie, j’ai pour idée de faire réaliser une stèle à la mémoire de cet équipage mort en service aérien commandé. Trois raisons à cela :

- tout d’abord, présenter un hommage solennel à ce jeune oncle mort trop vite, comme bien d’autres au reste. Cette initiative permettra de conserver à jamais sa mémoire et celle de ses camarades aviateurs, et de la faire partager conjointement aux habitants dudit village ;

- ensuite, transmettre le flambeau aux jeunes générations en leur inculquant, par le maintien du souvenir, le sens du devoir, l’amour de la Patrie et le respect des valeurs, même si ces mots peuvent faire sourire dans une France en déclin ;

- enfin, même si je ne suis pas le mieux placé pour le dire, renforcer l’unité familiale autour d’un projet commun porteur d’espérance, autour de ce héros sacrificiel qui n’a pas hésité à prendre la place d’un autre, pourtant conscient de l’issue fatale.

Dans mon entreprise, je bénéficie des soutiens 

  •  du maire du village, qui accepte de laisser une place pour édifier la stèle à côté du monument aux morts, stèle qui engerbera la pale de l’hélice ;
  • des habitants interrogés, qui pour nombre d’entre eux ont lu le livre de Gaëtan ;
  • des anciens combattants du village et leur association (UMRAC) ;
  •  de monsieur Michel Dufour (hasard de circonstance), président de « Picardie Mémoire » ;
  •  du Souvenir Français ;
  • de Monsieur Patrick de Gmeline, historien militaire, lauréat de l’Académie française ;
  •  de l’association des villes marraines, soucieuse de préserver le lien armées-nation ;
  • de l’Armée de l’Air, qui a fouillé dans ses archives pour retrouver le lieu exact et les circonstances du combat aérien. Elle fournirait un piquet d’honneur le jour de l’inauguration.               

Il me reste donc l’essentiel, et c’est l’objet de cet écrit : obtenir le soutien familial, une approbation générale en quelque sorte afin que je ne me retrouve pas seul à la date considérée, n’étant à mon humble niveau qu’une courroie de transmission familiale. J’ai donc besoin de savoir si mes oncles et tantes, ainsi que les enfants de Tante Denise et d’Oncle Robert, approuvent ou désapprouvent franchement cette initiative qui, 71 ans plus tard, pourrait paraître saugrenue pour certains, ou qui ne susciterait qu’un intérêt poli. Je pense cependant qu’un pays qui n’a pas de mémoire est un pays qui n’a pas d’identité et qui n’a pas d’avenir.

Concrètement, en cas d’accord de votre part, nous pourrions nous retrouver le samedi 3 juin 2012 au matin à l’église de Gournay-sur-Aronde pour démarrer la journée par une messe à la mémoire de ces aviateurs et des défunts de nos familles. Ensuite, nous nous déplacerions sur la place du village pour inaugurer la plaque en présence du maire, des témoins et anciens combattants, d’un piquet d’honneur de la base aérienne de Creil assisté par deux trompettes de mon régiment. A l’issue, nous irions boire le verre de l’amitié dans la salle des fêtes avant de nous retrouver autour d’un déjeuner familial à connotation champêtre. Me restent à trouver les deux autres familles des camarades d’oncle Pierre, et j’ai bon espoir s’agissant du sous-lieutenant Sébastien Biger.

Auguste Comte écrivait joliment « que les morts gouvernent les vivants »… J’attends donc les réactions de chacun d’entre vous et vous assure de toute mon affection.

A Paris, le 25 février 2011.

Sylvain Duret.

Les « oncles et tantes, ainsi que les enfants de Tante Denise et d’Oncle Robert » ont tous apporté leur soutien à l’initiative de Sylvain Duret et décidé d’être présents le 3 juin 2012 à Gournay-sur-Aronde

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Photo de titre : Pierre en vacances à Servoz, près de Chamonix, août 1933

Photo en tête de la lettre de SD : Pierre devant son Potez 63, base aérienne de Wez Thuisy près de Reims, avril 1940

Photo ci-dessus : Pierre, assis à droite, avec des membres de son escadrille, base aérienne de Moissy Cramayel près de Melun, 2 juin 1940, veille du combat fatal

 

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19370001modifi2bmodifi1.jpg Carnet de famille

Double fête chez les Martin

Eh oui, ils ont fait fort les Martin en ce début juillet ! Parvenir à célébrer dans le même long weekend le mariage de Louis (fils de Jean-Yves et Choupette) et Marie et les 80 ans de Mamie n’était pas une mince affaire. Pari réussi pour le plus grand bonheur de Mamie et de sa descendance. Pour la plus grande joie aussi des cousins et cousines de la génération de Jean-Yves conviés à représenter la famille élargie, et de tous les invités, bourguignons pour la plupart, comme il se doit. La rédaction du Chardenois avait dépêché sur place l’un de ses grands reporters qui n’a pas, lui non plus, boudé son plaisir.

011copie.jpg Le mariage de Louis et Marie :

 C’est donc le samedi 2 juillet qu’a été célébré le mariage dans la jolie église de Ramatuelle, un peu petite pour accueillir la foule des invités. Ambiance bon enfant, chacun étant heureux de se retrouver en famille ou entre amis, à peine perturbée par l’arrivée tardive du prêtre. Un livret de chants plutôt copieux concocté par les mariés et accompagné par les cordes de  François Girard (qui avait déjà montré l’étendue de son talent  lors de la cousinade).

La place du village était réquisitionnée pour le vin d’honneur qui suivait la cérémonie. A dire vrai, c’est plutôt la citronnade qui  eut les faveurs de l’assistance en cette journée chaude et ensoleillée. Spectacle un peu incongru que toutes ces toilettes enchapeautées et ces costumes-cravates dans un village plus habitué, en cette saison, à voir déambuler des hordes de touristes court- vêtus.

017copie.jpg Tout ce petit monde se retrouvait ensuite pour la réception sur la plage de Moorea où les mariés faisaient une apparition remarquée à bord d’un Zodiac dont Marie eut quelque peine à s’extraire. Il est vrai que sa tenue ne respectait pas à  la lettre les prescriptions de l’Almanach du marin breton. On but un peu, beaucoup…et on papota beaucoup  pendant le cocktail. On dégusta le loup de Méditerranée, délicieusement cuisiné et parfaitement servi. On écouta les discours des deux pères (Jean-Yves parfait dans un registre d’émotion contenue). On suivit avec amusement les petits sketches préparés par les frères, sœurs, amis et amies des jeunes mariés. Et puis l’on dansa, jusqu’au bout de la nuit pour les plus jeunes.

Le lendemain après midi, les deux mariés qui partaient prendre un repos bien mérité étaient toujours aussi frais et souriants.

055copie.jpg Les 80 ans de Mamie :

 Pour ceux d’entre vous qui ne le savent pas, Mamie est née un 4 juillet. C’est donc le lundi suivant  qu’elle eut la surprise de retrouver chez elle, à l’Escalet, non seulement toute sa descendance, mais aussi une partie de la noce, venues la fêter. Car ses huit enfants et valeurs ajoutées, ses treize petits-enfants et pour certains leur valeur ajoutée avaient tout préparé dans le plus grand secret sous la douce baguette de Sylvie.

037copie.jpg On a rebu, autour de la piscine cette fois, on s’est jeté (poliment) sur le buffet, on a dégusté religieusement quelques bouteilles de Gevrey apportées par Riquet et puis Mamie a soufflé ses quatre vingts bougies piquées dans les gâteaux que lui apportaient à la queue leu leu ses petits-enfants, avant de se couvrir le chef d’une coiffe de bonne soeur comme dans le film mémorable des Gendarmes de Saint-Tropez et d’exécuter quelques pas de danse dont elle a le secret.

058copie.jpg 061copie.jpg035copie.jpg Bien sûr, il y eut aussi l’incontournable séance de photos (Mamie et ses quatre enfants, Mamie et ses petits enfants…tous si charmants),  les petits mots de Jean-Yves et de quelques autres à l’adresse de l’héroïne du jour et l’évocation de Charles Abel si attaché à ces lieux.

Un grand moment d’émotion et de bonheur tout simple.

voir, après le carnet de famille, « Pour l’anniversaire de Mamie » par Mylène Duffour Froissart

 

 Double évènement chez les Girard-Leriche

ines.jpg Ines est née le 29 juin 2011. Du haut de ses 3 pommes et âgée de tout juste 10 jours, elle a marié ses parents, Pierre Girard-Garcia et Carine Leriche  le 9 juillet 2011. Pierre est le fils de Bertrand Girard, lui-même fils de Nicole  Bernard Girard, fille de Christiane Moisand Bernard (« maman douce »).

Naissance chez les Regnaud

salom.jpg Salomé est née le 28 mars 2011. Elle est la fille d’Etienne et de Charlotte REGNAUD. Etienne est le fils de Solange Bernard Regnaud et de Denis Regnaud, le petit-fils de Christiane Moisand Bernard (« maman douce ») et d’Olivier Bernard.

Naissance à Austin (Texas/USA )

louisegea.jpg Louis Benjamin Egéa est né le 1er juillet 2011 à Austin Tx Usa à 21h41 très précisément,…soit 3h41du matin du 2 juillet à l’heure française, jour du mariage de son aîné en prénom, Louis Martin.

Il est le fils de Julia Moisand Egéa et de Christian Egéa. Julia est la fille aînée de Christine Albert Moisand et de Dominique Moisand, la petite-fille de Paule Bernard Moisand et d’Henry Moisand.

Trois garçons côté Pruvost

albanb.jpg Alban Chaignon est né le 17 mars 2011. Il est le 3ème enfant de Solène Petit Chaignon et de Frédéric Chaignon, le petit-fils de Christine Pruvost Petit et de Patrick Petit.

paulpruvost2b.jpg Paul Pruvost est né le 27 juin 2011. Il est le fils de Marie Desbrosses et de Gaëtan Pruvost, le petit-fils de Patrick Pruvost et d’Annie Gautheron.

Marius de Montauzan est né le 1er septembre 2011. Il est le fils de Clémence Pruvost de Montauzan et de Louis de Montauzan, le petit-fils de Jean-François Pruvost et de Stéphanie Outters Pruvost.

Tous trois sont les arrières-petits-fils de Marie-Thérèse Moisand Pruvost et de Jean-Marie Pruvost.

 

 

 

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mois0062b.jpg Pour l’anniversaire de Mamie

                      Marie-Hélène Duffour Froissart

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  Mamie ou Tante Mamie ou encore Anne-Marie… Moisand, Martin

Mamie de la Fontaine ; c’est ainsi que la désignait mon fils Sylvain qui l’anoblissait à juste titre

Retenons pour l’heure Mamie Martin.

Octogénaire ? Vous plaisantez ? Et cependant, si je calcule bien, ma mère Yvonne, sa grande sœur, aurait eu cent ans en avril dernier. Vingt ans les séparaient la grande et la petite… Mamie, la petite sœur de ma maman, par voie de conséquence ma tante.

Quand mon époux – Henri – explique à ses amis que nous allons passer quelques jours chez la tante de Marie-Hélène, on sent bien qu’ils ne comprennent pas ce que l’on veut leur dire : comment Henri peut-il avoir une tante alerte, capable d’accueillir ses vieux neveux, plus vieux qu’elle (pour Henri qui la devance de deux mois) et qu’allons-nous faire chez une vieille dame qui doit détester le bruit, les courants d’air et les horaires modifiés ?

Ils ne peuvent en effet pas deviner que chez Mamie, on rit, on parle, et beaucoup, et fort, on laisse les portes ouvertes, on arrive à toute heure du jour et de la nuit, on débarque à un ou deux ou dix… Cela n’a pas d’importance… On se nourrit de bourride ou de tartines d’aïoli, ou de coq au vin, ou de millet si le temps a manqué. Mais de toutes façons, on est accueilli à bras ouverts et même « remerciés d’être venus » (formule chère à la famille).

Ce n’est pas chez Mamie, à l’Escalet, que l’on est toujours attendu : c’est chez « Mamie et Charles ». Impossible de les séparer, omniprésence de Charles au coucher de soleil sur la mer, dans  ses pins parasol, à l’heure de l’apéro, coiffé d’un vaste « sombrero », autour de la grande table carrelée qui occupe toute la terrasse.

Nous leur devons tant de moments quasi magiques, sur cette terre bénie du midi de la France qu’ils ont su personnaliser pour la partager.

Mais il y a aussi Dijon, berceau familial perpétué par Mamie, après avoir connu Fontaine, et le Boulevard de la Trémouille… Maillons d’une chaîne ininterrompue d’escales heureuses dont les plus âgés – et c’est bien mon cas – ont tous profité.

Il suffit de feuilleter mes albums de photos : toujours présents Charles et Mamie. Mamie et Charles… prêts au partage, prêts à la joie, présents  aussi quand la souffrance atteint l’un ou l’autre de la famille. Elégants tous les deux, soignés jusqu’au bout des ongles, adaptables à toutes les situations, à tous les milieux rencontrés.

Depuis le décès de ma mère, mes enfants ont fait de Mamie leur grand-mère et ce, sans hésitation aucune. Elle se doit d’être là pour toutes les occasions ! Fiançailles, mariages, décès, remise de décorations, anniversaires. C’est ainsi qu’elle a connu récemment les salons de l’Elysée où Philippe Lucet recevait des mains du Président son insigne d’officier de la Légion d’Honneur, puis la caserne de la Garde Républicaine au moment de la prise de commandement de Sylvain. Jamais elle ne se fait prier. Jamais elle ne soupire devant l’effort provoqué par le déplacement. C’est ce qui me fait affirmer qu’elle n’est pas octogénaire. Elle est Mamie tout simplement, celle qui me faisait porter son dictionnaire Gafiot jusqu’au presbytère du père Foutelet à Longchamp, celle qui me faisait attendre sur les marches de la cure pendant qu’on lui inculquait quelques notions de latin, celle qui, au terme des grandes vacances, nous agenouillait sur les marches de l’escalier de la villa pour lui demander pardon de toutes les bêtises commises au cours de l’été, et qui, un beau jour, nous a déclaré qu’on ne l’appellerait plus désormais « Mamie » mais « Tante Mamie » tandis que Maire-Thé dénommée à l’époque « Tété » demandait modestement à devenir « Tante Tété ». J’avais  peut-être dix ans. Nous avons obéi sans broncher ! Elle était encore celle avec laquelle nous cueillions des fleurs par brassées pour fleurir le reposoir pascal, celle qui imitait et imite encore les bonnes gens de notre village avec un accent bourguignon qui n’appartient qu’à elle seule, celle qui aujourd’hui conduit une « Méhari » décapotée et se coiffe d’une cornette de bonne sœur fabriquée par Laurence.

Mamie, je pourrais en raconter tant !

Tante Mamie ! Bon anniversaire de la part de tes neveux grands et petits. Nous t’assurons de notre très grande affection et te gratifions d’un superbe ban bourguignon :

La la, la la, la la la la lère,

La la la,

La la la,

La, la, la,… 

 bulletin n°9  ** sept. 2011 **  fondateur : Philippe Moisand mois0010b.vignettemois0008b.vignettemariagerobertetdenyse042b.vignettemois0038a.vignettecharlesmartinmariage041.vignettemois0061nbb.vignettep1150071b.vignette

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 3ème photo : « Tante Mamie » sur la  droite est entourée de deux de ses « petits » neveux : Yves Moisand, le premier de la génération suivante, et  Mylène, l’auteure de cet article, laquelle pleure son bouquet… volé par son cousin Yves ( mariage Denise et Robert 1937)

Le Père Foutelet dont parle Mylène dans son article n’est autre que ce curé qui assistait très régulièrement dans les années 40 et 50 au repas dominical dans la grande salle à manger de la Villa et qui avait frappé Robert Picault en raison de  « son accent bourguignon à couper au couteau ». On est en droit de se demander si « Tante Mamie » n’ a pas mieux retenu des leçons du Père Foutelet l’accent du terroir plutôt que les déclinaisons latines…

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Qui ne connaît l’histoire de Bernard Palissy ruiné, consacrant vingt ans de sa vie à découvrir le secret des émaux et brûlant son plancher pour y parvenir ? C’est en 1555, après une vingtaine d’années d’épreuves physiques et morales qu’il put couvrir ses poteries d’un bel émail jaspé.

Son beau texte sur l’apprentissage et l’expérience est inséré ici dans un décor floral des Faïenceries de Longchamp.

 

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bulletin n° 8 ** avril 2011 ** fondateur : Philippe Moisand

dsc0284bb.jpg Edito

                      Philippe Moisand

 

 

Avec la parution de ce numéro 8, nous soufflons la deuxième bougie du Chardenois et nous en sommes fiers et heureux. Deux ans, c’est encore bien jeune, et c’est pourtant déjà un petit succès que d’avoir tenu jusque là. Merci donc à ceux qui y ont activement contribué. Gaëtan, en premier lieu, qui a transformé ma petite feuille de chou des origines en un véritable bulletin attractif et parfaitement illustré. Daniel et Geneviève, également, sans qui l’histoire et la généalogie de notre famille seraient bien incomplètes. Mylène enfin et ses souvenirs d’enfance toujours évoqués avec beaucoup de tendresse et de poésie. Je n’oublie pas bien sûr tous les autres contributeurs occasionnels et surtout pas nos deux toujours jeunes  »tatas », Mamie avec son Berceau des Faïenceries paru il y a plus d’un an déjà et Marité dont l’histoire de son piano, étroitement liée à celle de la Reine, nous est enfin livrée aujourd’hui.

Merci à vous aussi amis lecteurs de nous encourager par vos visites régulières sur le blog. Savez-vous qu’en deux ans nous en avons reçues plus de 5 000 ? Je ne doute pas que la plupart proviennent de la famille. Mais il arrive aussi parfois que des étrangers s’égarent sur Le Chardenois et nous fassent part de leurs sentiments. Ainsi Jean Christophe, amateur d’art sur la chasse, qui a découvert avec surprise et intérêt notre enquête sur les frères Maurice et Marcel Moisand. Grand fan de Marcel, nous dit-il, il est  devenu un inconditionel de Maurice, maintenant qu’il a compris, non sans mal, la confusion entretenue par les marchands d’art entre les deux frères (voir son commentaire en fin de bulletin n° 7).

Ce numéro est plus particulièrement centré sur les origines de la faïencerie. Visiblement, la vérité historique ne colle pas exactement avec la légende que nous ont rapportée Christiane dans sa saga familiale et Mamie dans son article précité. Mais qu’importe. Comme nous dit Gaëtan, les deux s’enrichissent mutuellement. Vous y trouverez également l’article de Marité sur son cher piano, où il est question d’ Henriette Charbonnier Bos, laquelle est aussi à l’honneur dans une autre article qui lui est spécialement consacré. Soeur de la Reine, elle était devenue, sur la fin de sa vie qu’elle a vécue à Longchamp, la tête de turc de la famille. Marité nous rappelle que certain(e)s ne se gênaient pas pour lui caresser les mollets avec des branches de houx pendant qu’elle jouait du piano. La rédaction offre une récompense au premier qui nous mettra sur la piste de cet(te) insolent(e).

La richesse du présent numéro nous oblige à décaler sur la prochaine livraison la 2ème partie de l’article sur Robert Picault et les Moisand et la 3ème de celui sur les Moisand de Beauvais. Que leurs auteurs veuillent bien nous en excuser.

photo de titre : plat, « roses et papillon » aux émaux cloisonnés, qui a participé avec succès au concours de la cousinade

 

 

 

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dsc0453b.jpg 1830-1868 avant R.C.

                 Gaëtan Moisand 

 Dans son article « le berceau des Faïenceries de Longchamp » (bulletin n° 4 janvier 2010), Mamie Martin avait, entre autres,  évoqué  la période précédant l’arrivée de Robert Charbonnier à Longchamp. J’y reviens ici, après avoir découvert l’ouvrage de Jean Rosen « Les faïenceries françaises du Grand-Est » paru en 2000. J’ai puisé une bonne part de la « matière » du présent article dans cet ouvrage et remercie son auteur de m’y avoir autorisé.  

dsc0387bb.jpg Des tuileries ont existé de longue date tant à Longchamp qu’à Premières et Villers-les-Pots, 3 villages mitoyens de la grande forêt. A Longchamp, l’implantation de tuileries est certainement très ancienne comme en atteste une carte de 1572 où apparaît l’étang situé à l’orée de la forêt en contrebas de la route d’Auxonne  sous le nom qui est encore le sien aujourd’hui d’étang de la Theullery (= la Tuilerie). Il faut dire que le contexte géologique est propice à la céramique avec la présence d’argiles en couches épaisses notamment à Longchamp. Et que le bois pour chauffer les fours est en abondance et à immédiate proximité.

pict0399bbb.jpg pict0401ba.jpg En 1830, Claude Phal-Matiron, entrepreneur en bâtiment d’Auxonne, fonde une tuilerie, dont Mamie Martin dans son enfance visitait les ruines (voir le bulletin n° 4) à la sortie du village sur la route de Chambeire. Peu après, en 1833, Claude Phal étend son activité à la poterie-faïencerie. En 1841, il utilisait 25 fois plus d’argile pour la tuile que pour la faïence ; il produisait 60 000 briques et carreaux, 200 000 tuiles, 1500 pièces de faïence et 10 000 pots à moutarde, dont il s’est fait une spécialité.  L’ensemble de ces chiffres donne une idée de la prédominance encore très nette de l’activité tuilière sur l’activité potière et faïencière huit ans après la mise en oeuvre de cette nouvelle activité.

mois0273bcopie.jpg A la même époque, la poterie-faïencerie est transférée rue du Faubourg (actuelle rue de Laubenheim) à l’emplacement même de la future Faïencerie Charbonnier-Moisand. Selon le cadastre de 1844, la parcelle n°415,  rue du Faubourg, appartenait à Jean-Baptiste Phal-Maillard, elle comportait « une maison, une faïencerie, un bâtiment et une cour, un four en construction ».

On peut supposer que ce transfert est le signe du développement rapide de la nouvelle activité qui du coup ne peut plus se déployer dans l’enceinte de la tuilerie. Longchamp, néanmoins,  était encore à cette date la plus petite des 3 faïenceries locales, elle était devancée par celles de Premières et de Villers-Les-Pots.

dsc0376b.jpgdsc0374b.jpg A Premières, il y eut des tuileries bien avant que ne soit créée en 1795 la première des 3 faïenceries locales : à cette date, François Pignant transforme une tuilerie héritée de son père en poterie puis très rapidement en faïencerie après avoir découvert « une superbe marne dans un étang , l’avoir mélangée à de la terre glaise et trouvé après beaucoup de temps et de dépenses le moyen grâce à ce mélange de fabriquer une faïence blanche et une faïence brune, une faïence blanche qui supporte le chaud sans s’altérer, une faïence brune à laquelle peu d’autres peuvent se comparer pour la netteté et le poli » (Statistiques de la Côte d’Or 1807). La faïencerie se fait connaître à l’extérieur en participant à l’exposition des produits de l’industrie française à Paris en 1806. L’affaire est gérée dans les années 1820 à 1850 par les descendants du fondateur, Toussaint d’abord, puis François Gustave. Lorsque ce dernier rachète la part de son frère en 1844, elle vaut 57 500 Francs. Selon les Statistiques de la France de 1847, le chiffre d’affaires de la faïencerie de Premières s’élève à  57 660 Francs, elle emploie 78 ouvriers dont 40 hommes payés 1,75 F par jour, 30 femmes payées 1 F et 8 enfants payés 0,50 F. Le bénéfice annuel est de 8 à 10 000 F.

dsc0190b.jpg En 1857, le petit-fils du fondateur, Jules Lavalle, médecin, botaniste et politicien, devient propriétaire de l’établissement et poursuit son développement en employant dans les années 1860 jusqu’à 150 ouvriers. En 1862, il participe à l’exposition universelle de Londres et obtient des commentaires élogieux :  » On ne peut passer sous silence les camaieux de Mr Lavalle, de Premières, qui dénotent chez l’auteur une habilité de mains surprenante et une connaisance approfondie des procédé techniques ». Après la mort de Jules Lavalle, l’exploitation fut reprise par Joséphine Lavalle puis par des locataires qui ne parvinrent pas à maintenir la fabrique au niveau qu’elle  avait atteint sous celui-ci. (photo en tête de ce § :  les bâtiments de la faïencerie de Premières, transformés en corps de ferme, sont toujours debout !) 

dsc0384b.jpg A Villers-Les-Pots, comme le laisse supposer le toponyme de ce village, l’activité tuilière et surtout potière est tout aussi ancienne qu’à Longchamp, voire davantage : un texte de 1375 évoque en effet déjà le village de « Villers les pos ». L’activité semble s’être poursuivie presque sans interruption jusqu’au 19ème siècle. Vers 1820, une manufacture de faïence fut créée, elle périclita assez vite avant d’être relancée vers 1826 par Messieurs Fevret et Talon qui en firent la plus grosse faïencerie de la région. Selon les Statistiques de 1847, déjà citées pour la faïencerie de Premières, celle de Villers qui fonctionne avec 3 fours emploie 90 ouvriers, dont 46 hommes payés 1,75 F,  24 femmes payées 0,75 F et 20 enfants payés 0,50 F. Son chiffre d’affaires s’élève à 111 750 Francs, soit près de 2 fois celui de Premières à la même date. En 1856, elle fut reprise par la famille Roux et prit encore de plus vastes proportions en employant jusqu’à 200 ouvriers.

Longchamp, selon les mêmes Statistiques de 1847, réalise cette année-là un chiffre d’affaires de 16 950 Francs, soit environ 6 fois moins que celui de Villers et 3 fois moins que celui de Premières. La faïencerie possède 2 fours, emploie 41 ouvriers dont 26 hommes payés 1,80 F, 10 femmes payées 1 F et 5 enfants payés 0,50 F.

dsc0385b.jpgdsc0381b.jpgdsc0372b.jpg Les trois manufactures fabriquaient des produits similaires, essentiellement en faïence blanche à décor souvent bleu réalisé au pochoir. Leur marché était local : Dijon et les régions limitrophes. Selon un catalogue de la faïencerie de Premières, non daté mais probablement du milieu du 19ème siècle, le prix des assiettes variait entre 1,10 et 1,30 Francs selon leur taille et selon que l’assiette était peinte ou non. Ces prix  étaient de moitié moins élevés que ceux  du début de siècle, probablement parce que les progrès de productivité avaient été intenses d’une période à l’autre (de gauche à droite, assiettes de Villers-les-Pots, Longchamp et Premières).

img4280amodifi1.jpg imgp2468b.jpg En 1862, J-B. Phal agrandit la manufacture de Longchamp. Son fils lui succède en 1866. Deux ans plus tard, il cède la faïencerie à Robert et Marcel Charbonnier tout en conservant l’exploitation de la tuilerie. Il fallut peu de temps aux Charbonnier pour devancer leurs deux voisines. La mise au point  d’une pâte blanche par Mr Abington, un céramiste que Robert Charbonnier avait fait venir d’Angleterre, fit définitivement passer Longchamp de l’âge artisanal à l’ère industrielle. En 1880, la Société anonyme des faïences de Bourgogne à Longchamp employait 300 personnes, « 130 femmes, 170 hommes, pas d’étrangers ». Deux ans auparavant, la faïencerie avait été médaillée à l’Exposition Universelle de Paris.

En 1880, les services de la préfecture écrivent ceci :   » La nature du sol a permis la création de plusieurs grandes fabriques de poterie. La faïencerie a été porté à un tel degré de perfection que l’on est parvenu non seulement à imiter les faïences antiques mais aussi à donner des produits très remarquables. Les fabriques de Premières, de Longchamp et de Villers-les-Pots offrent de réels chefs d’oeuvre aux amateurs de beaux et riches produits… ». ( Statistiques du département de la Côte d’Or, 1880). A cette date, les 3 faïenceries employaient 570 personnes.

Les faïenceries de Villers-Les-Pots et de Premières allaient sur leur déclin et devaient cesser leur activité au début du 20ème siècle.

A Longchamp, par contre, la grande aventure commençait, non sans soubresauts, ni tempêtes …

 

 

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         dessin à la plume « la Fayencerie à Longchamp » de Fyot de Mimeure (1846). 

      (source : Musée de la Vie Bourguignonne-Perrin de Puycousin – Dijon)

J’ai découvert ce dessin dans l’ouvrage de Jean Rosen. Le Musée de la Vie Bourguignonne, qui le détient, me l’a obligeamment transmis par voie numérique. Ce fut pour moi une heureuse surprise d’en découvrir l’existence et je pense qu’il en sera de même pour tous les lecteurs du Chardenois. Claude Fyot de Mimeure (1763-1849) a réalisé ce dessin  à hauteur approximative du château, au bord de la rue du Pont (aujourd’hui rue du Lycée). On devine le pont à droite du dessin juste avant la construction à la charpente apparente et l’Arnison qui coule en contrebas de la route avant de se perdre derrière le bosquet d’arbustes en bas à gauche. La perspective n’est pas bien respectée si bien que la Fayencerie est sur-dimensionnée par rapport au terrain qui descend en pente douce vers la « rivière » et qui, lui du coup, paraît sous-dimensionné. Ce terrain, c’est la Barbière (voir bulletin n° 6), sur  lequel Robert Charbonnier édifiera quelques années plus tard sa maison, « le Chalet ». Sur la reproduction du plan cadastral (ci-dessus dans le corps du texte) ont été indiqués en surimpression non seulement l’emplacement de la parcelle n° 415 mais aussi celui où Fyot de Mimeure a réalisé son dessin.

faenc14b.jpg Sur cette carte postale on voit la faïencerie côté rue du Faubourg, vers 1900, soit environ 60 ans après le dessin de Fyot de Mimeure. Il n’est pas impossible que le corps de bâtiment en brique soit celui construit par les Phal. En tout cas, les fenêtres sur la carte postale, arrondies au rez-de-chaussée, rectangulaires au 1er étage correspondent assez bien à celles du dessin de Fyot de Mimeure. 

livrerosen0001b.jpg couverture du livre de Jean Rosen, que l’on peut acheter sur internet ou chez l’auteur.

Les reproductions d’assiettes ou de marques de fabriques sont extraites de ce livre, à l’exception des 3 pièces ci-dessous :

img4280amodifi1.jpg imgp2468b.jpg  « ravissante coupe » présentée par Mamie Martin dans son article déjà cité (bull. n° 4) et datée de 1862 

pict0399bbb.jpg pict0401ba.jpg  assiette chinée par Marie-Hélène et Henri Froissart dans une brocante.

dsc0453b.jpg dsc0455b.jpg  assiette achetée sur ebay  par Gaëtan Moisand

 

Le livret écrit par tante Christiane,  « la Saga des Charbonnier-Moisand », est paru il y a exactement 10 ans. Je ne l’avais jamais relu depuis sa parution et l’ai ouvert parce que j’y cherchais des informations éventuelles sur « Tante Henriette ». J’y ai surtout (re)trouvé ce qui suit, à savoir la relation de la « création » de Longchamp par les frères Charbonnier. J’ai extrait les passages qui ont exclusivement pour thème cette création en éliminant toutes les digressions, de façon à mettre clairement  en parallèle l’article ci-dessus « 1830-1868 avant RC » et la relation des évènements qui, selon ma tante, ont conduit à la création de Longchamp. (Gaëtan Moisand)

 

dsc0092bb.jpg Une audace inouïe

                    Christiane Moisand Bernard (1912-2008)

 Le brillant jeune homme qui eut la géniale inspiration de « créer » Longchamp, venait de conquérir son diplôme de l’Ecole d’Agronomie de Grignon, lorsque, au hasard de ses recherches, il fut séduit par les grands bois, les prairies, la rivière, les étangs, le village, bref, tout ce qui lui permettait de lancer et développer l’exploitation agricole dont il rêvait. Bien que fils et petit-fils de militaires (son père, ancien commandant de la garde de Charles X, prit sa retraite à Versailles), Robert Charbonnier [puisque c’est de lui dont il s'agit] se plaisait infiniment dans le milieu rural. Chaleu­reux, fin, hospitalier, ouvert à tous, il avait le goût de la terre, adorait le cheval, la chasse.

 Les hasards de la vie l’avaient fait naître chez une tante, sa future marraine, qui habitait le petit château de Vougeot (pas celui des Tastevins, le plus « modeste »). C’est ainsi qu’il eut l’occasion, ses études terminées, d’entreprendre les recherches de son futur domaine, en Bourgogne, puis de s’y fixer, fier de son choix, ignorant tout de son incroyable et fabuleuse réussite future. Il s’installa tout d’abord, avec sa charmante jeune femme, Caroline, dans une agréable maisonnette, à l’entrée du village en 1867.

dsc0096b.jpg Caroline, dont la belle-mère, Claire Charbonnier, était la sœur de Robert, follement amoureuse de son futur époux, n’hésita pas à vendre la collection complète de tableaux signés d’artistes célèbres, qui représentait la dot léguée par son père, Charles Bercioux. Celui-ci, très fortuné, avait un goût très sûr, un sens artistique affirmé dans ses choix. Cette vente permit à Robert de réaliser l’acquisition des terres qu’il avait découvertes.

 Peu après son arrivée et la mise en route de l’exploitation agricole, Robert Charbonnier explora ses terres, il découvrit rapidement les ruines d’une tuilerie, sur la colline dominant le village, puis en contrebas, au bord de la rivière l’Arnison, une imposante abbaye, jadis construite et habitée par des Chartreux,… En suivant le cours de l’Arnison, Robert eut la stupéfaction de découvrir une poterie, sans doute bâtie très anciennement par les moines, très endommagée par le temps, intéressante cependant par ses  vestiges, témoignant de son passé actif au 17 ème siècle.

dsc0097b.jpg Marcel, jeune et brillant Centralien, frère aîné de Robert, ne tarda pas à lui rendre visite. Il fût, dès son arrivée, enthousiasmé par les perspectives de restauration et remise en marche de cette modeste poterie à demi écroulée. Il en parla à Robert qui donna sans tarder, avec joie, son accord, et partit sur-le-champ pour l’Angleterre, championne à l’époque de la porcelaine mêlée de faïence,  très finement décorée (le Wedgwood subsiste encore !). Marcel se plongea pendant 6 mois dans les études du céramiste accompli qu’il devint par la suite.

Pendant ce temps, son frère se livrait avec jubilation aux plaisirs variés de la vie à la campagne : coupes dans la forêt, entretien des prairies, élevage de poissons dans les étangs, et bien sûr, la distraction favorite, le cheval !…

Dès le retour de Marcel, accompagné de techniciens anglais, les deux frères décidèrent de se lancer dans l’aventure audacieuse qui leur valut, au cours des années, d’affronter les obstacles, de vaincre, avec témérité et courage, les difficultés – voire les catastrophes – auxquelles Robert fait allusion dans son testament ! 

 Il s’agissait, ni plus ni moins, d’avoir l’audace inouïe de « créer Longchamp » ! 

dsc0098bb.jpg Quelques lignes plus bas, Christiane écrit ceci :

Je dois ouvrir ici une parenthèse : avant de commencer ce récit, j’avais l’intention d’en être l’auteur anonyme !… Très vite et naturellement, j’ai employé le « je »… me référant à la tradition orale reçue de ma grand-mère et de mes parents, plutôt qu’à une documentation précise inexistante, hormis le testament de grand-père, récemment découvert. Ce qui me fera pardonner, je l’espère, par mes amis lecteurs, les lacunes, les erreurs, les confusions qu’ils vont sans doute constater au hasard de ces pages. Qu’ils aient l’indulgence de m’excuser, et la gentillesse d’apporter des corrections sans la moindre hésitation.

Cet article est illustré par des reproductions du dessin aquarellé d’un pichet au décor « glaïeuls » (1890-1900 env.) 

Doit-on opposer vérité historique et tradition orale ? Plus précisément, les faits historiques relatés dans l’article “1830-1868 avant RC”, doivent-ils  faire oublier la tradition orale telle que nous l’a transmise notre tante ?

Pour ma part, je ne le crois pas. Je pense au contraire que les 2 textes s’enrichissent mutuellement et que les corrections à la tradition, si elles s’avèrent nécessaires, ne doivent pas faire oublier celle-ci pour autant.

Il n’y a pas, dans le cas présent qui nous intéresse, de « vérité »  historique au sens absolu. Les documents concernant les faïenceries de la Forêt  de Longchamp au XIX ème siècle sont en effet très parcellaires : quelques  statistiques départementales ou nationales, des extraits de la matrice cadastrale, quelques écrits, un dessin de la Fayencerie de Longchamp de 1846, quelques pièces de faïence,…En conséquence,  l’énumération des faits est assez pauvre, elle est, de plus, froide et rébarbative. Au contraire, la tradition est riche de détails, elle est surtout vivante et explique mieux que n’importe quelle statistique ce qu’il a fallu de “témérité et de courage” pour développer et maintenir une faïencerie comme les Charbonnier ont su le faire.

La tradition telle que la rapporte notre tante a clairement pour but de mettre  en valeur l’ « audace inouïe » qu’ont eue les frères Charbonnier. Dans ce contexte, il était évidemment  tentant  d’affirmer qu’ils ont « créé » Longchamp ex nihilo : « En suivant le cours de l’Arnison, Robert eut la stupéfaction de découvrir une poterie, sans doute bâtie très anciennement par les moines, très endommagée, intéressante cependant par ses vestiges, témoignant de son passé actif au 17ème siècle ». Ce qui est stupéfiant en fait, c’est que Robert semble découvrir les ruines de cette poterie après avoir acheté ses terres : Il aurait donc acheté en aveugle !? Cà ne parait pas très vraisemblable. De plus, les documents historiques sont suffisamment nombreux pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’une ruine mais d’une faïencerie créée quelques années seulement avant l’arrivée des Charbonnier.

La tradition aurait pu s’en tenir à la vérité historique : le fait qu’ils aient racheté une faïencerie  préexistante n’enlève rien en effet  à leur mérite, d’autant qu’ils ont racheté une fabrique toute jeune et encore artisanale pour en faire en quelques années la faïencerie la plus importante de la région et bientôt la seule.

Un autre élément important de la tradition est de montrer que non seulement il y avait audace à créer Longchamp, mais que celle-ci fut « inouïe », parce que les frères Charbonnier n’y étaient pas du tout préparés. C’est le cas de Robert surtout, ingénieur agronome, amoureux de la terre, venu à Longchamp pour se consacrer à l’agriculture et à la chasse. C’est d’ailleurs, selon la tradition, Marcel, le frère centralien,  qui donne l’impulsion, qui part se former en Angleterre et revient avec des techniciens anglais. Pendant ce temps, Robert s’adonne aux plaisirs de la vie à la campagne ! Son mérite est donc d’autant plus grand et certainement plus grand que celui de son frère, parce qu’il était encore moins préparé que celui-ci et que c’est lui, malgré ces handicaps, qui est devenu le principal dirigeant de la faïencerie.

Même si la relation qui nous est faite des premières heures de la Faïencerie des Charbonnier a un caractère manifestement édifiant, je pense que la tradition rejoint ici l’histoire et qu’il fallait effectivement une audace inouïe pour se lancer dans pareille aventure sans y être préparé. Le fait qu’il n’y ait pas eu « création » à proprement parler ne nous oblige pas à requalifier à la baisse une pareille audace.

                                                                                                  

Gaëtan Moisand

NB : Arrivé à ce stade de mon cheminement, une évidence s’est imposée : seuls nos éminents généalogistes-archivistes, Geneviève et Daniel Moisand étaient susceptibles de dénouer les fils bien emmêlés de la tradition et de l’histoire à ce moment précis qu’est la « création » de Longchamp par les Charbonnier. Je suis donc allé frapper à leur porte et bien m’en a pris, car ils avaient déjà de la matière sur ce sujet et celle qui leur manquait, Daniel s’est proposé d’aller la chercher aux archives départementales et dans les offices notariaux de Dijon.

Il s’en suit cet article qui va nous permettre enfin de dénouer les fils entre « une tradition toujours très belle et une vérité historique toujours difficile  à cerner » selon les propres termes de Daniel lui-même.

pict0395b.jpg L’acte fondateur du 6 août 1868 et ses suites

                         Daniel Moisand

 

dsc0247b.jpg Une question se pose : qu’est-ce qui a amené Robert Charbonnier  à Longchamp ? Si nous pouvons suivre grâce à des documents historiques incontestables  l’évolution de Longchamp du temps de Robert Charbonnier, aucun document sauf la tradition familiale n’apporte de réponse à cette question. 

Robert en effet passe son adolescence à Paris et à Versailles et il est diplômé de l’école d’agriculture de Grignon, à l’ouest de Paris. Ceci dit, Robert est natif de Vougeot, en Côte d’Or, son père, Victor-Eugène, militaire de carrière, était en poste à Dijon et la famille était domiciliée chez Marie-Désirée Mauger, petite cousine de sa mère, demeurant à Vougeot. De plus, les origines des Charbonnier sont en grande partie bourguignonnes, en particulier Arc sur Tille, tout près de Longchamp. 

Toujours est-il que notre histoire commence en 1868, le 6 août précisément, avec  l’acte d’achat d’une faïencerie existante par Robert Charbonnier et son frère Marcel, tous deux déjà domiciliés à Longchamp. Il s’agit uniquement des bâtiments au cœur du village, rue du Faubourg (emplacement de la faïencerie actuelle), avec une usine et une maison, pas de terres. Robert a alors 22 ans, son père est mort un an plus tôt et l’achat sera financé grâce à sa succession.

Marcel  est né en 1839, il a donc 29 ans et est diplômé de Centrale ; il part aussitôt se former en Angleterre à Stoke-on-Trent ville du Staffordshire très connue aujourd’hui encore pour ses manufactures de faïence et de porcelaine (Wedwood notamment). Il revient quelques mois plus tard avec un technicien anglais du nom d’Abbington (déjà cité plus haut par Gaëtan), ce qui permettra de différencier très vite Longchamp de ses concurrents avec la faïence « fine ».

Robert va s’engager volontairement en août 1870, conduite héroïque sur le front qui lui vaudra la Légion d’Honneur le 5 mai 1871. En Septembre 1871, il épouse Caroline Glaçon-Bugny, âgée de 18 ans. 

photo012c.jpg Qui est Caroline ? Ses origines et une personnalité hors du commun mériteraient incontestablement une chronique entière, pour ici contentons-nous d’indiquer qu’elle est née à Paris en 1853 et déclarée d’une mère officielle certainement prête-nom et de père non dénommé bien que tout laisse supposer qu’il s’agit certainement de Jean-Charles Bercioux, notable parisien fortuné, qui en devient le tuteur et va l’élever. En 1866, ce dernier  épouse Claire Charbonnier, sœur aînée de Robert. Cinq ans plus tard en 1871, par son mariage avec Robert, Caroline devient donc la belle-sœur de son propre père ou la belle-sœur de sa belle-mère, comme vous préfèrerez ! 

Le contrat de mariage de Caroline et Robert montre des apports à peu près égaux, Robert  met dans la corbeille sa part de l’usine, évaluée à environ 45 000 F et Caroline, dont la dot est constituée par JC Bercioux,  apporte la même somme en créances « d’un recouvrement certain ». Le jeune couple s’installe à Longchamp, a priori dans la maison dépendant de l’usine, rue du Faubourg, c’est en tout cas là qu’ils sont domiciliés lors du recensement de 1872, avec Marcel et 2 domestiques. 

brevetphotochrosie01b.jpg Sous l’impulsion des 2 frères, l’affaire va rapidement se développer, avec des capitaux qui resteront familiaux, du moins jusqu’en 1880, sous la forme d’une Société en Nom Collectif, Charbonnier Frères. Marcel et Robert mettent au point un procédé, intitulé  « photochrosie » permettant la décoration des faïences et des émaux par photographie et déposent un brevet d’exploitation le 10 novembre 1875, ce procédé sera vite amélioré et des certificats d’addition au brevet seront établis en 1876 et 1877 et va permettre un développement rapide de l’usine

En 1880, la Faïencerie compte 300 ouvriers. Mais les années 1880 s’avèrent difficiles, l’ancien four fonctionnant au bois (la forêt de Longchamp est une des plus vastes de la région) doit être remplacé par un plus moderne, mais fonctionnant avec du charbon qu’il faut faire venir par train (la gare de Genlis est à 6 km), une concurrence étrangère accrue, principalement allemande, une matière première importée devenue très coûteuse,  autant de raisons qui  décident Robert et Marcel à faire appel à des capitaux extérieurs, d’abord le 12 avril 1880 avec la création d’une Société en Commandite par actions, puis le 27 octobre 1881, une Société Anonyme au capital de 600 000 F, les Faïenceries de Bourgogne, dont Robert détiendra 20 % des actions. 

Cette S.A. ne permettra malheureusement pas de trouver une solution au ralentissement économique de l’époque  et elle va bientôt être mise en liquidation ; tous ses actifs mobiliers et immobiliers seront alors rachetés par Robert  le 6 mai 1887 moyennant un prix de 70 000 F (30 000 F payable comptant et 40 000 dans un délai de 4 ans). Comparé au montant du capital initial de la société fondée en 1881, la perte en 6 ans a été impressionnante. 

La forme juridique des Faïenceries n’évoluera plus jusqu’au décès de Robert en 1905 qui devient donc seul propriétaire ; en 1897, Robert est élu maire de Longchamp, fonction qu’il conservera jusqu’à son décès et qui sera reprise après par son fils René. 

dsc0248b.jpg Marcel, quant à lui, va vivre quelque temps dans les Vosges (là où son père, Victor Eugène, est décédé 20 ans plus tôt) puis il revient à Longchamp (au recensement de 1901, il est déclaré habiter avec Robert et sa famille) ; en 1905, alors qu’il est nommé tuteur d’Hélène encore mineure après le décès de Robert, il habite 51 bis rue Cler à Paris (il s’agit de l’hôtel particulier de Bercioux, décédé lui-même en 1904), puis on perd sa trace jusqu’à son décès, en 1921, à 82 ans, chez Edouard Charbonnier à Salins. 

Les premiers achats de terre ont eu lieu en 1873, une parcelle sur Longchamp derrière l’usine, puis une autre à Labergement-Foigney en 1876 (qui sera revendue en 1901), mais les achats des terres vont avoir réellement lieu dans la période 1894 – 1898, avec, notamment, le Breuil (où se trouve actuellement le terrain de sport), le Pré-Rand, le grand pré de l’étang et plusieurs autres, ainsi que, le 13 septembre 1896, l’ancienne tuilerie (décrite plus haut par Gaëtan) et les terres avoisinantes. Pour cet achat effectué en adjudication, Robert, craignant peut-être de s’exposer, va faire enchérir un tiers, son garde-chasse,  puis il se substituera à lui dans l’acte d’acquisition. En plus des terres, Robert va acheter  à cette époque diverses maisons,  rue du Faubourg, rue du Pont et rue d’Auxonne. 

Comment peut-on expliquer ces achats, tous payés au comptant, alors que la situation de l’usine, les lettres retrouvées de plusieurs banquiers l’attestent, est loin d’être florissante ? La réponse est certainement dans la tradition familiale rapportée par Christiane, même si elle la situe mal dans le temps. Une partie importante des fonds provient certainement de dons de JC Bercioux à Caroline, notamment des tableaux, Mamie confirme que Bonne-Maman évoquera ces tableaux à plusieurs reprises devant ses enfants, un indice supplémentaire est l’additif au testament olographe de Robert, daté du 9 mars 1904, 18 mois avant son décès (et 6 mois avant celui de Bercioux), il écrit : Dans le cas où les avances faites à ma chère épouse par Monsieur Bercioux excèderaient au moment de son décès (décès de Monsieur Bercioux) la valeur d’une part revenant à chacun des 2 héritiers (NDLR : Bercioux a 2 enfants « officiels » avec Claire Charbonnier), je recommande à ma femme ou à ses enfants de prendre avec les héritiers Bercioux les dispositions nécessaires en continuant à payer les annuités dont il y aura lieu alors de fixer l’importance et la durée. 

pict0036bb.jpg Robert connaissant parfaitement la fortune conséquente de Bercioux, une pareille mise en garde ne peut être le fait du hasard, elle stipule l’importance des dons reçus par Caroline. Toutefois, la déclaration de succession de Bercioux, faite en juillet 1905 aux Hypothèques à Paris, ne relate rien de ces dons éventuels – une réponse à ce problème est peut-être contenue dans l’acte notarié de partage de la succession, établi quelques jours avant la déclaration ci-dessus, et qu’il  nous faudra rechercher au centre des Archives Nationales à Paris. 

Au décès de Robert, tous les biens sont stipulés appartenir à la Communauté, il n’est rapporté aucun bien personnel, ils feront l’objet d’un inventaire par huissier le 3 octobre 1905. Suivant le testament de Robert cité plus haut, tout restera en l’état, il n’y aura pas de partage, Caroline est usufruitière de toute la succession et elle devient gérante des Faïenceries, dirigées en pratique par ses fils René et Edouard, du moins jusqu’au grand « clash » de 1909 entre Caroline et ses fils, clash qui va amener Gaëtan à prendre la direction de l’usine, mais cela sort du cadre de cette chronique … 

 

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dsc0367bb.jpg Mon vieux piano du Chardenois 

                                   Marie-Thérèse Moisand Pruvost 

                                  (photo de titre : le piano aujourd’hui à Chambourcy)

                                 Objets inanimés, avez-vous donc une âme, 

                        Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?…” 

                        (Lamartine / Milly ou la terre natale / Harmonies poétiques et religieuses)

 

dsc0365bbb.jpg Mon cher vieux piano, 

 Une fois la Villa du Chardenois construite (1920), mon père, Gaëtan, pour combler sa femme, décida de lui acheter un piano digne de ses talents de musicienne. C’est à Paris, bien sûr, qu’il te trouva, à la maison Erard, une marque des plus prestigieuses de l’époque. 

C’est ainsi que tu arrivas à Longchamp et qu’on t’installa dans le grand salon de la maison. C’est là que commença ta vie dans une famille plutôt musicienne, mais bruyante et assez chahuteuse à ses heures. Dans mes premiers souvenirs, tu étais un instrument très respecté. D’abord parce que tu étais doté d’une sonorité particulièrement réussie, comme le déclara Mr Poyot, maître de chapelle à Dijon et professeur de mes sœurs aînées. Il venait d’acquérir un piano de la même série et t’enviait à cause de ta belle   sonorité. Mais aussi parce que tu étais réservé aux artistes : Maman, en premier lieu, ainsi que des amies et des tantes  talentueuses : Madame Lestelle par exemple, ou encore tante Hélène, la femme du frère de papa, Henri ; également la soeur de maman, Henriette, dont je reparlerai plus loin. Combien de “4 mains”, symphonies de Beethoven ou de Schubert, ont bercé mes oreilles d’enfant.

img0006b.jpg Maman accompagnait au piano de grands artistes, telle notre cousine Simone, la femme de Maurice Queille. Elle était violoniste, 1er Prix du Conservatoire de Paris. Simone avait un charme qui nous impressionnait, elle dansait avec son violon. Quelle chance d’avoir de tels concerts à domicile. Je me souviens notamment de la sonate pour violon et piano  de César Franck.

Théoriquement les enfants devaient jouer sur le piano d’étude, un Erard droit, qui était dans le “fumoir”. Cependant, dès que je pouvais m’infiltrer dans le salon, je prenais une méthode déchirée, venant de ma grand-mère et laborieusement j’apprenais à lire mes notes avec les numéros au-dessus de celles-ci. Bien que je ne suive pas de leçons, la Reine mère de la maison ne doutait de rien. Un jour elle sortit un 4 mains de Diabelli et me tint ce discours : « Je crois entendre que tu connais tes notes. Essayons donc de jouer cette sonate ». Au bout de quelques mesures, j’étais perdue. «  Il faut te rattraper, te débrouiller ! » me disait-elle. Certes, il n’y a sans doute rien de mieux pour apprendre, mais l’énergie et la confiance en soi de maman me désarçonnaient quelque peu. Je trouvais qu’elle était un peu dure. 

Cher piano, tu as participé à toutes nos joies et toutes nos peines. 

Je vois Papa, de  bonne humeur, qui s’approche de toi. Il est sans doute un peu lassé des classiques. Il entonne avec sa belle voix de stentor, puissante et très juste, les airs à la mode :   “Valentine, elle a de tout petits petons,…”  ou “Viens poupoule, viens”. A sa femme d’improviser un accompagnement ! Cette scène nous enchantait. 

028b.jpg Tout se passait près de toi, les scènes les plus variées… Des réceptions de grande classe avec le Préfet de Dijon, l’évêque, le chanoine Kir, les aristocrates du coin. Et aussi les acheteurs  ou les représentants de l’usine.  Comme nous, tu étais habitué à tout, c’était très enrichissant. Je vois encore une réunion de curés du voisinage ou de pères jésuites avec leurs soutanes. En général, ces jours-là, tu restais muet, ces messieurs cultivés étaient plus intéressés par les conversations de papa que par les auditions de Chopin.

Moments tristes et heureux, nous les avons partagés avec toi. Je me souviens de l’émotion de nous tous réunis dans le salon quand Robert a fait une apparition  après l’annonce de la terrible maladie de Papa. Que de larmes ce jour-là.  Il en fut de même quand André revint d’Algérie. 

Mon cher piano, pendant les années de guerre, tu t’es bien reposé ! Il faisait froid et nous n’avions pas de chauffage. Le salon était fermé. Et puis la Villa était occupée par plus de vingt Allemands, nous n’avions pas trop le coeur à jouer. Un jour d’été où Maman malgré tout s’était mise au piano, un officier allemand était venu la féliciter, il n’en croyait pas ses yeux et ses oreilles : une Française jouant si bien sur un instrument si merveilleux !

Je jouais moi aussi, de temps à autre, mais j’étais si peu encouragée que les progrès étaient plutôt lents. J’étais quand même stimulée par le plaisir de transmettre mon maigre savoir. Les petites nièces ont été mes premières élèves, souvent douées mais le plus souvent attirées par les jeux de leur âge. Puis ce fut le tour de la fille du boulanger, “la Paulette”, consciencieuse et appliquée. Récemment encore, elle m’a exprimé son émotion de venir dans cette grande maison poser ses doigts sur notre ami Erard ! De mon côté, j’étais impressionnée de passer pour un “professeur” qui n’en était guère digne ! Malgré tout, cette fameuse Paulette s’est mise à l’orgue et joue tous les offices de la paroisse et des paroisses voisines.

Mon cher Erard, après la mort de papa, tu t’es démocratisé. Papa n’était plus là pour faire en sorte que le salon ne soit sans cesse envahi… Tous les doigts de la famille se sont posés sur tes touches. De loin, on reconnaissait le pianiste : Henri et la première valse de Beethoven ; André spécialiste des airs de Noël (notamment “ il est né le divin enfant”) ; Robert, ancien violoniste, cherchant un accompagnateur complaisant : il  prenait le violoncelle de Mamie  et jouait quelques airs connus comme la truite de Schubert. Il finissait par trouver sur les cordes la note juste, mais cela se terminait toujours en rigolade et la pianiste n’avait plus qu’à s’arrêter là.  A Noël, les garçons allaient décrocher des instruments de la Fanfare, une pianiste essayait parfois, sans grand succès, d’accompagner cette cacophonie !

Cette époque de la grande “démocratisation” fut aussi celle de tante Henriette (voir note en fin de bulletin). Chaque dimanche soir, elle attirait ”les foules” lorsqu’elle  s’installait au piano. Elle savait en gros ce qui se passerait, mais elle devait y trouver un certain plaisir. Sur le pupitre, c’était le plus  souvent “Brave marin revient de guerre”. La partition tombait ! Elle menaçait de ne pas continuer, mais la scène se répétait pourtant un certain nombre de fois. Les jours de grand délire, son chignon tombait lamentablement, le clavier se dérobait sous ses doigts, le paroxysme fut atteint lorsque ses jambes furent piquées par des branches de houx tenues par une petite main qui se reconnaîtra certainement en lisant ces lignes ! Il y eut des jours plus sérieux où elle nous jouait sa composition, une marche royale pour le sacre du prochain Bourbon qui était censé revenir sur le trône. Elle faisait danser les filles sur des airs de Lully. Si maman jouait, elle lui disait : « tu vas le casser ton piano ». Elle était, bien sûr,  jalouse de maman.

Jeune fille, après la guerre, je me rapprochai davantage de toi. Je pris le temps de jouer beaucoup plus. J’eus la chance d’accompagner, toutes les matinées du samedi, Mr Martenot : ancien commandant de musique militaire, c’était un remarquable violoncelliste, dont la belle sonorité était très émouvante. Les sonates pour piano et violon, celles de Beethoven entre autres, faisaient partie du programme. Combien je regrettais de n’avoir pu travailler ma « technique » plus tôt. Ce fut pourtant des instants de bonheur.

A cette époque, tu fus très occupé, non seulement parce que je jouais souvent, mais aussi parce que  maman, plutôt que se déplacer  comme elle le faisait par le passé quand elle était moins fatiguée, faisait  venir les jeunes filles de la Chorale à la maison pour répéter ; elle donnait des leçons particulières pour soprani ou alti en les accompagnant au piano.

C’est à cette époque que j’ai eu la chance de rencontrer mon cher Jean-Marie. Lorsqu’il m’écrivait ses premières lettres, Eva, la cuisinière de la Villa, qui habituellement ne quittait pas sa cuisine, frappait à la porte du salon. Avec son air de paysanne futée, elle me clamait : « Encore une lettre de la place Victor-Hugo !». Elle avait tout deviné… Affichant un air désintéressé, je reprenais mon étude !  

Puis vint l’époque des fiançailles et des mariages où tu faisais partie de la fête. Accompagné de corbeilles de fleurs, tu avais belle allure, l’allure des jours heureux. Je découvris à cette époque les talents cachés de mon fiancé. Son excellente oreille lui permettait de jouer sans partition les airs à la mode, comme ”la mer” de Charles Trenet. 

Les années passèrent, mais tu fus rarement abandonné. Maman continuait à jouer régulièrement ainsi que des amis, des membres de la famille, des enfants et petits-enfants. Parmi eux, Marcel Girard, excellent musicien, avait eu le courage d’entreprendre des 4 mains avec maman. Je dis “courage”, car il fallait voir la rapidité de déchiffrage de la Reine. De plus, son enthousiasme l’entraînant, elle envahissait peu à peu la banquette, le pauvre Marcel risquant à chaque instant de tomber à terre !

Mais il faut bien tourner les pages… 

Un jour de juin 1964, Mamie me téléphona en m’annonçant la gravité de l’état de santé de notre chère maman. Nous l’avons trouvée couchée dans un lit installé près de toi au salon. Là même où Papa avait reposé après sa mort, des années auparavant. Après le dîner, je me trouvai seule un moment avec notre grande malade. Sur le pupitre se trouvait encore le recueil des préludes de Bach, dont elle s’était servie quelques heures avant son malaise. Elle me dit alors : “Tu peux fermer ce livre. Je ne jouerai plus”. 

 026.jpg Le lendemain elle fit venir Paulette, lui demandant avec insistance de jouer son enterrement. Puis ce fut le tour de Germaine Royer, la chef de l’atelier de peinture. Elle lui expliqua comment faire la bordure d’une fontaine créée à l’occasion de la foire de Dijon. Dans la soirée, ses malaises s’aggravèrent, elle nous fit ses recommandations : “Mes enfants, je n’ai pas fait de testament, celui de mon père fut si mal respecté… Aimez-vous les uns les autres.” Puis, après un silence poignant : “C’est merveilleux, cette envolée vers le ciel… Ce qui est dur, c’est de vous quitter.” 

Elle ajouta un peu plus tard : “Au revoir mon vieux piano, je t’ai tant aimé.”

Après la mort de maman, c’est moi qui ai hérité de toi.  Le temps défile vite : tu as désormais passé plus de temps auprès de moi que tu n’en as passé au Chardenois. Auprès de moi, de Jean-Marie, de mes enfants et de mes petits-enfants…Tu as été soigné, respecté, aimé. Intensément. Tu as embelli nos fêtes, celles de Noël notamment où tu étais joué presque toute la journée. Tu nous as ainsi permis de vivre de grands moments de bonheur.

Mon cher piano, tu es devenu le meilleur ami de notre foyer… Mais ceci est une autre histoire qui n’intéresse pas tous  les lecteurs du Chardenois et que j’écrirai bientôt pour mes enfants et petits-enfants.. 

 

img0006b.jpg Simone Queille devant la porte d’entrée de la Villa. Simili-gravure extraite d’un article de la revue « Le Miroir Dijonnais et de Bourgogne » consacré à la grande fête de Longchamp d’avril 1929

028b.jpg Devant la même porte d’entrée, en bas des marches, deux pères jésuites et Gaëtan ; sur les marches, assis, Maurice Queille, debout, selon Marie-Thé, Edouard Queille, le jeune frère de la mère de Gaëtan et du père de Maurice ; contre la porte, de g. à dr. Caroline et deux de ses filles, Juliette et Hélène. Toujours selon Marie-Thé, la photo date de 1928, parce que Hélène est enceinte de … Marie-Thé !

026.jpg Germaine Royer et Hélène à l’atelier de peinture. Sans doute, la dernière photo de la Reine

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mois0173b.jpg Tante Henriette

                  Note de la rédaction

 

Il ne s’agit pas ici de présenter une biographie exhaustive de Tante Henriette, d’autant que ceux qui l’ont connue ont tous des idées bien précises sur le sujet et plein d’anecdotes à raconter. Il s’agit plutôt de mettre en perspective, surtout pour ceux qui ne l’ont pas connue, les « séances très spéciales » qu’a vécues Tante Henriette vers la fin de sa vie, comme celles relatées par Marie-Thé lorsque la tante jouait au piano.

Deuxième enfant de Caroline et Robert Charbonnier, Henriette est née à Longchamp le 8 octobre 1873. Hélène, la petite dernière, est de 13 ans sa cadette. En 1909, peu d’années après la mort de Robert, face à la gestion calamiteuse de la Faïencerie par les fils René et Edouard, leur mère décide de faire appel à ses gendres, Marcel Joran, époux de Juliette, la fille aînée, et Gaëtan, dont le mariage avec Hélène remonte à un an à peine. Henriette, de facto, se retrouve du côté de ses frères, lesquels vont acheter et exploiter une Faïencerie à Salins au pied du Jura.

001bmodifi1.jpg Henriette s’est mariée avec Jules Bos le 8 août 1897 ( la photo ci-contre les montre sur le perron du chalet ce jour-là). Le jour où elle apprend la mort de son mari dans les  premiers combats de la guerre de 14, elle dira selon la tradition familiale : « Il m’avait donné l’amour, il vient de me donner la gloire ».  Il y a lieu de noter ici que Caroline n’avait pas fait appel au mari d’Henriette en 1909 sans doute parce qu’il était militaire de carrière et aurait refusé la proposition. Devenue veuve, sans enfants, Henriette va avoir une existence difficile, d’autant plus qu’une bonne part de sa fortune a été captée par le parti royaliste, toujours selon la tradition familiale. Laquelle prétend également qu’elle vécut à Paris non loin des colonnes du Trône pour y attendre le retour (hypothétique !) du roi. Après Paris, elle ira trouver refuge chez son frère Edouard à Salins. Celui-ci l’amena un jour à Longchamp vers la fin des années 40 pour qu’elle y fasse un court séjour. Elle y restera… jusqu’à sa mort en 1955.

« Fière, virile, sûre d’elle-même, entreprenante… », selon les mots de Christiane (in la Saga des Charbonnier-Moisand, avril 2001), ces qualificatifs ne paraissent pas usurpés si l’on connait la lettre qu’adresse son père à Henriette 3 mois avant son mariage : « Je suis bien aise que tu commences à t’apprivoiser et je suis obligé d’avouer que si ce résultat est réel, il fait honneur aux mérites et à l’habileté du dompteur qui a entrepris ce travail herculéen ! ». Le dompteur était son futur mari.

Sans doute aigrie par une vie difficile et par son retour non voulu à Longchamp, volontiers hostile et jalouse de tout ce qui a trait aux Moisand, elle devient par contrecoup la tête de turc des enfants de la Reine (et des petits-enfants aussi !). Comme le note Marie-Thé à propos du piano, elle semble prendre plaisir à cette situation, certainement pas par masochisme, mais plus sûrement par goût du panache. Les séances au piano ne furent pas les seules qu’elle rechercha (… ou qu’elle eut à subir !). Il y en eut bien d’autres…

Cette note ne serait pas complète si l’on omettait de mentionner les talents de sculpteur d’Henriette, comme on peut le voir sur ces photos de la statue de Sainte-Anne et de Marie enfant  prises  à l’église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou à Paris . Le mieux, bien sûr, est de s’y rendre, la statue est dans le transept droit de cette église où se sont mariés Caroline et Robert Charbonnier en 1871. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’elle fit don de cette statue à cette église, mais plus sûrement en souvenir du mariage de ses parents en ces lieux.

Que sont devenues les oeuvres d’Henriette ? Peut-être certains lecteurs du Chardenois ont-ils la réponse. Les mêmes ou d’autres se souviennent peut-être de la statue, exposée un certain temps à la Villa et qu’Henriette appelait comme le rappelle Marie-Thé : « Vers l’infini ».

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19370001modifi2bmodifi1.jpg Carnet de famille

p0634b.jpg Ambre est née le 15 janvier 2011

Elle est la fille de Céline Gresset Persico et de Jean-Charles Persico, la petite fille d’Elisabeth Moisand Gresset et de Jacques Gresset, l’arrière-petite fille de Denise Duffour Moisand (†) et de Robert Moisand (†).

alban.jpeg Alban est né le 17 mars 2011

Il est le fils de Solène Petit Chaignon et de Frédéric Chaignon, le petit-fils de Christine Pruvost Petit et de Patrick Petit, l’arrière-petit-fils de Marie-Thérèse Moisand Pruvost et de Jean-Marie Pruvost(†). 

 

 

 

 

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cardrerecto.jpg Petite annonce

 Sur ebay,  une annonce datant de fin 2010 … Oui, une annonce et non pas une vente aux enchères ! C’est original et ça méritait qu’on s’y arrête, d’autant plus que l’annonce concerne un vieux service de Longchamp.

 cardreverso.jpg Recherche désespérément tout élément pour compléter le service de table de ma grand-mère décédée (je n’ai que 5 assiettes plates) -tellement de souvenirs d’enfance dans ces assiettes- de la fabrique Longchamp, modèle Cardère, porcelaine terre de fer. Longchamp a fermé ses portes et malgré mes incessantes recherches je n’ai même pas vu en photo ce modèle sur le net!… Alors, je compte sur vous pour me donner des infos ou pour me céder à bon prix les assiettes, plats, raviers, soupière… dont vous pourriez disposer. D’avance un grand merci pour votre aide !   

Voici le mail envoyé, via ebay,  à l’auteur de l’annonce (6/01/11

Bonjour, je suis l’arrière petit-fils du fondateur des Faïenceries de Longchamp. Il s’appelait Robert Charbonnier, dont les initiales RC se retrouvent au dos de votre assiette entre le nom du service, Cardère, et le nom de la fabrique, Longchamp. Il n’est pas étonnant que vous n’ayez pas trouvé à ce jour de pièces de ce service : il a dû être très peu commercialisé et doit être très rare. Moi-même je le découvre grâce à vous ! Il est possible de diffuser votre annonce dans notre blog familial « le chardenois » que vous pouvez découvrir sur internet (via google, vous tapez chardenois, la 1ère rubrique qui apparait, c’est nous), mais le prochain bulletin est prévu pour avril : il faudra donc patienter si cela vous intéresse qu’on diffuse votre message !  Gaëtan Moisand

 Réponse de Muriel (backtofactory@gmail.com) le 8/01/11

Je vous remercie vivement pour votre mail et toutes les informations qu’il contient… et comprends mieux maintenant pourquoi j’ai tant de mal à reconstituer ce service de table! Vous êtes la première personne qui m’apporte quelques éclairages et ne suis qu’à moitié surprise que vous ignoriez jusqu’à son existence car il semble effectivement très rare. Dommage, car il semblerait que j’aurai beaucoup de mal à trouver quelques pièces… J’accepte avec plaisir votre aimable proposition de faire paraître mon annonce dans votre blog familial et me tiens à votre disposition dès que cela sera envisageable. Si toutefois, il s’avère que cette entreprise est vouée à l’échec et que vous souhaitiez inclure ce modèle lors d’une exposition sur la faïencerie de Longchamp, je suis tout à fait disposée à vous le confier voire même à m’en séparer.  Je n’ai que 5 assiettes plates… 

Si un lecteur du Chardenois  peut répondre d’une façon ou d’une autre aux préoccupations de Muriel, qu’il n’hésite pas !   

                                              Deuxième anniversaire                                           

    Avril 2009 – Avril 2011  

     

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bulletin n° 7 ** décembre 2010 ** fondateur : Philippe Moisand

 

dsc0417dd.jpg Edito                                                                 

                      Philippe Moisand  

 Chacun s’en est donc retourné chez lui, la tête pleine de souvenirs et d’émotion après cette belle fête qui nous a (presque) tous réunis. Ce fut une grande réussite, rendue plus belle encore par le beau temps enfin revenu. Nul doute que Bonne Maman a fait là haut ce qu’il fallait, aidée par les prières des Clarisses de Poligny que nous ne manquons jamais de solliciter dans ces occasions. On ne remerciera jamais assez Mamie d’avoir été l’inspiratrice et le moteur inconditionnel du projet, en dépit des difficultés que nous avons rencontrées en cours de route. Mais il faut aussi féliciter chacun d’entre vous d’avoir répondu présent et d’avoir activement et chaleureusement participé. Dès le regroupement devant le lycée Henry Moisand, j’ai senti la joie et le bonheur de chacun de se retrouver après, bien souvent, de longues années. Le ton était donné, la fête pouvait commencer.     Pour prolonger encore un peu le plaisir, je vous propose de vous faire découvrir les dessous de l’organisation tels que je les ai vécus, puis de revenir avec Catherine Allainé Moisand sur la journée du samedi (dommage qu’elle ait été absente le dimanche) et enfin de partager avec Mylène Duffour Froissart ce petit brin de nostalgie inhérent à toutes les réunions de ce genre. Mais il nous faut aussi reprendre le cours normal de notre Bulletin. Vous ne serez pas surpris de retrouver trois de nos rédacteurs assidus, en l’occurrence Mylène Froissart (coucou la revoilà !) qui nous parle de ses souvenirs de guerre, Geneviève Moisand qui poursuit l’histoire de la famille Moisand et Gaëtan Moisand junior qui revient sur la collaboration de Robert Picault avec les Faïenceries de Longchamp, grâce à l’aide précieuse de la fille de ce dernier, Anne Aureillan. 

Bon Noël à tous.

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001b.jpg  Les tribulations d’un organisateur de cousinade
 
                                  

                                     Philippe Moisand                                                                    

                                     Photo de titre : le comité d’organisation presqu’au complet. Longchamp 5 sept. 2010

Ce n’est pas une mince affaire que de se lancer dans une telle aventure. Le premier moment d’excitation passé après l’euphorie de la décision, toute une série de questions vous viennent à l’esprit qui sont autant de préoccupations sur le bien fondé de la démarche et sur les chances de succès de sa réalisation. J’étais personnellement d’autant plus soucieux que le lieu choisi ne pouvait être que Longchamp et que je me trouvais donc, avec mes frères et soeur, en première ligne. Deux déjeuners, au demeurant fort sympathiques, le premier chez Marie-France Lucet et le second chez Mamie Martin, m’ont convaincu qu’ il y avait suffisamment de motivation dans l’équipe pour cesser de tergiverser et de se mettre tous au travail. 

Le comité d’organisation 

Rien n’aurait pu se faire si, dès le départ, ne s’était constituée une véritable équipe au sein de laquelle chacune des huit branches devait être représentée. Choisir ces représentants fut une tâche délicate, mais finalement assez aisée tant les choix s’imposaient d’eux mêmes. Guy Moisand, parce qu’il habite (presque) sur place et qu’il a acquis une grande expérience de ce genre d’évènement dans sa belle famille. Mylène Duffour/Froissart, parce qu’elle est l’aînée des Duffour et qu’elle a, dit-on, beaucoup de temps disponible. Annie Bernard/Andrier, parce qu’il lui fallait bien reprendre le flambeau de sa fille Isabelle, co-inspiratrice du projet et trop occupée par son travail et sa petite famille. Votre serviteur, parce qu’il n’a rien d’autre à faire. Daniel Moisand, parce qu’il est l’incontournable généalogiste/historiographe de la famille. Catherine Thomas/Moisand, parce qu’elle cherchait l’occasion de s’échapper de temps en temps de son Béarn pour se rapprocher de sa famille. Christine Pruvost/Petit, parce qu’elle était visiblement très motivée. Quant à Mamie Martin, vous avez tous deviné pourquoi elle n’a laissé à aucun de ses enfants le soin de représenter sa branche. Je ne serais pas honnête si j’omettais, dans cette longue énumération, les conjoints des uns et des autres qui ont participé sans rechigner, je dirais même avec un plaisir évident, à nos travaux. 

Vous dire que nos réunions périodiques étaient perçues comme un pensum serait clairement mentir. Je me faisais personnellement une joie de retrouver toute l’équipe chez les uns et les autres, à tour de rôle, pour un long déjeuner de travail pour lequel les maîtresses de maison faisaient assaut d’imagination et de talents culinaires. Nous en venions même parfois à nous dire que, même si nous ne pouvions mener à bien notre projet, nous aurions au moins profité de ces belles retrouvailles gastronomiques. 

Le nerf de la guerre 

 Pour autant, la vie ne fut pas rose tous les jours. Il fallut bien s’attaquer aux vrais sujets, et en premier lieu le plus important. Sachez à ce propos que la cousinade a ceci de particulier, par rapport notamment à un mariage, que vous devez faire payer vos invités. Situation d’autant plus délicate que vous ne pouvez pas fixer le prix sans connaître le nombre de participants et que les candidats potentiels ne se déclarent pas nécessairement tant qu’ils ne connaissent pas le prix. Equation à deux inconnues que nous étions bien en peine de résoudre scientifiquement, mais que nous avons traitée de façon très pragmatique. 

Le seul inconvénient de cette méthode est qu’elle vous laisse jusqu’au bout dans l’incertitude du résultat: pourrions-nous couvrir nos frais ou faudrait-il demander une petite rallonge après la fête? Dieu merci, votre sobriété nous a sauvés: la consommation, finalement très raisonnable, de vins et alcools a laissé d’importants excédents de bouteilles dont le rachat par les membres du comité est venu fort opportunément boucher le trou qui nous menaçait. 

Mais il nous a fallu, pour en arriver là, bâtir un budget, fixer les tarifs en fonction de l’âge des participants, prévoir une décote pour ceux qui ne pouvaient être présents que le samedi ou le dimanche, collecter les fonds et les imputer correctement aux cotisants. Bref, un véritable travail de bénédictin pour lequel j’ai pu bénéficier de l’aide précieuse de Daniel. 

Dani et Ginette 

Vous les avez certainement vus le samedi matin, assis à la table de contrôle, fouillant fébrilement dans leurs listes d’inscrits pour faire payer ceux qui n’avaient pas encore réglé leurs cotisations et distribuer les badges. Comment s’y retrouver dans ce flot de passants piailleurs et indisciplinés, tout à la joie de se retrouver sur le site familial? La bonne humeur et la bonne volonté de chacun aidant, ils ont fini par s’acquitter très proprement de leur tâche et de remettre au trésorier une recette tout à fait respectable. 

Mais le gros de leur travail se situe en amont. Il faut leur savoir gré de l’infinie patience dont ils ont fait preuve pour rassembler un à un tous les éléments d’information dont ils avaient besoin pour mettre à jour les arbres généalogiques que vous avez découverts sous la tente, pour y ajouter la photo de chacun, pour éditer la liste des participants et pour produire les badges. Que d’échanges de courriels avec les responsables des branches pour corriger les erreurs, récupérer une photo manquante, vérifier jusqu’au dernier jour la liste des participants qui changeait à chaque instant! Sans compter les explications qu’il a fallu fournir à certains qui ne voulaient voir ni leur photo, ni même leur nom sur un document susceptible de se retrouver sur la toile. Ils ont bien mérité de la famille. 

Ite missa est 

Eh bien non, il n’y eut pas de messe ce dimanche de septembre à Longchamp et ce fut très bien ainsi. Car la célébration qui en tint lieu, parfaitement orchestrée par Florence et Xavier, fut un grand moment de recueillement et d’émotion. Mais que de prises de tête pour en arriver là. Jamais nous n’avions imaginé que tous les prêtres auxquels nous avions pensé pour célébrer la messe se trouveraient indisponibles ce jour là. L’affaire prit d’inquiétantes proportions. Certains ne pouvaient accepter un tel état de fait (Bonne Maman allait se retourner dans sa tombe!) et nous l’ont vertement fait savoir. Le prêtre du secteur, réalisant qu’il nous avait un peu brutalement refusé son concours, pris de remords, saisit son conseil paroissial au sein duquel s’instaura un vif débat sur la question. Mais aucune solution satisfaisante ne fut trouvée et l’on dut revenir à l’idée d’une célébration purement familiale, très tôt envisagée par le comité. Qui s’en plaindra au vu du résultat? Même pas Bonne Maman, j’en suis sûr.

 La tente 

Pas question bien entendu d’utiliser la villa pour accueillir tant de monde. Il nous fallait une tente que nous installerions au fond du parc. Sans trop savoir combien nous serions, Guy Moisand s’est attelé à la tâche. La tente qu’il avait choisie s’est finalement avérée un peu grande pour le nombre que nous étions. Mais nous avons été bien heureux, la fraicheur tombant brutalement sur nos épaules au cours du cocktail, de nous réfugier à l’intérieur sans avoir à toucher au bel ordonnancement de l’intérieur et à la superbe décoration des tables imaginée par Mamie.  Là aussi nous eûmes notre lot de petits soucis. Il nous fallut nous transformer en bucherons pour élaguer les branches d’arbres qui gênaient l’installation du monstre. Je revois encore Guy, armé d’une petite scie, escaladant l’échelle double et poursuivant son chemin, toujours plus haut, accroché aux branches, pour éliminer les derniers rameaux importuns. Souvenirs, souvenirs, je me croyais revenu à l’heureux temps de notre enfance (il y a près de 60 ans!) où nous bâtissions tous les deux des maisons dans les arbres. Il nous fallut aussi renouer avec notre voisin du chalet des relations qui s’étaient un peu tendues ces derniers temps. Car la livraison du matériel ne pouvait passer que par son portail. Ce fut un peu chaud par moment, car les camions de livraison écrasaient paraît-il ses fraisiers, mais tout est finalement rentré dans l’ordre.

 Je n’en finirais pas de vous conter par le menu les heurs et malheurs des organisateurs. Il faut pourtant une fin à tout, au risque de ne pas citer tout le monde. Sachez seulement, si vous ne l’aviez pas déjà ressenti à la lecture de ce qui précède, que ces mois qui précédèrent l’évènement furent pour nous de grands moments de bonheur et que (je crois ne trahir la pensée de personne) aucun d’entre nous n’aurait donné sa place pour un empire! 

 

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              dsc0070bb.jpg La cousinade vue par **

                                           * Catherine Allainé Moisand 

  

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En ce week-end de Journées du Patrimoine, nous avions rendez-vous, non pas avec un monument historique anonyme, mais avec un lieu mythique, berceau de la famille Moisand, pour une Cousinade géante et donc pour des (re)trouvailles, des (re)connaissances et des (re)découvertes. Il s’agissait d’assister à la réunion dans la propriété familiale de Longchamp des descendants d’Hélène Charbonnier et de Gaëtan Moisand. 

  19370001modifi2bbb.jpg  Gaëtan et Hélène ont eu 8 enfants entre 1909 et 1931 dont Marcel, le grand-père de Frédéric (ce dernier étant le mari de l’auteure de l’article. NDLR), 6ème dans la fratrie, né en 1921. Ceux-ci ont eu respectivement 7, 6, 4, 8, 5, 6, 4 et 4 enfants…soit 44 petits-enfants. Le nombre d’ arrière-petits-enfants de notre génération s’élève par branche à 22, 19, 19, 9, 10, 15, 15, 13 soit 122 et la génération des arrière-arrière-petits-enfants atteint déjà 151 représentants : 32, 42, 40, 15, 3, 11, 8. On arrive ainsi à un total de 325 descendants directs auxquels il convient d’ajouter les “pièces rapportées” selon la délicieuse expression en vigueur dans la famille pour atteindre le nombre respectable de 493.  

Nous n’étions “que” 294 inscrits et c’est une foule joyeuse de 0 à 84 ans qui a envahi le parc de la Villa heureusement baigné de soleil en cette fin septembre. 

Nous avons commencé par une visite du Lycée de la Céramique Henry Moisand. Guidés par M. Berthet, Proviseur, nous avons pu découvrir les différents ateliers.  

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Le Lycée accueille 206 élèves en majorité bourguignons mais également lorrains ou bretons, attirés par des formations uniques en France. Les créations des élèves sont ancrées dans le passé de la Faïencerie pour acquérir le savoir-faire et les bases nécessaires mais aussi tournées vers l’avenir et la modernité pour s’insérer dans les exigences des différents métiers. 

sam04b.jpg pict0167b.jpg Nous avons ensuite gagné la villa construite en 1921 pour en explorer l’architecture et la somptueuse salle à manger qui accueillait facilement 25 convives à la grande époque. Nous avons poursuivi par un pique-nique dans le parc au cours duquel chaque branche a pu partager ses spécialités (j’ai goûté un délicieux jambon persillé et d’ excellentes terrines du Sud-Ouest). 

 Différentes animations étaient prévues pour agrémenter l’après-midi : pêche à la ligne pour les plus petits, diaporama présentant les photos marquantes de la vie de la famille, concert de musique classique donné au violon et au violoncelle par 2 jeunes virtuoses (1° prix du Conservatoire de Paris et de Londres), match de foot, speed-dating (dont le but était, comme son nom l’indique, de faire connaissance avec le maximum de personnes pendant un temps limité), atelier décoration sur faïence et concours de vieux Longchamp grâce à des pièces apportées par les participants et exposées dans la salle à manger de la villa.  

 

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Le diner avait lieu sous des tentes montées pour l’occasion et suffisamment spacieuses pour accueillir ensuite la soirée dansante.  Nous avons eu droit au traditionnel lâcher de ballon en papier qui a quelques temps illuminé la nuit et peut-être donné lieu une fois encore à des interrogations policières quant à la présence d’OVNI dans le ciel bourguignon (voir Bulletin Chardenois N°3 ).

vuedelgchp1950.jpg Je suis heureuse d’ avoir pu participer à ces Cousinades pendant lesquelles j’ai même eu le plaisir de servir d’ interprète aux cousines allemandes. J’ai pu voir enfin de mes yeux ce lieu dont Mamie parle si souvent, j’ai pu en ressentir l’atmosphère et imaginer ce que devait être la vie dans cette grande maison à l’ époque des Faïenceries.  

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J’ai surtout pu montrer aux filles ces lieux qui témoignent du passé d’une partie de leur famille et sont si chargés symboliquement. Elles n’en ont sûrement pas pris conscience ce week-end, toutes à leur joie de retrouver leurs cousins et cousines, ce qui est bien le but d’une Cousinade, mais elles auront un point d’ ancrage de plus dans leur histoire, sauront ainsi d’où elles viennent et garderont des souvenirs concrets de Gaëtan et Hélène, lointains aïeuls disparus mais tellement présents dans l’ atmosphère de la villa et dans les récits épiques de leur arrière-grand-mère. 

Merci et bravo pour l’organisation, avec une mention spéciale pour Catherine Thomas-Moisand qui me prête son nom de famille depuis 15 ans et qui s’est occupée de regrouper la branche Marcel. 

 (lire par ailleurs le commentaire de Catherine attaché au bulletin n° 6)  

        

                                                                                                   

 

                                        * Marie-Hélène Duffour Froissart

  

dscn3411.jpg Que cette fête fut émouvante!  

La grâce nous a été donnée à profusion, à commencer à travers le soleil. Le retour fut quelque peu nostalgique : tout a passé si vite! Il nous reste des photos, des adresses échangées, et surtout l’oeuvre magnifique de Gaëtan. Elle a largement contribué à créer l’émotion ambiante. Tous se sont agglutinés dans le salon et beaucoup ont essuyé discrètement leurs larmes. Cette histoire familiale à ses origines racontée en images et en musique avec toute la délicatesse qui caractérise Gaëtan et toute la poésie qu’il a su y mettre reste le plus beau témoignage de cette cousinade et il peut en être fier et heureux.

 Les arbres généalogiques raffinés et précis ont touché toutes les générations qui se sont peu ou prou retrouvées et la patience infinie de Geneviève et Daniel s’inscrit au palmarès des chefs d’oeuvres, sans oublier la minutie et l’élégance des badges qu’il ne fallait pas négliger. 

Nos retrouvailles se renouvelleront, je l’espère, elles s’inscrivent au coeur de chacun comme une magnifique réussite. Aucune fausse note, une joie sincère, un partage efficace des compétences et une simplicité d’échanges dignes de notre Bonne-Maman.

 Au soir du dimanche, alors que je remontais le long des bambous pour rejoindre la villa, j’étais redevenue la petite Mylène aux nattes blondes que cherchaient ses cousines chéries. Je fus tirée brusquement de mes rêveries et projetée non moins brusquement sur la terre ferme en entendant des voix enfantines agitant les buissons et criant : “Attention ! Voilà une grand-mère!”. Avaient-elles peur de se faire gronder parce qu’elles abîmaient les feuillages ou n’était-ce que délicatesse de leur part pour ne pas m’égratigner? 

C’étaient les mêmes petits enfants, jouant à travers les mêmes bambous, courant sur les mêmes pelouses et profitant à plein de la même liberté… Que nous avons été gâtés pour tout ce partage ! 

 

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pict0237b.jpg Robert Picault et les Moisand  

                          Photo de titre : un des panneaux en cérastone de la table de cuisine de la Villa. Conception et décor : R. Picault. 1972

                    

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Ecrire sur Robert Picault  dans le Chardenois ne relève pas du hasard. Car  Robert Picault a été un compagnon de route fidèle et durable de la famille Moisand et des Faïenceries de Longchamp.  Parler de lui, c’est d’abord évoquer un homme exceptionnel, à la fois artiste et artisan, un homme de talent, doué pour tout ce qu’il touchait ou abordait. Il est devenu par le détour de rencontres imprévues un grand céramiste, l’un des “créateurs” du Vallauris de l’après-guerre, pépinière de jeunes talents en céramique, que Picasso contribua à mieux faire connaitre. 

Parler de lui, c’est aussi parler de “nous”, de Longchamp et des Moisand , lesquels ont été tout autant fidèles à Robert Picault qu’il l’a été à leur égard. Une amitié réciproque est née en même temps que s’est déployée sur près de 30 ans une collaboration professionnelle fructueuse. Robert Picault n’a pas été uniquement l’un des céramistes les plus talentueux de Vallauris, il est devenu par la suite un grand créateur de modèles et de décors des Faïenceries de Longchamp, tant pour pour les carreaux de faïence que pour les services de table, de façon occasionnelle à l’origine, puis continuelle par la suite. 

 En écrivant un premier article dans le bulletin n° 2 (”la série bleue de R.P.”), je pensais que d’autres prendraient le relais pour évoquer sa mémoire, parce qu’ils avaient certainement plus de souvenirs que je n’en ai. Je me suis trompé et me suis rendu compte en posant des questions ici ou là que les souvenirs s’estompaient vite, que certains avaient une bribe d’histoire à raconter sur Robert Picault mais que l’addition de ces bribes ne permettait pas d’en faire un article. 

J’étais proche de renoncer à l’idée d’honorer à nouveau sa mémoire dans le Chardenois, lorsque j’ai eu la chance  de découvrir l’existence de la fille de Robert Picault et de commencer à dialoguer avec elle quelques semaines plus tard. Elle s’appelle Anne Aureillan. Et habite à Vallauris. Notre première rencontre – c’était à Cannes en mai dernier – eut un côté surréaliste : jamais jusqu’à ce jour, il ne m’était arrivé d’évoquer tant de souvenirs communs  avec une personne inconnue. Nous parlions de la même chose, des mêmes faits et gestes , des mêmes gens, des mêmes lieux, comme si nous étions de vieilles connaissances, alors que nous ne nous connaissions pas quelques minutes auparavant! 

Nous commençons aujourd’hui cette série sur Robert Picault, laquelle sera composée de 3 parties étalées sur 3 bulletins, par un article d’Anne : elle nous dit comment son père en est venu à la céramique et à Vallauris à la fin des années 40, ce qu’il a créé sur place, son atelier, ses collections, son voisinage avec Picasso. Elle cite son père, lequel notamment explique sa vision du métier de céramiste lorsqu’il a commencé à l’exercer. Qui mieux qu’elle pouvait débuter cette série sur Robert Picault ? Personne bien sûr, non seulement parce qu’elle est sa fille mais surtout  parce qu’elle est sa plus fervente admiratrice ! Son article est accompagné de la présentation de photos et documents relatifs aux collections de l’Atelier Robert Picault. L’ensemble nous a été obligeamment transmis par Anne. 

Nous connaitrons ainsi l’homme qu’il était lorsqu’il se présenta à Longchamp un beau jour de 1953…Par chance, Robert Picault a écrit ses mémoires, du moins jusqu’en 1966, et Anne a bien voulu nous communiquer quelques extraits de celles-ci, ceux qui précisément ont trait aux premières rencontres entre Robert Picault et les Moisand à Longchamp.  La description de ces rencontres, objet principal de la deuxième partie de la série,  sera donc signée par Robert Picault lui-même ! Celui-ci ne fut pas uniquement un artisan, il avait aussi de vrais talents d’artiste que nous chercherons, toujours dans cette deuxième partie, à mettre en valeur à travers la présentation de quelques-unes des ”pièces uniques” qu’il a réalisées. 

La troisième partie sera essentiellement visuelle, elle mettra en avant les décors et modèles créés par Robert Picault pour les Faïenceries de Longchamp, avant et surtout après 1966, date à partir de laquelle il devient directeur artistique de Longchamp et ce jusqu’à sa retraite en 1980. Partie d’autant plus visuelle que nous n’avons pas d’écrits sur cette période, pourtant la  plus récente : Robert Picault a arrêté ses mémoires précisément en 1966 et aucun des frères Moisand n’a écrit sur lui ou sur leurs relations avec lui, jusqu’à preuve du contraire.. 

Gaëtan Moisand

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img057b.jpg 1ère partie : Robert Picault, de Paris à Vallauris 

                            Anne Aureillan                             

                                  Photo de titre : Robert Picault au tour dans son atelier de Vallauris 

 

“The real secret is not in the clay or the glaze, but in the hand and imagination of the potter. It is the eye that sees, the heart that feels, the mind that reflects, but in the last analysis, it is the hand of the potter which shapes into a creation of use and beauty.” 

(Robert Picault interviewé par Craft Horizons, revue américaine, déc. 1952)  

 

 

Mon père Robert Picault  est né à Paris en 1919. Il sera très vite orphelin de son père, lequel décède  des suites de ses blessures de guerre. Il est fils unique et sa mère rêve pour lui qu’il devienne instituteur. En bon fils, il réalise le rêve de sa mère en obtenant  son brevet d’instituteur. Mais le destin changera le cours des évènements. Le destin en l’occurrence s’appelle Raoul Juillard, il est le professeur de dessin de mon père : devant l’évidence de son grand talent, il ira convaincre sa mère d’accepter que son fils entre à l’Ecole des Arts Appliqués. 

89008924.jpg  Après les Arts A, il devient professeur de dessin. Il conservera de cette époque  de très jolies gouaches réalisées par ses élèves. Mais une idée d’orientation nouvelle germe dans son esprit. Mon père raconte :

  ” Avec mon camarade d’école, Roger Capron, nous étions allés au Salon de l’Imagerie et avions été frappés par une poterie rustique, agréablement décorée. Nous avions un bon ami, lui aussi de l’Ecole, Jean Derval, qui était employé chez un potier de Saint-Amand dans la Nièvre, dénommé Pigaglio. Nous pensâmes avec Roger : pourquoi ne ferions-nous pas de la poterie nous aussi ? Nous parlâmes ensemble cent fois de ce projet : faire de la poterie, c’est bien, mais qui nous apprendra ? Il fallait obligatoirement retirer Jean de chez Pigaglio et l’entraîner dans une association à trois. Jean n’était pas hostile, mais ses parents ne voulurent à aucun prix qu’il aille montrer le métier à deux ignorants. Sur ces entrefaites, je découvre au Centre où j’étais professeur une annonce pour un poste à Golfe-Juan  de professeur  de peinture en lettres (métier aujourd’hui disparu qui consistait à concevoir puis à éxécuter les enseignes murales des devantures de boutiques et commerces). Une de nos camarades  avait connu Vallauris et Golfe-Juan avant la guerre, elle se souvenait qu’on y accédait par des chemins muletiers..”  

Le directeur du Centre de formation  de Golfe-Juan auprès de qui mon père avait posé sa candidature lui écrit qu’il souhaite le voir sur place :

  ” Vu de Paris, Golfe-Juan était un mot magique. Je rassemblai donc mes dessins, mes certificats et mit ma moto au train. Je me souviendrai toujours au petit matin du passage du train devant l’étang de Berre. Ce fut pour moi un éblouissement : le bleu azur du ciel et le bleu indigo de l’eau. C’était sublime, c’était la première fois que je venais dans le Midi et j’étais fasciné…”

  Le directeur le reçut fort bien et après examen de son dossier l’embaucha aussitôt. Ce jour-là il apprit que le Centre  formait également des potiers. Papa  fit rapidement connaissance du professeur de poterie et obtint de lui qu’il puisse fréquenter l’atelier après le départ des élèves. Il fait venir son ami Roger et tous deux s’initient à la poterie rapidement : d’abord parce qu’ils obtiennent  de conserver la clé de l’atelier où ils passent leurs soirées mais aussi  les samedis et dimanches ; ensuite parce que Mr Maccary, le professeur, accepte de leur donner leurs premières leçons… :  

  ” Battre la terre, en faire une boule, la plus ronde possible, lancer le tour au pied, trouver le coup de pédale adéquat pour qu’il tourne de façon satisfaisante, frapper la boule sur la girelle du tour, de préférence au milieu. Cà n’a l’air de rien mais souvent avec la force centrifuge on recevait la boule mal écrasée dans l’estomac… Mr Maccary s’amusait de nous voir prendre notre apprentissage au sérieux.”  

Au bout de quelques jours, mon père sut bien centrer la boule, Mr Maccary lui apprit alors à la percer avec le pouce, à prendre le bourrelet ainsi formé et le tirer en l’air. Mon père, enthousiasmé par son apprentissage du tournage, apprend vite  à façonner des pièces avec la terre à “pignate” (1) du pays qu’il trouvait un peu “rugueuse” mais facile à monter. Une fois à demi sèches, les pièces avaient la consistance du cuir, c’est là qu’intervenait  Roger, lequel préférait le modelage et la décoration au tournage : il rajoutait des pièces de terre, les poinçonnait et décorait le tout. Ils avaient trouvé un rythme : papa tournait les pièces et Roger les décorait.    

Tout près de là, Vallauris vit sur ses souvenirs d’ancienne capitale de la poterie populaire. A la fin de la guerre arrive la première génération  de jeunes et nouveaux céramistes qui rachètent les fours abandonnés et redynamisent le métier. Robert Picault et Roger Capron seront parmi les tout premiers, ils fondent ensemble en 1946 l’Atelier “Callis” et adoptent le même rythme de répartition des tâches qu’au Centre de Golfe-Juan.    

image3copie.jpg Ils se sépareront 2 ans plus tard en 1948 pour exprimer leur talent individuellement.  Mon père s’installe alors chemin du Fournas à Vallauris. La même année, Picasso installe son propre atelier juste à côté. Tous les jours, Picasso venait  dire un petit bonjour à son voisin. Les deux hommes s’apprécient : mon père réalise plusieurs films en 16mm sur le travail en cours de Picasso et photographie également ses céramiques peintes et ses sculptures.  

89008928.jpg Un jour, Picasso invita Robert Picault à aller voir une corrida à  Arles. Mon père  prit sa caméra et plein de films couleurs, il était  content d’être derrière son œilleton de caméra, comme cela il voyait le taureau plus petit et échappait en partie au côté sanglant du spectacle. Il filma le déroulement de la corrida  et, à la fin, filma également Picasso tenant  l’oreille coupée du taureau qu’on lui avait remis en hommage. Picasso fut emballé lorsque mon père lui présenta le film  et en le félicitant chaleureusement lui dit : “Eh bien mon cher  Picault, je vais ajouter un 3ème volet à votre film” (il y avait eu un   premier volet : une corrida “jouée” par des enfants avec un taureau en bois de leur invention et ensuite la “vraie” corrida) et c’est ainsi qu’il fit pour lui une corrida de papier sublime avec  toutes les phases d’une vraie corrida mais en papier et crayons de  couleur. Mon père en fit un  film qui fut prêté par la suite à la Cinémathèque Française à la demande de Picasso. Le film revint bien plus tard à mon père, amputé  malheureusement  de la scène où Picasso colorie ses dessins, qui était une  séquence formidable et que Papa n’a jamais pu récupérer (mon rêve serait que cette séquence soit réintégrée dans son film, lequel se trouve aujourd’hui au Musée Picasso à Paris).

image12c.jpg  Les relations entre les 2 hommes ne se sont pas limitées aux domaines photographique et cinématographique. La collaboration artistique a certainement été occasionnelle, mais elle a existé : une preuve, la photo en tête de ce paragraphe, aimablement communiquée par la conservatrice du Musée de Vallauris et tirée sans doute d’un catalogue d’exposition. Le texte en italien, qui accompagne la photo,  mentionne qu’il s’agit d’une “coupe étrusque” avec effigies de Pablo et Françoise, datée du 22-8-50 et signée Picasso/Picault. 

Mon père crée en 1948 ses modèles de services de table avec décors d’oiseaux, de poissons et de fleurs. Il conçoit la même année ses fameux services avec des motifs géométriques tracés en bichromie, le plus souvent vert et brun. Mais ce n’est que 2 ans plus tard qu’il arrivera à mettre en production ces derniers, après avoir résolu les problèmes de cuisson de l’émail blanc en pleine flamme dans son four à bois. Les formes qu’il crée s’inspirent de la tradition provençale tout en la renouvelant entièrement. Il forme lui-même une  main-d’oeuvre locale chargée de peindre les motifs géométriques, se réservant le plus difficile, les peintures d’oiseaux et de poissons notamment. Mon père explique très clairement dans les lignes qui suivent le sens qu’il a souhaité donner à sa production : 

soupiretroispiedb.jpg  “Avec la réapparition des ustensiles de cuisine en aluminium, en fonte, en métal émaillé, qui avaient disparu pendant la guerre,  la « pignate » (1) vivait son chant du cygne. 

Malgré tout, je pensais qu’il y avait une place pour la poterie culinaire, à condition de la repenser entièrement. Ayant feuilleté un catalogue de poteries des années 1880, je constatai que beaucoup de pièces intéressantes alors au répertoire ne se fabriquaient plus : four de campagne, daubières, terrines, diables Roussel. Il fallait les faire revivre. Tout d’abord, redessiner toutes les formes qui s’étaient terriblement affadies. Retrouver un dessin agréable et fonctionnel pour les anses, les queues des poêlons et les boutons des couvercles.  J’entrepris donc de dessiner des formes essentielles en les déclinant en un nombre de tailles réduit. Je mis  au point les nombreux modèles de ma collection avec pour devise : “de la cuisine à la table “. Je tenais à ce que l’on puisse apporter sur la table sans rougir les plats dans lesquels les viandes, poissons ou légumes avaient été cuisinés. 

assfauvealquifoux1948b.jpg Je fis quelques séries en alquifoux (2) teinté à l’oxyde de fer qui donnait un très joli ton roux.  Puis un jour me vint l’idée de mélanger de l’oxyde de cuivre et de l’oxyde de manganèse qui donnèrent un superbe noir métallisé que je fus le premier à exposer à Vallauris. Ce noir métallisé eut beaucoup de succès et je fus un long moment le seul à le fabriquer. 

 Je voulais absolument “sortir” une poterie décorée qui se démarque de tout ce que l’on avait vu jusqu’alors. Mais pour cela, je ne disposais que de mon four à bois. Je voulais tenter de cuire de l’émail blanc en pleine flamme, alors que d’habitude on protégeait l’émail stannifère dans des gazettes (3).   Je souhaitais décorer ma poterie sans m’inspirer en aucune sorte de ce qui s’était fait dans le passé, dans un style rustique, alerte, gai, facile à exécuter. Les décors, qui couvraient la pièce entière, étaient : des bandes, des ronds, des points, des ondulations, des croix… Je me réservais les décors de fleurs, poissons et oiseaux. 

Mon idée était que les décors pouvaient êtres différents sur toutes les pièces d’un service, le lien qui créait la parenté devait être la couleur.» 

image1b.jpg  (le four à bois de Robert Picault, celui-ci  à gauche sur la photo ; ci-dessus, au début de la citation de RP, photo d’une    soupière tripode en “noir métallisé”  et, un peu plus bas, une assiette en alquifoux de 1948) 

La dernière fois que j’ai vu Roger Capron,  avec qui mon père s’était associé à l’origine  et qui était resté l’ami de toujours, il m’a dit : “Robert, il a créé un décor qui a duré près de soixante ans !!! On en a tous rêvé, c’est exceptionnel !!”. Ce jour là, Roger m’a fait un plaisir immense : il m’a fait prendre conscience de la longévité extraordinaire des créations de Papa. Et puis surtout cette conclusion : “On en a tous rêvé…”.

Quel hommage de la part d’un homme aussi talentueux. … “Un décor qui a duré près de soixante ans” : comme déjà dit , mon père  crée ses collections entre 1948 et 1950. En 1979, il vend son atelier à son contremaître avec les formes et les modèles qu’il a créés. Ce dernier  le revendra  en 2000. La collection perdure encore après cette date du moins  lorsque les repreneurs respectent les formes et les décors. Mais ce n’est pas toujours le cas malheureusement et le pire est qu’ils signent RP des produits qui n’ont plus rien à voir avec le style Picault. L’atelier ferme en 2006.

 Soixante ans, c’est vrai : c’est exceptionnel ! 

img630bb.jpg Robert et Anne 

(1)    pignate : marmite en terre.  

(2) alquifoux : sulfure de plomb que l’on mélange à du sable siliceux pour vernir et imperméabiliser les poteries.

3) gazette ou cazette : caisson en terre réfractaire dans lequel on fait cuire des pièces de poterie pour les soustraire à l’action directe de la flamme.          

Les citations en vert sont extraites des Mémoires de Robert Picault. 

 

 

noirrougejaunedslejardindelapoterie.jpg  Atelier Robert Picault : photos et documents                                           

                                                                       

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            ci-dessus : à g. soupière et daubière “noir métallisé”, à dr. four de campagne auj. au Musée Magnelli  deVallauris    

            ci-dessous, à gauche :   diable Roussel en 2 parties s’emboitant l’une sur l’autre pour former un poêlon fermé 

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             © R. Picault-droits réservés

            

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Dès le début des années 1950, devant le succès de ses créations, Robert Picault développe une production en série, qui demeure toutefois artisanale. Il la vendra  à Paris et dans le monde entier.

C’est à Paris qu’il rencontrera la personne qui quelques temps plus tard le mit en relation avec Longchamp. 

Mais ceci est une autre histoire à découvrir dans le prochain bulletin…

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012bmodifi1.jpg Souvenirs de guerre               

                  Marie-Hélène Duffour Froissart                    

                  photo de titre : Marie-Hélène en robe à smocks. 1942   

Ce sont mes grands-parents qui ont poussé ma mère sur les routes de l’exode. Voiture pleine : maman conduit. Elle attend son numéro trois. Aux deux petites filles que nous sommes ma sœur cadette et moi-même, s’ajoutent notre grand-mère paternelle, une tante et deux de mes cousins plus les dernières sœurs de maman –deux fillettes de huit et dix ans… Nous quittons la Bourgogne pour le sud de la France. Nous échouerons en Aveyron et y retrouverons Papa mobilisé et stationné avec son régiment dans cette campagne somme toute accueillante. Quelle était la voiture ? Sa couleur ? Sa marque ? Je l’ignore. Nous devions être à l’étroit, mais cela nous rassurait sans doute.

Etape sur la route. Vague souvenir de lits à barreaux alignés le long du mur. Un couvent peut-être ? Ma sœur dort avec moi. J’ai entendu Maman chuchoter : « On a vraiment l’air de réfugiés ! On a donné des petits beurres aux enfants. » Je ne comprends rien à ce discours


rodezlespoules012b.jpg Ce sont des fermiers qui nous ont accueillis.
J’ai regardé souvent ma photo prise dans la cour, ma sœur à mes côtés, nous jetons du grain aux poules. Avec nos robes à smocks et nos souliers blancs, on détonne dans cet environnement champêtre. Deux citadines en vacances ? Deux petites filles heureuses de vivre me semble-t-il 

pduf48b.jpg Est alors arrivé ce jour terrible : 3 juin 1940. Mon parrain vient d’être tué, descendu par les allemands, avion en flammes, les quatre co-équipiers sont morts. C’est le jeune frère de Papa, 25 ans, héroïque – il avait pris la place d’un père de famille pour cette mission dangereuse. Je n’ai aucun souvenir de l’annonce de ce drame. Mais le récit en a bercé mon enfance. Je n’ai plus de parrain et les grandes personnes sont tristes.

Il paraît que plus tard j’ai fait cette remarque à Maman : « Pourquoi pleurer puisqu’au ciel on doit être très heureux ? »

Serais-je capable des mêmes réflexions aujourd’hui ?

Plus tard, nous vivons en plein Paris. Il n’est pas rare que les sirènes mugissent. Si nous sommes à l’école, vite, vite la maîtresse nous met en rangs. Nous quittons l’établissement et rejoignons les garçons du collège voisin. Chaque classe a sa petite cave bien à elle. Je suis assise sur une caisse verte. Je suis en classe de neuvième et ma maîtresse s’appelle Mademoiselle Masquelier. Je l’adore. J’écoute religieusement ce qu’elle dit mais quand je rentre à la maison, je proclame à l’unisson avec les autres : « On a encore été à la cave. On a bien rigolé ! »

La nuit, c’est plus embêtant. Papa nous réveille souvent. Il a toujours surveillé, en nous disant bonsoir, que les pantoufles soient toutes les deux au pied du lit et la robe de chambre à portée de la main. C’est qu’on n’a pas le temps de traîner, on habite au quatrième, on descend en courant sur le tapis rouge (il n’y a pas d’ascenseur) et on s’arrête d’abord chez la concierge. Parfois on ne va pas plus loin. Elle est  gentille la concierge. J’adore son petit châle à trou-trou. Elle dit qu’elle l’a fait au crochet. On s’assied autour de sa table ronde, on regarde le coussin de dentelle qui est au centre et le magnifique bouquet de fleurs en tissu, puis on incline notre tête sur nos deux bras repliés et on s’endort. Ce n’est pas drôle quand il faut à nouveau se lever pour descendre encore deux étages avant de rejoindre notre cave où sont déjà installés nos voisins. On aperçoit le tas de charbon dans un coin et un minuscule trou de lumière qui nous rassure un peu.

Le lendemain, les parents lisent dans les journaux des choses horribles. Je ne comprends pas où sont les maisons qui ont été détruites. J’entends morts et blessés. Cela me passe au-dessus de la tête.

Quand les vacances arrivent et que nous allons chez nos grands-parents, il faut prendre des trains, au moins deux trains. On dit que les ponts ont sauté, que les voies sont coupées. J’écoute mais je crois toujours que ce sont des histoires de grandes personnes. Ce que je sais c’est qu’on se bouscule dans le train et qu’un jour nos parents nous ont hissés par les fenêtres pour être sûrs que nous pourrions entrer. Ils ont mis un temps infini à nous rejoindre. On avait fait presque la moitié du trajet. Alors nous avons pleuré et les gens nous donnaient des bonbons.

Et puis j’ai vu ma mère se mettre au tricot. Quatre petits gilets pour ses quatre filles - bizarre – elle s’emmêle dans d’innombrables pelotes. Elle dit en riant : « Ce sont des vêtements tricolores. » Les manches sont courtes, on est sorti de l’hiver, et comme si cela ne suffisait pas elle nous attache les cheveux avec des rubans de la même couleur. Nous sommes partis à la campagne, pas bien loin de Paris, chez une vieille tante et un certain dimanche, au moment même où nous allions déjeuner, j’ai vu Papa prendre le plat de tomates en salades et filer vers la cave où nous l’avons suivi. Personne n’avait l’air inquiet et dans la soirée, on nous a poussés sur les trottoirs. On est sorti en hurlant de joie pour faire comme les grands. Maman nous avait enfilé nos tricots à toute vitesse et on a vu de gros chars défiler et tout le monde applaudissait et des soldats nous jetaient des bonbons à la volée et on nous dit que ça s’appelait chewing-gum et on les a mastiqués. C’est drôle mais c’est pas très bon et jusqu’au soir ça a été la fête.

  Aujourd’hui, ce que je n’ai pas oublié, c’est l’histoire de notre petite jeune fille qu’on appelait notre « bonne » à la maison. Elle avait trouvé des bottes, de belles bottes en cuir beige qui lui allaient parfaitement et qu’elle a portées longtemps. Je n’ai rien compris. J’ai juste entendu : « cadeau d’un boche pour sa belle ». La belle ne reverra jamais son petit soldat pris en rafales par les Américains, non plus que les trésors qu’il lui destinait. Aujourd’hui je mesure la portée de ces paroles et je songe à mes petits-enfants qui séjournent à Berlin, dans l’ignorance totale de l’histoire avec un grand « H » que nous écrivons chaque jour et qui, somme toute, n’a pas vraiment progressé…                                                                                

 Marie-Hélène a écrit ce qui précède il y a quelques années pour un public qui n’était pas familial. Elle nous livre ici les noms des personnes qui étaient autour d’elle pendant l’exode et apporte  de plus quelques précisions :

Les hôtes de la ferme étaient les Brugier que les Duffour ont continué à “fréquenter” longtemps. Ils vivaient à côté de Rodez. Ma grand-mère paternelle, c’est Marguerite Duffour, mère de Jean, mon père, et aussi de Denise et de Pierre, l’aviateur mort le 3 juin 1940. La tante est Denise précisément,  mère de Philippe, âgé d’à peine 15 mois, qui était de la partie ; ma tante Denise était enceinte de Babeth, comme ma mère l’était d’Odile.

Hélène et Gaëtan avaient poussé tout ce monde sur les routes et restaient comme gardiens des lieux à Longchamp.

 C’était fin Mai et l’annonce du décès de Pierre le 3 Juin a eu lieu là. Mon père était en attente dans la région et Maman l’a retrouvé à “La Primaude”ou un nom comme cela. Je ne sais quand ils sont rentrés, en tous cas les deux femmes enceintes étaient rentrées pour accoucher à Longchamp (Babeth le 28 septembre et Odile le 18 Novembre). 

La jeune fille aux bottes était notre bonne Suzanne Furic, née Nonette, arrachée à Longchamp et à l’usine où elle travaillait à 16 ans pour venir seconder maman à la naissance d’Odile. Elle vit toujours et nous ne l’avons jamais quittée. Sa mère nous a rejoint et est restée à la maison jusqu’à sa mort : Emma Nonette, dite Mama, enterrée à Longchamp. Suzanne adorait mes parents, elle connaît mille histoires sur la famille….. Elle a eu ses bottes à la libération de Couilly où étaient les Joran chez leur mère et où nous les avons rejoints. C’était en 1944…

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Les Moisand de Beauvais 

 Geneviève Moisand

  Geneviève poursuit ici son récit sur les Moisand de Beauvais. Après Antoine, le premier à quitter la Touraine de ses ancêtres (voir bulletin n° 6), voici Constant, qui sera, comme son père, imprimeur, mais il sera surtout  fondateur d’un journal qu’il dirigera jusqu’à sa mort, “Le Moniteur de l’Oise”. Constant est le grand-père de Gaëtan. 


moisand00b.jpg 2ème partie : Constant MOISAND
 

 Constant Antoine MOISAND naît en 1822 à Beauvais neuf mois après le mariage de ses parents. Sa mère n’ayant que 24 ans, ce pourrait être annonciateur d’une fratrie importante à venir ; pourtant Constant restera fils unique. Suivant le modèle paternel, sa carrière commence par des stages à Paris dans diverses imprimeries. Il collabore ensuite à deux journaux, puis, se fait recevoir à la toute jeune  Société des Gens de Lettres sous les auspices de Mr Emile Marco de Saint-Hilaire dont il était l’ami. Il fait aussi  quelques publications. Mais assez  rapidement il se réinstalle à Beauvais où il commence par travailler dans l’imprimerie de son père. Il se marie jeune, à 22 ans, avec sa cousine Charlotte Clarisse CROQ (l’arrière-grand-mère de Clarisse étant la sœur de l’arrière-grand-père de  Constant) qu’il va rechercher en Touraine. Le mariage a lieu à Tournon-Saint-Pierre, le 4 novembre 1844. 

img0001amodifi2.jpg  C’est dans le courant de l’année qui suit son mariage, en 1845, peu de temps avant le début du second empire que Constant fonde, avec l’appui des conseillers généraux de l’Oise, un journal local : LE MONITEUR DE L’OISE, dont il devient le principal rédacteur . Il s’agit d’un journal d’orientation gouvernementale qui a une assise financière solide grâce à une clientèle d’annonceurs, et qui paraît le mercredi, le vendredi et le dimanche.  

Trois ans plus tard, en août 1848,  il obtient ses brevets d’imprimeur, de lithographe et de libraire. Il fait ainsi l’objet d’une fiche au Ministère de l’Intérieur, Direction générale de la sûreté publique, division de la presse, de l’imprimerie et de la librairie, qui stipule : « Monsieur Constant MOISAND est propriétaire et rédacteur en chef d’un journal de l’Oise et juge au Tribunal de commerce de Beauvais ; il jouit de la considération générale. Il a collaboré au journal de Sicile en 1846 et 1847, et attaché son nom à diverses brochures. Son journal, le plus répandu des journaux du département de l’Oise, (il compte 2600 abonnés) est rédigé dans le sens gouvernemental et les tendances que lui imprime son rédacteur doivent s’accentuer encore dans cette direction. »  

Parallèlement à son journal, Constant commence à publier à partir de 1847, notamment : « L’histoire du siège de Beauvais en 1472 », chez un éditeur parisien ;  « La petite ville » en 1851 ;  « De l’établissement du Ministère public près les Tribunaux de commerce » en 1859 ; une notice biographique sur Henri de Noailles, duc de Mouchy, une histoire abrégée de la Maison de Mornay, un rapport sur le canal du Nord, “le Brésil (débuts et développement des plantations de café), “Pierrefond-les-ruines et Pierrefond-les-bains”. Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en août 1856 en qualité de propriétaire rédacteur du Moniteur de l’Oise et pour services rendus dans la presse.   Constant et Charlotte ont deux enfants, un fils Horace, dont il sera question dans un autre chapitre et une fille Juliette Clarisse Héloïse qui naît 7 ans après son frère.  En pleine brillante carrière, Constant meurt brutalement le 3 décembre 1871, à 49 ans, d’une embolie pulmonaire. Son décès est commenté par toute la presse locale. Sa veuve recevra même, si l’on en croit la légende familiale, un télégramme de condoléances de l’ex-impératrice Eugénie, pieusement conservé dans la famille (par qui ?). Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de Beauvais. Sa notice biographique précise qu’il a siégé comme juge au tribunal de commerce de Beauvais pendant 10 ans et qu’il occupait la vice-présidence du congrès de la presse départementale, distinction justifiée par l’importance de son journal et de son imprimerie.   En voici un extrait :  « La mort de Mr Constant Moisand a été vivement ressentie dans le monde des lettres et dans le journalisme tout entier, sans distinction de parti. Elle a inspiré, entre autres réflexions, les lignes suivantes à la chronique de la Sté des gens de lettres : Eloigné de notre famille littéraire par sa position même, Constant Moisand n’avait jamais cessé d’être avec elle, par l’esprit et les aspirations. Il était en province un de ses plus actifs représentants.

  img0002cmodifi2.jpgimg0002cmodifi1.jpg  D’autre part, le Journal de l’Oise, qui est d’un autre bord politique que le Moniteur et qu’on ne peut donc taxer de partialité, consacrait, le 5 décembre, un long article nécrologique à la mémoire de son ancien adversaire ; et ce journal, après avoir retracé les derniers moments et la fin chrétienne du défunt, disait : Mr Moisand, parvenu à une situation importante, était devenu dans notre département, une véritable personnalité. Enfant de ses œuvres, il avait créé, il y a plus de vingt ans, le Moniteur de l’Oise. Ses débuts dans la carrière du journalisme furent pénibles ; mais ses efforts et sa persistance le firent triompher des difficultés et lui assurèrent le succès. Grâce à son activité incessante, à son intelligence remarquable des affaires, à ses nombreuses relations, à son amour de l’ordre, il avait su élever son industrie à un degré de prospérité que la presse atteint rarement en province. Et, plus loin, le même journal disait encore : cette mort est un deuil pour le département car il n’est pas de questions départementales, et même locales, auxquelles Monsieur Moisand n’ait prêté l’énergique appui de sa plume ou de son influence… il aimait à mettre au service de tous l’influence que ses relations et sa position lui avaient acquises… Ses confrères le regretteront parce qu’il était un guide sûr et versé dans la pratique de leurs devoirs professionnels. Mr Moisand, enlevé par une mort aussi imprévue et foudroyante que prématurée, laisse à sa femme et à ses enfants, comme suprême consolation, le souvenir d’une vie honorable et bien remplie.  

  Le 8 décembre 1871, le MONITEUR de L’OISE titre : 

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 Vient  à la suite la retranscription d’articles de différents journaux dont le Journal de L’Oise qui nous apprend par le menu les circonstances du décès de Constant :   il rentrait chez lui à 11 heures après avoir passé la soirée chez un ami ; à peine était-il couché qu’il sentit un mal inconnu l’envahir ; il demanda un verre d’eau ; puis, comme s’il eut voulu lutter contre la mort qu’il voyait venir et qui l’étouffait dans son lit, il se leva et se mit sur son canapé en balbutiant les mots : un prêtre, un médecin. Monseigneur Obré arriva à temps pour lui donner les dernières consolations ; il était trop tard quand vint le docteur Bourgeois, M. Moisand n’était plus. » Et qui ajoute : M. Moisand était laborieux, il était servi par des aptitudes remarquables et des connaissances variées dont il fit preuve dans sa carrière de journaliste. Son ardeur dans la lutte a pu lui créer des adversaires, mais son caractère bienveillant ne donnait pas accès à la rancune.   

Le Progrès de l’Oise : « Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Constant Moisand, directeur du Moniteur de l’Oise, décédé subitement dans la nuit de samedi à dimanche. Ses obsèques ont eu lieu aujourd’hui mardi en l’église cathédrale de Beauvais, devant une assistance nombreuse. Quoique la ligne politique du Moniteur de l’Oise différât de celle du Progrès, et malgré les nuages passagers qui se sont élevés parfois entre les deux journaux, nous ne pouvons taire le profond chagrin que nous cause la mort d’un confrère avec lequel, pendant quinze années, nous avons entretenu les relations les plus agréables. »   L’Union Bretonne parle d’ « un homme d’un charmant esprit, du caractère le plus aimable et des relations les plus sûres et d’un écrivain de talent. »  Aux obsèques de Constant se presse une « foule considérable dans le chœur et dans la nef de l’église, foule qui témoignait par son recueillement de ses vives sympathies pour l’homme que la mort venait d’enlever si soudainement à sa famille. Tous les rangs de la société étaient représentés à cette triste cérémonie. ; chacun avait tenu à payer un dernier tribut d’estime et de regret au publiciste qui s’est montré pendant plus de vingt ans le vaillant défenseur de l’ordre ». Le deuil était conduit par M. Horace Moisand, conseiller de préfecture de la Mayenne, accompagné de M. Charles Moisand, cousin germain du défunt, et de M. Croq son beau-frère. La messe a été célébrée par Mr le curé de la cathédrale. L’assistance n’était pas moins nombreuse au cimetière qu’à l’église. 

 En effet, de nombreuses personnalités politiques sont présentes, mais aussi des membres de la magistrature, de l’église, de l’armée, et bien sûr tous les compositeurs et employés de l’imprimerie.

      

 

                                                                  

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photo de titre  et photo ci-dessus :  lithographie représentant Constant, signée du peintre graveur Pierre de Coninck et conservée aux Archives de Beauvais.

                                                           

n5612659jpeg66dmjpegb.jpg En cliquant sur le site ci-après, vous accéderez à une oeuvre de jeunesse  de Constant Moisand parue en 1842 (il avait 20 ans) intitulée ”Physiologie de l’Imprimeur” : 

  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56126591  

(Pour le feuilleter une fois que vous avez ouvert le site, cliquer sur “affichage”sous le bandeau du titre du livre et du nom de l’auteur, puis sur “feuilleter en flash”, ensuite c’est vraiment très simple pour tourner les pages ! Pour quitter le livre et revenir au “Chardenois”, cliquer une 1ère fois sur X en haut à droite de votre ordinateur, puis une 2ème fois, lorsqu’elle apparaît, sur la flèche orientée vers la gauche en haut à gauche de votre ordinateur).

     Dans le chapitre 3, Constant compare non sans humour la situation de l’imprimeur parisien et de l’imprimeur de province et conclut que “c’est un triste métier d’être imprimeur en province. Croyez-moi, ne le soyez jamais”  

Ce qu’il fut pourtant toute sa vie durant !

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19370001modifi2bmodifi1.jpg Carnet de famille

 

 

   Stanislas GOATA est né  le 12 septembre 2010, il est le fils de Constance Bouruet-Aubertot et d’Eric Goata, le petit-fils d’André Bouruet-Aubertot et d’Odile Duffour Bouruet-Aubertot, l’arrière-petit-fils de Jean Duffour et d’Yvonne Moisand Duffour.  

 

Maxime DUFFOUR est né le 5 novembre 2010, il est le fils d’Arnaud Duffour et de Virginie née Boxberger, le petit-fils de François et de Véronique Duffour, l’arrière-petit-fils de Jean Duffour et d’Yvonne Moisand Duffour.  

 

 

 

 

 

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